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Vega-C, l’autre fusée européenne qui fait la paire avec Ariane 6

Vega-C, l’autre fusée européenne qui fait la paire avec Ariane 6

une histoire de familleLe lanceur léger de l’ESA, dont le retour en vol est prévu à la fin de l’année après un échec il y a deux ans, est complémentaire avec Ariane 6, qui vient d’effectuer son vol inaugural
Manon Minaca

Manon Minaca

L'essentiel

  • Vega-C, est le lanceur léger de l’ESA adapté aux missions en orbite basse qui partage avec Ariane 6 le moteur P120C, dans une logique de réduction des coûts et de fiabilité.
  • La vie de la fusée n’a pas été un long fleuve tranquille : six mois après son premier lancement réussi, elle a subi l’échec de sa première mission commerciale. Problème qu’il a fallu résoudre avant d’envisager un retour en vol, désormais prévu début novembre.
  • L’ESA prépare déjà la relève de Vega-C avec Vega-E, un modèle avec un étage de moins qui doit réduire notamment les coûts de lancement.

Dans la famille des fusées européennes, je voudrais la deuxième fille. Alors qu’Ariane 6 a concentré tous les regards lors de son vol inaugural réussi, le 9 juillet, Vega-C, sa petite sœur, prépare elle aussi une étape importante : son retour en vol fin novembre après l’échec de sa première mission commerciale, en décembre 2022. Un vol crucial pour l’autre fusée européenne, pensée et développée pour être complémentaire avec Ariane 6.

Avec ses quelque 35 mètres de haut, Vega-C vient remplacer Vega, le lanceur léger dont elle est l’évolution, qui doit voler pour la dernière fois le 4 septembre après douze ans de bons et loyaux services. Cette fusée dernière génération assurera des missions différentes de celles de sa cousine : « Là où Ariane 6 est plus adaptée pour des grandes charges utiles ou des charges utiles qui vont à une orbite de transfert géostationnaire ou à une orbite moyenne, Vega-C est plus adaptée et plus flexible pour les missions en orbite basse », développe Stefano Bianchi, responsable des programmes de vol à l’Agence spatiale européenne. Il s’agit notamment des satellites d’observation de la Terre, « qui représentent 80 à 90 % du marché de Vega-C ».

Un moteur commun

Le lanceur léger est également particulièrement pensé pour le déploiement de plusieurs satellites. Le reste des lancements représentent des « missions technologiques et scientifiques », poursuit Stefano Bianchi, parmi lesquelles le futur Space Rider, la mini-navette spatiale européenne non habitée pensée pour rester dans l’espace pendant deux mois pour réaliser des expériences et les faire revenir sur Terre. Le véhicule utilisera le dernier étage de Vega-C, appelé Avum, pour faire des manœuvres en orbite et revenir sur notre planète.

La complémentarité des deux fusées européennes repose aussi, au-delà de leurs missions, sur un élément qu’elles ont en commun : le moteur P120C, qui équipe le premier étage de Vega-C et les boosters latéraux d’Ariane 6 pour leur donner « leur impulsion principale ». « On l’a fait pour éviter de dépenser trop d’argent, avec l’idée que plus on produit, moins ça coûte », explique Stefano Bianchi.

Cette mise en commun permet également de « miser sur une union industrielle franco-italienne qui fonctionne bien depuis Ariane 5, reprend le responsable des programmes de vol européen, et sur les usines qui existaient déjà à Kourou ». Une technique qui assure d’une certaine fiabilité du moteur, cruciale dans le spatial : « Jusqu’à maintenant, il n’y a jamais eu de panne des moteurs produits par cette coopération franco-italienne, que ce soit sur Ariane 5, Vega ou Ariane 6, donc je touche trois fois du bois. »

Un échec à surmonter

Une fiabilité d’autant plus importante que Vega-C a subi un échec lors de son premier vol commercial qui l’a clouée au sol pendant près de deux ans : le 20 décembre 2022, six mois après le succès de son vol inaugural, un problème sur le deuxième étage de la fusée lié à une pièce défectueuse fabriquée en Ukraine avait conduit à la destruction du lanceur et de ses deux charges utiles, des satellites Pléiades d’observation de la Terre.

L’ESA a travaillé pour régler le problème, qui semble désormais résolu : « On a changé le matériel, on est revenu sur un matériel français d’ArianeGroup, indique Stefano Bianchi. On a fait un premier test, qui a été un échec, car le design de la tuyère n’était pas compatible avec le nouveau matériel, donc on a changé complètement le design et on a fait de nouveaux essais cette année, avec succès. On prévoit, début octobre, un deuxième essai pour confirmer le bon comportement du moteur du deuxième étage », juste avant le retour en vol prévu fin novembre.

Cet incident a mis l’Europe en difficulté : « la panne de Vega-C, avec seulement deux Vega [auxquelles Vega-C devait succéder] disponibles, nous a privé de tout ce qui était charges utiles institutionnelles en orbite basse », déplore le responsable des programmes de vol à l’ESA. D’autant que celle-ci a rencontré d’autres problèmes entre 2022 et 2023, notamment « la crise ukrainienne, qui nous a coûté le [lanceur russe] Soyouz, qui servait pour des missions institutionnelles, et le retard d’Ariane 6, qui a amené une crise » et laissé l’Europe sans accès à l’espace pendant un an après la fin d’Ariane 5.

Préparer la relève

Des ratés qui ont servi de leçon à l’Agence spatiale européenne, d’après Stefano Bianchi, qui prépare déjà la transition avec Vega-E, successeur de Vega-C : « On sera un peu plus prudents dans les phases de transition entre une version du lanceur à l’autre, elles seront plus longues. Il y aura plusieurs bons vols avant de passer à une version unique. On ne reproduira pas les erreurs du passé. »

Vega-E, dont le premier vol est prévu fin 2027 ou début 2028, est une évolution de Vega-C, mais avec un étage en moins, ce qui permet de réduire la complexité du système de lancement et des coûts afférents, mais, surtout, « de disposer d’une alternative européenne pour l’Avum [le dernier étage de Vega-C], dont le moteur est actuellement ukrainien », note le responsable à l’ESA. La famille des lanceurs européens n’a pas fini de s’agrandir.