Missions scientifiques, observation de la Terre… A quoi serviront les 22 milliards d’euros accordés à l’ESA ?
record astronomique•Les Etats membres ont accordé à l’ESA, en marge du Conseil ministériel cette semaine, un montant record pour financer ses programmes spatiaux, qui doivent lui permettre de maintenir et développer sa position dans un paysage spatial complexeManon Minaca
L'essentiel
- L’Agence spatiale européenne a obtenu un budget record de 22,1 milliards d’euros pour les trois prochaines années, soit une hausse de 32 % par rapport à 2022.
- La plus grosse part du budget (20 %) est consacrée au transport spatial, avec 4,4 milliards d’euros alloués au développement des fusées Ariane 6 et Vega-C, au soutien de futurs lanceurs privés et à l’amélioration des infrastructures de la base de Kourou.
- Les autres domaines prioritaires incluent la science (17 %), l’observation de la Terre (16 %) et l’exploration spatiale (13 %), dont plusieurs projets phares vont être mis en route.
«Une Ministérielle historique. » Les mots de Josef Aschbacher, directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), sont à la hauteur du budget alloué pour les programmes spatiaux européens. Réunis en Conseil ministériel à Brême (Allemagne) mercredi et jeudi, les 23 Etats membres de l’ESA et leurs associés ont décidé d’accorder 22,1 milliards d’euros à l’agence spatiale pour financer ses programmes ces trois prochaines années. Un montant record en hausse de plus de 5 milliards d’euros par rapport à celui alloué en 2022, soit une augmentation du budget de 32 %, 17 en tenant compte de l’inflation. A quoi servira tout cet argent ? 20 Minutes fait le point.
Des fusées pour un accès autonome à l’espace
Espace et fusées allant de pair, le domaine qui bénéficie de la plus grosse part du budget (20 %) est logiquement le transport spatial, avec 4,4 milliards d’euros. Cette somme permettra de maintenir et développer les capacités de lancement de l’Europe autour de trois piliers essentiels, détaille l’ESA sur son site Internet (en anglais). Le premier, qui vise à garantir un accès autonome à l’espace, concerne Ariane 6 et Vega-C. Les deux fusées intégreront un moteur plus puissant et seront améliorées pour réduire leurs coûts et accélérer la cadence de lancement, offrant une meilleure compétitivité sur le marché.
Le deuxième pilier vise à garantir le futur du transport spatial en « préparant la prochaine génération de lanceurs et de systèmes de lancement ». Les Etats membres ont confirmé des investissements majeurs pour le Challenge Lanceurs européens, un programme qui vise à soutenir et accompagner cinq entreprises, dont la Française MaiaSpace, dans le développement de lanceurs privés. Le Programme préparatoire pour les futurs lanceurs a lui aussi un rôle central : il permet de développer et démontrer des technologies pour les futures fusées, comme la réutilisation ou le ravitaillement en orbite.
Deux piliers qui dépendent du troisième, dont le financement est indispensable : le maintien et le renforcement des infrastructures au sol et de test pour assurer les lancements. Il s’agit en premier lieu de la base de lancement de Kourou, en Guyane française, qui verra dans les dix prochaines années des améliorations sur ses installations de gestion des charges utiles, sur ses stations de télémétrie, ses centres de contrôle, ses stations météo ou ses casernes de pompiers.
La science, encore et toujours
Le programme scientifique est le deuxième plus gros poste de dépense de l’ESA, avec 17 % du budget, soit 3,7 milliards d’euros, qui lui sont alloués. Cela représente une augmentation de 3,5 % par an en tenant compte de l’inflation. Dans un premier temps, ce financement permettra de « mettre en œuvre les missions décrites dans le plan Vision cosmique », indique l’ESA, notamment Lisa et NewAthena. La première, dont le lancement est prévu à l’horizon 2035, aura pour objectif de détecter les ondes gravitationnelles émises par les évènements les plus violents de l’univers, comme la fusion de deux trous noirs. La deuxième, prévue pour 2037, sera le plus grand observatoire à rayons X jamais construit et permettra d’étudier les phénomènes les plus chauds et puissants de l’univers.
Des missions plus lointaines, qui s’inscrivent dans le plan Voyage 2050, pourront aussi connaître leurs premiers développements technologiques. Ce sera le cas de L4, une mission qui devra rechercher des traces de vie sur Encelade, une lune de Saturne, qui n’est pas encore approuvée, mais dont les premières études doivent être lancées rapidement « afin d’atteindre le pôle Sud d’Encelade dans des conditions d’illumination idéales ».
Observation et exploration
L’observation de la Terre, domaine où l’Europe est leader, représente 16 % du budget. Dans le planning figure notamment la préparation de la deuxième génération de satellites Copernicus. Dans la même lignée, « l’ESA mettra au point et exploitera des missions scientifiques de rang mondial, préparera les futures missions opérationnelles Copernicus et de météorologie et promouvra l’utilisation des données aux fins de l’action en faveur de la Terre », a indiqué l’agence spatiale en marge du Conseil ministériel.
Autre poste majeur de dépenses pour l’ESA, l’exploration humaine et robotique se verra allouer 13 % des 22,1 milliards d’euros de budget, soit presque 3 milliards d’euros. « La mission Rosalind Franklin, visant à déposer un robot mobile sur Mars, bénéficie d’un financement permettant de tabler sur un lancement en 2028 », a confirmé l’agence spatiale, qui prépare en parallèle des missions vers la Lune, avec au premier plan l’atterrisseur Argonaut. Le Conseil ministériel a également permis de confirmer le développement d’un service de retour de fret depuis l’orbite basse terrestre, avec deux missions de démonstration qui devront s’amarrer à l’ISS.
Des domaines mineurs, mais essentiels
Plusieurs domaines bénéficient d’une plus petite part du budget. Il s’agit de la connectivité et la sécurité des communications (9 %), des activités de base (construction de laboratoires, de stations au sol et d’installations de contrôle des missions, développement de technologies en phase préliminaire, infrastructure informatique, pour 8 % du budget), la technologie (4 %), la sécurité spatiale (4 %), la navigation (4 %), le Programme de développement d’expériences scientifiques (1 %) et la commercialisation (1 %).
Des missions pourtant essentielles : l’enveloppe de 957 millions d’euros pour la sécurité spatiale permettra de financer trois missions principales. Ramses, qui doit intercepter l’astéroïde Apophis lors de son passage à proximité de la Terre en 2029 pour l’étudier et nous aider à nous préparer à faire face à des astéroïdes potentiellement dangereux, Vigil, pour de la météorologie de l’espace, et Rise, qui devra tester les techniques de rendez-vous et d’amarrage à un satellite en orbite géostationnaire pour prolonger sa vie.
Notre dossier EspaceUn programme bien chargé pour l’Agence spatiale européenne, dans un paysage spatial en pleine évolution ces dernières années. Entre l’émergence d’entreprises privées puissantes comme SpaceX et Blue Origin et un contexte international devenu trouble en raison de la montée des conflits ou de l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, pays majeur du spatial, l’Europe espère bien tirer son épingle du jeu.



















