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Comment la Gironde s’affirme comme un « hub » pour les acteurs du new space

Lanceurs, véhicules spatiaux... La Gironde devient un vrai « hub » pour les acteurs du « new space »

la tête dans les étoilesDeux acteurs européens du new space, The Exploration Company et HyPrSpace, basés en Gironde, ont franchi des étapes décisives cette semaine dans leur conquête de l’Espace
Mickaël Bosredon

Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • Une bonne partie des start-up qui travaillent en France dans le domaine de l’accès à l’Espace sont désormais basées en Gironde autour des trois sites d’un acteur historique du spatial, ArianeGroup.
  • Jeudi, la société The Exploration Company a inauguré au Haillan, près de Bordeaux, son nouveau site opérationnel en vue de la fabrication de sa capsule spatiale modulaire et réutilisable, Nyx.
  • HyPrSpace a quant à elle réalisé une levée de fonds de 21 millions d’euros en vue de la qualification de son moteur hybride qui équipera son futur lanceur suborbital, Baguette One.

La Gironde devient-elle le cœur battant du « new space » en France ? Elle concentre en tout cas une bonne partie des entreprises privées consacrées au domaine de l’accès à l’Espace, comprendre les lanceurs et les véhicules spatiaux.

Ces start-up gravitent autour d’un acteur historique du spatial, ArianeGroup. Le géant français possède trois sites près de Bordeaux, où sont fabriqués une grande partie du lanceur Ariane 6, ainsi que le missile balistique M51, qui équipe les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). En tout, quelque 4.000 salariés travaillent dans le spatial dans le département.

Cocorico pour « Baguette One »

Jeudi, la société The Exploration Company a inauguré au Haillan, près de Bordeaux, son nouveau site opérationnel, « marquant une étape majeure dans la montée en puissance industrielle de l’entreprise en France et en Europe ». L’usine comprend 5.000 m² dédiés à la production et au stockage, ainsi que 2.500 m² de bureaux, pour « accompagner l’accélération du développement de Nyx ». Il s’agit de son projet de capsule spatiale modulaire et réutilisable, conçue pour transporter du fret vers et depuis l’orbite terrestre basse.

Lundi dernier, c’est une autre start-up girondine du new space, HyPrSpace, basée à Saint-Médard-en-Jalles, qui réalisait un bond de géant avec une levée de fonds de 21 millions d’euros. « Elle vise à continuer le développement, les essais et la qualification de notre moteur hybride [propulsion solide et liquide], pour aller jusqu’au premier vol de notre lanceur suborbital, Baguette One. Il sera tiré depuis un site de la DGA (Direction générale de l’armement)-Essais de missiles, fin 2026, à Biscarrosse ou sur l’Ile du Levant », explique à 20 Minutes Sylvain Bataillard, directeur et cofondateur d’HyPrSpace. Ce sera au passage la première société privée à faire décoller une fusée depuis un site de la Défense, avant qu’HyPrSpace ne rejoigne le pas de tir de Kourou en Guyane en 2027 pour ses lancements orbitaux.

« Il y a eu un changement de modèle dans l’Espace »

HyPrSpace veut proposer un mini-lanceur pour permettre à ses futurs clients, civils et militaires, d’envoyer des satellites à basse altitude. « L’enjeu est d’apporter une réponse intermédiaire aux gros lanceurs type Ariane 6 en étant plus réactifs et en lançant des choses plus légères que les gros satellites », explique Sylvain Bataillard. Les lancements orbitaux embarqueront de petits satellites jusqu’à 250 kg, tandis que les lancements suborbitaux seront consacrés aux missions « d’expérimentation en microgravité pour de la recherche scientifique, de la qualification de composants technologiques, ou encore des tests de réentrée atmosphérique ».

« Il faut bien comprendre qu’il y a eu un changement de modèle dans l’Espace, poursuit le directeur. Il y a quinze ans, on lançait majoritairement de gros satellites de 10 tonnes à 1 milliard d’euros en géostationnaire [à 36.000 km d’altitude], qui ont une durée de vie très longue. Aujourd’hui, on part plutôt vers un paradigme de la constellation, avec plein de petits satellites, plus proches de la Terre, moins chers, et que l’on peut remplacer plus facilement. L’un des problèmes du satellite géostationnaire est qu’il est assez rapidement dépassé par la technologie, puisqu’il va rester vingt ans dans l’Espace. Tandis qu’avec des constellations, on peut les remplacer au fur et à mesure. »

Le Vortex de Dassault nourri à la Bentobox ?

Autre acteur majeur du new space dans le département, Space Cargo Unlimited conçoit une plateforme, la BentoBox, capable d’embarquer différentes unités de production dans l’Espace, pour des expérimentations, notamment à destination de l’industrice pharmaceutique. A terme, elle vise la conception d’une micro-usine spatiale, Rev-1. Space Cargo Unlimited a signé cette semaine un partenariat avec Dassault en vue d’intégrer la BentoBox à bord du Vortex (Véhicule orbital réutilisable de transport et d’exploration), le projet de véhicule spatial de l’avionneur français.

Parmi les autres pépites du new space en Gironde, on peut aussi citer AgenaSpace, qui propose un module de propulsion non pas pour les lanceurs mais pour les satellites, afin de leur permettre d’atteindre précisément leur orbite, et de se déplacer, notamment en cas de menace. Leoblue, quant à elle, développe une technologie issue de l’Enseirb-Bordeaux qui permet de s’affranchir des réseaux de communication déployés au sol et d’envoyer des messages depuis des satellites directement vers des smartphones, notamment en cas d’alerte lors de catastrophes naturelles ou sanitaires.

« Aujourd’hui, l’Europe dispose d’un accès autonome garanti à l’Espace grâce à Ariane 6 et Véga-C. Mais il faut garder ces lanceurs compétitifs, ce à quoi s’attache Ariane Group, et les compléter avec une offre de petits lanceurs avec les technologies qui vont avec, ce que font ces acteurs du privé », résume Maud Pawlowski, directrice de Way4Space, centre d’innovation spatial basé à Saint-Médard-en-Jalles, créé à l’initiative de différents acteurs publics et privés.

Ces petits lanceurs vont notamment intéresser les clients qui veulent « emmener un satellite où ils veulent, quand ils veulent, ajoute François Buffenoir, directeur technique de Way4Space. C’est le cas notamment des acteurs de la défense, qui ne veulent pas forcément que leur satellite partage la coiffe d’un gros lanceur qui embarque d’autres objets. »

L’enjeu « n’est pas de concurrencer Space X »

Sur la question du prix, le directeur d’HyPrSpace estime que ses tarifs commerciaux tourneront « autour de 20.000 dollars le kilo » (soit un peu plus de 5 millions de dollars l’envoi d’un satellite de 250 kg), quand son concurrent américain RocketLab « est plutôt aux alentours des 50.000 dollars le kilo ».

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Les gros lanceurs type Ariane 6, qui peuvent embarquer plusieurs satellites, sont évidemment moins chers au kilo. Space X, qui peut charger des dizaines de satellites, arrive même à abaisser ces coûts jusqu’à « 6.500 dollars le kilo, c’est imbattable », assure François Buffenoir. « C’est le même principe que le bus et le taxi, complète Sylvain Bataillard : le taxi sera toujours plus cher, mais vous êtes seul dedans et vous partez quand vous voulez. »

Il n’est toutefois « absolument pas question de concurrencer Space X, qui est le plus gros acteur spatial mondial aujourd’hui et qui réalise un lancement quasiment tous les deux jours », sourit François Buffenoir. « Aujourd’hui, les entreprises qui veulent lancer un satellite font la queue chez Space X », confirme Sylvain Bataillard. « Nous, on estime que l’on pourra faire une quinzaine de lancements par an, ce qui sera cohérent par rapport à notre marché ».

« Notre enjeu, en France et plus largement en Europe, estime François Buffenoir, est de continuer à stimuler l’innovation, pour rester compétitifs et exister face aux Etats-Unis et à la Chine ».