Réseaux sociaux : La pilule du métavers est dure à avaler pour de nombreux internautes

VOTRE VIE VOTRE AVIS De « Matrix » à « Ready Player One », les films de science-fiction ne donnent pas forcément envie à nos lecteurs de vivre dans un monde de plus en plus virtuel

Charles Montmasson
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Les lunettes de réalité virtuelle permettent de « passer de l'autre côté » de l'écran (illustration).
Les lunettes de réalité virtuelle permettent de « passer de l'autre côté » de l'écran (illustration). — Smith Collection/Gado/Sipa USA
  • Il y a deux semaines, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, a annoncé le changement du nom du groupe en « Meta », une référence au métavers.
  • Ce monde virtuel, connecté à notre monde réel, permettrait d’enrichir nos vies des possibilités générées par les ordinateurs et leur réseau.
  • Digne de la science-fiction, ce projet sur lequel travaillent les géants du numérique suscite l’inquiétude de nombreux internautes. Pour d’autres, c’est un rêve qui se réalise.

Devant nos yeux, les écrans se succèdent toute la journée, prennent la place des interactions sociales de la « vie réelle »… En ces temps de Covid-19, pas besoin d’écrire de la science-fiction pour imaginer un monde où la technologie est reine. Mais quand le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, annonce qu’il voudrait que sa société devienne une « entreprise du métavers », avec l’objectif d’injecter de plus en plus de numérique dans nos expériences quotidiennes, c’est bien à des films et des livres que plusieurs internautes ont pensé.

« Le Cobaye et Ready Player One deviendraient alors réalité, décrit Christophe. De toute façon, quand on voit les gens plongés dans leur téléphone dans la rue, au point de ne plus voir les autres, on a parfois l’impression qu’ils sont déjà dans un autre univers, qui fait abstraction des autres. » Pour Jean-Luc, il s’agit carrément « de nous précipiter dans la matrice », en référence au film de 1999 Matrix, dans lequel le héros, Neo, découvre que sa réalité n’est qu’une illusion montée par des robots.

Restons-nous des humains ?

De son côté, Luc se demande si « Orwell ne va pas se retourner dans sa tombe » et annonce, en attendant, qu’il « retourne vite dans sa forêt ». Dans le livre de George Orwell 1984, la société totalitaire écrase la possibilité d’échanger entre les individus. « Personnellement, je crains que tout cela nous éloigne de notre réalité en termes d’humanisme, confie Pamela. Je ne suis pas charmée du tout par ce nouveau monde. »

Ce risque pour notre « humanité » est la principale critique formulée par les internautes : « Le confinement nous a montré l’importance des relations sociales réelles et le contact physique pour le bien-être de l’être humain », rappelle ainsi Martine, « pas du tout intéressée » par le métavers. Un point de vue rejoint par Romain, qui dénonce « la nouvelle lubie des géants du numérique ».

« Des mondes colorés quand il fait gris et froid »

« Je ne suis pas contre la technologie elle-même, mais contre la manière dont celle-ci sera exploitée par les Gafam [les grandes entreprises du secteur] », s’inquiète pour sa part Seri. Elle aussi fait référence à Ready Player One, à propos de « ces métavers gérés par des grosses boîtes qui n’ont que le mot "argent" en tête », faisant un parallèle entre ces sociétés et IOI, l’entreprise prédatrice du film de Spielberg. Hugo, lui, « ne craint pas de devenir un avatar » mais dénonce un gaspillage des ressources : « Ces personnes devraient plutôt oeuvrer pour développer des technologies qui aiderait la population à vivre convenablement (…) ou aider la planète. »

Attention, le métavers a aussi ses défenseurs, pour qui les technologies ne nous éloignent pas les uns des autres, bien au contraire : « Ces mondes virtuels sont une échappatoire et une ouverture au monde réel à la fois, décrit ainsi Naoki. Lorsqu’il fait gris et froid, des mondes colorés sont à notre disposition. Lorsque l’on se sent seul, des milliers d’autres personnes de tout horizon sont présentes pour jouer, parler, partager et apprendre.  » Ce qui n’empêche pas cette lectrice de s’inquiéter du « suivi de nos faits et gestes » par Facebook, et du captage des données.

Question d’équilibre

« Ce métavers qui vous effraie, je le rêve depuis les années 1980 », raconte Lyzbeth. « Que de grands groupes comme Facebook mettent de gros moyens en œuvre pour qu’il devienne réalité, signifie aussi que beaucoup de personnes, s’efforceront, comme moi, de travailler sur des versions libres et sans contraintes », ajoute-t-elle.

Pour Jc, amateur de jeux vidéo, le métavers, c’est carrément des rêves de gosse réalisés : « J’y plongerais avec appétit. Je survolerai les sept merveilles du monde reconstituées tel Superman, participerai à des tournois de poker dans des casinos numériques, je me prendrai une place pour le concert de Michael Bublé devant deux millions de spectateurs et prendrai part pour sûr a des batailles spatiales. Grisant ! » Selon cet internaute, cela ne l’empêchera pas d’appuyer sur OFF de temps en temps : « Les collines de ma Provence natale n’ont pas fini de me voir les sillonner. » Et là, pas de collants de Superman sur les chaussures de rando.