Euro 2016 : La peur des attentats va-t-elle vider les stades ?

SECURITE Les autorités françaises n’envisagent pas un seul instant que la compétition n’ait pas lieu en dépit du contexte...

Julien Laloye
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Les spectateurs attendent de rentrer au stade de France, le 19 mars 2016.
Les spectateurs attendent de rentrer au stade de France, le 19 mars 2016. — James Marsh/BPI/Shutter/SIPA

Ils se sont donné un mal de chien pour gratter des places. Ils ont calé leur déplacement depuis longtemps, pour ceux qui viennent de loin. Et surtout, ils se font une joie d’y aller, malgré la perspective d’une compétition polluée par l’enjeu sécuritaire et la peur d’une violente attaque terroriste.Les 2,5 millions de spectateurs attendus dans les stades de l’Euro ne comptent pas rester chez eux et remettre leurs billets dans le circuit. C’est du moins ce qu’il faut conclure des retours unanimes des clubs de supporters de l’équipe de France. « Des gens qui rendent leurs billets ? Pas pour l’instant, répond Christophe, responsable de la Breizh Blues Association, qui regroupe les supporters bretons des Bleus. On doit être une vingtaine à se déplacer, et je vous avoue qu’on n’a pas encore échangé sur le sujet de la sécurité ».

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« Je n’ai pas eu un appel téléphonique en ce sens depuis qu’on a distribué notre quota de places, confirme Patrick, fondateur de Vitré foot, une autre section du club des supporters de l’équipe de France. De mémoire, on a 40 personnes qui assisteront au match d’ouverture contre la Roumanie et une trentaine à la rencontre contre la Suisse. Mais j’en connais quelques-uns qui hésitent depuis le 13 novembre. Ils étaient avec moi au Stade de France, alors… ». Les matchs à Saint-Denis semblent concentrer les inquiétudes. « Je ne serais pas plus préoccupé que ça si les deux matchs que j’avais ne se déroulaient pas là-bas », explique Gaël, un jeune homme qui travaille dans le 10e arrondissement, juste à côté du Petit Cambodge et du Carillon, durement touchés lors des attentats de l’automne. « Je me dis que ces mecs la cherchent les lieus symboliques, ils cherchent à frapper l’Europe, et l’événement justement s’appelle l’Euro. Si je devais aller au match d’inauguration, là, je pense que je baliserais vraiment beaucoup ».

Et ce même si Noël le Graët, le président de la Fédération française, a promis des mesures de sécurité « extraordinaires » pour tous les matchs à Paris, à commencer par le France-Russie de la semaine prochaine. « Notre rôle est de rassurer, car il y a des gens qui peuvent avoir peur, ça ne se commande pas, a confié le président de la FFF à l’AFP au lendemain des massacres à Bruxelles. Mais tout est mis en œuvre pour que les matches se déroulent dans de bonnes conditions, avec une mobilisation énorme sur un système de sécurité dans l’intérêt de la population. ». Les amateurs de rugby ont pu s’en rendre compte lors du tournoi des VI nations : double fouille avant même le stade, tireurs d’élite embusqués, chiens renifleurs, palpation virile à l’entrée, auxquels on pourra ajouter la surveillance aérienne grâce à des drones cet été.

Autant de mesures qui ne rassurent pas forcément Guillaume, détenteur de quatre places pour des matchs à Lille et à Lens, dont un Turquie-République Tchèque qui l’angoisse un peu. « Depuis 2-3 mois, le pays tourne à un rythme d’un attentat par semaine. Les terroristes pourraient profiter des matchs de la Turquie pour commettre des attentats sur des matchs moins glamours donc peut-être moins sécurisés. Si je devais revendre un match ça serait celui-là. J’ai jusqu’au 31 pour me décider avant la fermeture de la plateforme officielle ». Pour le moment, cette dernière ne regorge pas de propositions de supporters apeurés : on ne peut se procurer des places que pour trois matchs de poule, dont un Roumanie-Albanie et un Russie-Slovaquie qui ne doivent pas exciter grand-monde.

Les matchs disponible sur la plateforme d'échanges de l'UEFA.
Les matchs disponible sur la plateforme d'échanges de l'UEFA. - Capture d'écran/20 minutes

Au final, c’est peut-être autour des stades que les comportements pourraient être différents. La petite bière au bistrot ou le kebab sur le parvis pour profiter du soleil pourraient passer à l’as, inutile de tenter le diable. « Habitué de Bollaert, j’adore rester un peu pour sentir l’ambiance du stade monter petit à petit, mais pour l’Euro, ce sera entrée directe dans le stade, reprend Guillaume. J’ai confiance dans les fouilles, mais cela risque d’augmenter le temps d’attente avant d’entrer dans le stade, c’est un risque ». Gaël, lui, refuse d’abandonner le petit apéro traditionnel. « Ce sera surtout à ce moment-là que j’aurai un peu peur je pense, mais une fois dans le stade ça ira ». Sauf si les matchs se déroulent à huis clos, comme l’envisagent à mots couverts certains responsables de la Fifa. Ce serait dommage d’en arriver là.