James Dyson : « Je crois que les ingénieurs et les scientifiques peuvent résoudre tous les problèmes du monde »
INTERVIEW•« 20 Minutes » a rencontré James Dyson à l’occasion de la présentation de son nouveau produit, une brosse à dents électrique qui se veut révolutionnaireChristophe Séfrin
L'essentiel
- Avec sa « CameraJet » Dyson s’avance sur un terrain qui n’était pas le sien jusqu’à présent : l’hygiène bucco-dentaire.
- Près de 40 ans après ses premiers aspirateurs sans sac, James Dyson veut continuer à innover et à proposer des équipements qui lui donnent envie.
- L’inventeur, designer industriel et entrepreneur veut aussi croire que les ingénieurs et les scientifiques aideront à force d’innovations à résoudre les problèmes que nous rencontrons…
James Dyson, 79 ans, a révolutionné le monde de l’électroménager au début des années 80 avec son aspirateur sans sac à technologie « cyclonique ». Depuis, l’inventeur, designer industriel et entrepreneur britannique n’a cessé d’innover : aspirateurs sans fil, ventilateurs sans pales ; sèche-mains ; sèche-cheveux : robots… Il revient aujourd’hui là où on ne l’attendait pas avec CameraJet, une brosse à dents électrique capable grâce à une caméra intégrée et un jet pulsé de parfaitement nettoyer les interstices entre les dents et de supprimer la plaque dentaire. 20 Minutes a pu l’interroger lors de son passage à Paris.
À quoi ressemble une journée type de James Dyson ?
Je commence par me brosser les dents (rires) puis je me rends au travail. Quelle que soit la journée, je suis au cœur des équipes, avec nos ingénieurs. Je suis très impliqué dans chaque détail, chaque dixième de millimètre de tout, parce que c’est ce que j’aime faire ! À ma place, d’autres s’inquiéteraient davantage de la gestion de leur entreprise, mais je préfère m’impliquer au maximum dans le développement de nos produits. Et à la fin de la journée, je me lave les dents avant de me coucher !
Alors justement, cette brosse à dents « CameraJet » : quels étaient les défis à relever ?
Il y en avait deux, en fait. Le premier était de mettre au point la caméra dont elle est équipée. Mais le plus compliqué fut d’imaginer comment la CameraJet allait pouvoir trouver les interstices entre chaque dent. Un exercice d’autant plus difficile que la brosse est en mouvement permanent lorsqu’on l’utilise.
Aussi, une caméra intégrée ne suffisait pas. Nous devions être à même de déterminer les contours de chaque dent, de les analyser en temps réel grâce à l’IA. Ce fut la partie la plus difficile.
Cette caméra intégrée peut inquiéter…
Elle n’est pas un problème. D’abord, parce que son objectif est un objectif macro ultra précis. Il est incapable de prendre une photo d’autre chose que de vos dents. Ensuite, parce que les images filmées sont traitées en local en restent en local. Enfin, parce qu’à part les visionner en direct durant le brossage sur l’écran de son smartphone, il n’y a pas d’autre moyen d’y accéder.
Les brosses à dents électriques concurrentes vous ont-elles influencé ou appris des choses lors du développement de la « CameraJet » ?
Non, pas grand-chose…
Que pensent les dentistes de votre brosse à dents ?
Ils constatent qu’avec elle la plaque dentaire disparaît. Plus encore, ils trouvent que la CameraJet impose à ses utilisateurs une utilisation méthodique et douce, loin des brossages souvent effectués à la va-vite, sans y passer les deux minutes recommandées. Qui plus est, l’application MyDyson permet de savoir si l’on s’est bien brossé les dents ou pas. Elle fait un peu office de tutoriel.
On imagine que des copies de cette brosse vont rapidement arriver sur le marché à moindre coût. Que cela vous inspire-t-il ?
… ce que vous pouvez imaginer ! La contrefaçon à bas coût n’est pas très compliquée… mais les performances des produits n’ont rien à voir. À l’école, on m’a toujours dit que si je copiais sur mon voisin, j’allais me faire virer. Pour l’anecdote, j’ai eu une vive discussion avec ChatGPT à ce sujet. L’IA m’a dit que dans le domaine commercial, la copie était quelque chose de normal ! Je lui ai demandé si c’était « moral », et là, l’IA m’a répondu qu’en effet, ça ne l’était pas. La conversation s’est poursuivie. J’espère être parvenu à infléchir son jugement sur la contrefaçon (rires)…
Pourquoi orienter vos développements vers tel ou tel type d’appareil ? Comment s’effectuent vos choix ?
J’ai toujours voulu imaginer des produits que je voudrai utiliser tous les jours. Et en tant qu’ingénieurs, l’avantage d’imaginer de telles choses, c’est que nous pouvons prendre des risques ! Lorsque nous avons imaginé notre premier aspirateur sans sac, nous n’avions aucune idée quant au fait de savoir si les gens avaient, ou non, envie d’un aspirateur sans sac. En tant qu’utilisateurs, cela faisait sens à nos yeux. Alors nous l’avons inventé !
Vous pouvez aussi vous tromper…
Cela arrive, oui.
Justement, vous avez lancé un masque avec un purificateur d’air intégré. Mais aussi un casque audio. Le public a-t-il adhéré ?
Nous avions commencé à travailler sur le masque Dyson Zone avant le Covid. Il n’est pas arrivé en réaction à la pandémie. Dans les faits, il s’est avéré que les gens n’en voulaient pas, se sentaient un peu bêtes en le portant. Il est toujours commercialisé, mais nous n’en vendons que très peu. En revanche, le public aime notre casque ontrac, sa qualité audio. Le problème est que l’on ne peut pas savoir à l’avance ce qu’attend le public. C’est aussi ce qui rend notre travail excitant : on ne sait jamais si le succès sera au rendez-vous.
Nos articles sur «Dyson»Quelle attention portez-vous à l’environnement dans vos réflexions ?
Je déteste le greenwashing. Notre principe n’est pas de fabriquer des produits qui plaisent aux lobbies environnementaux. En revanche, nous privilégions l’ingénierie « légère », la réduction du nombre de pièces dont sont composés nos appareils, mais aussi leur consommation électrique. Exemples : nos sèche-mains consomment aujourd’hui 700 watts, contre 3.500 watts hier. Certains de nos aspirateurs 200 Watts, contre 2.400 watts avant.
Je crois fondamentalement que les ingénieurs et les scientifiques peuvent résoudre tous les problèmes du monde. Chez Dyson, nous organisons depuis 32 ans les James Dyson Awards, un concours international qui récompense les étudiants qui inventent des choses pour résoudre des problèmes concrets. Au début, ils proposaient de nouveaux skateboards ou planches de surf. Aujourd’hui tous se focalisent sur deux types de problématiques : d’un côté des produits pour améliorer les conditions de vie des personnes âgées ; de l’autre, des projets environnementaux. Les jeunes veulent résoudre les problèmes, ils vont les résoudre… si nous leur en donnons l’opportunité !



















