Pourquoi la Nasa lance l’opération « Il faut sauver le satellite Swift »
secours spatial•Une mission inédite doit aller attraper le satellite et le placer sur une orbite plus haute alors que l’engin, précieux pour les observations de la Nasa, perd de l’altitude et devrait entrer dans l’atmosphère terrestre d’ici la fin de l’annéeManon Minaca
L'essentiel
- La Nasa s’apprête à lancer une mission inédite pour sauver Swift, un satellite d’observation lancé en 2004 qui perd de l’altitude et risque de bientôt se désintégrer dans l’atmosphère.
- Pour prolonger la mission de l’engin, l’entreprise Katalyst Space a reçu 30 millions de dollars pour envoyer son satellite remorqueur, qui devra capturer Swift et le ramener à une altitude sécurisée.
- Si tout se passe bien, ce sera « la première fois qu’une mission robotique commerciale capture un engin spatial de la Nasa inhabité et pas conçu pour être dépanné dans l’espace », a indiqué l’agence spatiale américaine.
C’est une mission inédite. La Nasa s’apprête à envoyer, au plus tôt ce samedi, un petit satellite pour aller en « dépanner » un bien plus gros : Swift, un observatoire spatial précieux pour l’agence spatiale américaine et ses partenaires. Lancé en 2004, l’engin perd progressivement de l’altitude, au point qu’il devrait rentrer dans l’atmosphère et s’y désintégrer d’ici à la fin de l’année si rien n’est fait. Ce que veut à tout prix éviter la Nasa, qui a chargé la société privée Katalyst Space de monter une mission de sauvetage du satellite. On vous dit tout sur ce dépannage en orbite très spécial.
Un satellite unique en danger
Lancé en novembre 2004, Swift, de son vrai nom Neil Gehrels Swift Observatory, est un satellite d’observation conçu pour observer divers objets cosmiques, en particulier les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes de l’univers. Depuis sa mise en service, l’engin « est devenu un élément clé de la stratégie de la Nasa pour observer les changements soudains et imprédictibles dans le ciel » et « a permis la découverte et la localisation de cibles cosmiques inconnues auparavant », détaille la Nasa. Ces découvertes sont ensuite suivies et approfondies par différents télescopes spatiaux et centres sur Terre, faisant de Swift un instrument de première ligne pour « mieux comprendre comment fonctionne l’univers ».
Initialement lancé pour une mission de deux ans, le satellite est toujours 100 % opérationnel. Mais Swift, qui n’est pas équipé de propulseurs lui permettant de réajuster son orbite, perd de l’altitude sous l’effet de la traînée atmosphérique. Une chute vers la Terre accentuée par le pic d’activité du Soleil que nous venons de traverser. Le satellite a ainsi dégringolé à environ 400 km d’altitude, alors qu’il avait commencé ses opérations à 600 km.
Une course contre-la-montre pour sauver Swift
La Nasa a fait ses calculs : si rien n’est fait, Swift est condamné à se désintégrer dans l’atmosphère d’ici à la fin de l’année. L’agence spatiale américaine a décidé de monter une mission inédite pour sauver son satellite. Elle a confié cette lourde tâche en septembre dernier à l’entreprise américaine Katalyst Space, en cours de développement de services en orbite. La société a reçu 30 millions de dollars (environ 26 millions d’euros) pour concevoir, construire, tester et lancer un engin qui ira « booster » Swift.
Pour s’assurer de la faisabilité de la mission, la « stratégie scientifique du satellite » a été modifiée : depuis le mois de décembre, il ne pointe plus toutes les zones du ciel mais seulement celles qui réduisent son exposition à la traînée atmosphérique. L’objectif est que Swift reste le plus longtemps possible au-dessus des 300 km d’altitude, sans quoi la mission deviendrait plus difficile. D’un point de vue financier, cette mission permettra à la Nasa, si tout se passe bien, de prolonger la vie de son satellite pour une somme bien inférieure à celle de la construction d’un nouvel observatoire aux capacités similaires.
Un lancement un peu particulier
L’agence spatiale américaine mise donc gros sur cette mission, appelée « Swift Boost », dont le lancement est un peu inhabituel. Ici, pas de pas de tir ni de lanceur immense : la « petite » fusée Pegasus XL, avec à son bord le satellite remorqueur Link de Katalyst Space, sera placée sous un avion, le L-1011 Stargazer de la société Northrop Grumman.
Celui-ci décollera de l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall. Une fois à 12 km d’altitude, l’avion larguera la petite fusée, dont les trois moteurs placeront Link en orbite. Le lieu du lancement lieu n’a pas été choisi au hasard : c’est celui qui permet de placer le sauveur de Swift directement sur son orbite.
Une mission en orbite périlleuse
La mise sur orbite du satellite de dépannage Link marquera le début de plusieurs mois de mission. Le petit engin de près de 2 m et 400 kg, équipé de trois bras robotiques, devra d’abord être entièrement testé par les équipes de Katalyst Space avant de se diriger vers Swift.
Si tous les voyants sont au vert, Link s’approchera ensuite du satellite pour l’inspecter et identifier de potentiels points d’accroche. Une fois Swift capturé, le remorqueur utilisera ses propulseurs pour le ramener à une altitude sécurisée, une opération lente qui devrait prendre environ trois mois. Il faudra environ un mois pour que l’observatoire soit remis en service. Swift devrait donc être de nouveau sur pied à l’automne.
Une porte ouverte vers le dépannage en orbite
Cette mission, aussi utile soit-elle au vu du caractère unique de Swift, est aussi une opportunité pour la Nasa, qui veut développer la maintenance de satellites en orbite. Si « Swift Boost » se déroule comme prévu, ce sera « la première fois qu’une mission robotique commerciale capture un engin spatial de la Nasa inhabité et pas conçu pour être dépanné dans l’espace », indique l’agence spatiale.
Celle-ci entend ainsi, par le biais de cette opération, démontrer ses capacités à réagir rapidement et à contribuer au développement de technologies de maintenance spatiale. Une initiative chaque jour plus nécessaire face au nombre croissant de satellites en orbite et de déchets spatiaux.


















