« Meta » : Voici à quoi ressemble le projet de « metaverse » de Mark Zuckerberg

CYBERPUNK En renommant son entreprise, le patron de Facebook parie sur un futur connecté et immersif

Philippe Berry
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Mark Zuckerberg face à son avatar du «metaverse» (capture vidéo).
Mark Zuckerberg face à son avatar du «metaverse» (capture vidéo). — Facebook/Meta

Facebook, le réseau social, n’est pas mort mais la société, elle, s’appelle donc désormais Meta. Jeudi, Mark Zuckerberg a mis le cap vers le futur – et tenté de tourner le dos aux polémiques du présent – en dévoilant un nouveau nom pour l’entreprise qu’il a fondée il y a 17 ans. « Notre marque est tellement liée à un seul produit qu’elle ne peut plus représenter tout ce que l’on fait aujourd’hui. A terme, j’espère qu’on sera vu comme une entreprise du metaverse », a-t-il expliqué. Qu’est-ce donc que ce « métavers » (en VF), sorti de l’imaginaire de la science-fiction cyberpunk il y a 30 ans ? Pour Zuckerberg, il ne s’agit rien de moins que du « futur d’Internet ». Qui va brouiller les lignes entre le réel et le virtuel et pourrait bouleverser tous les secteurs, à condition que le grand public ne le rejette pas massivement. 

Le social : avatars et expériences partagées

Ce metaverse va être construit brique par brique. Par Facebook, mais aussi les utilisateurs. Première étape : créer son chez-soi virtuel, comme dans Second Life, l’ancêtre des mondes connectés persistants. Vous êtes coincés dans un deux-pièces de 20m² ? Avec un casque de réalité virtuelle, vous voilà transporté dans un chalet avec vue sur un lac, ou dans une station orbitale.

Avec la suite d’espaces virtuels partagés Horizon Home et World, actuellement en bêtas, Facebook offre des outils de création simples à utiliser, un peu comme sur Minecraft. On peut ensuite se retrouver entre amis pour jouer au poker ou juste discuter. Chacun est représenté par un avatar virtuel – celui de Mark Zuckerberg est aussi dépourvu d’émotion que l’original. Pour l’instant, les avatars restent très cartoon, mais à terme, Meta promet des hologrammes photo-réalistes avec un tracking des émotions retranscrites en temps réel.

Le jeu vidéo : mélange de réalité virtuelle et augmentée

Le metaverse proposera également une réalité « mixte », qui mélange le virtuel et la réalité augmentée. Comme dans ce jeu d’échecs, avec un joueur assis dans un parc de Manhattan, qui voit un échiquier de synthèse sur la (véritable) table grâce à des lunettes AR (réalité augmentée), et défie un adversaire à l’autre bout du monde plongé dans un environnement virtuel.

L’école et le travail : la productivité collaborative

Horizon Workrooms veut s’imposer comme la visioconférence du futur. Au lieu de voir d’avoir une grille vidéo de la tête de ses collègues, on peut discuter dans une salle virtuelle, admirer une maquette en 3D sous tous les angles. Idem pour l’école, avec un vaste potentiel éducatif et visuel pour la biologie ou la géographie. Il est également possible de travailler sur des écrans de PC virtuels. Et parce que le Web est encore en 2D à 99 %, Mark Zuckerberg promet une librairie pour facilement importer le « vieux » Web dans le metaverse.

Le potentiel : Des limites technologiques et sociétales majeures

Mark Zuckerberg l’a reconnu : construire le multiverse prendra « des années ». Certains produits, comme de véritables lunettes pour la réalité augmentée, baptisées « Project Nazare », n’ont même pas de date de sortie. Le tracking des mains a fait des progrès mais les gestes le bras levé restent fatigants. Meta mise sur son projet d’interface neuronale au poignet pour écrire avec des micro-mouvements, puis, à terme, rien que par la pensée.

L’économie du metaverse reste à inventer, mais les briques élémentaires sont là, avec les cryptomonnaies et les NFT qui peuvent servir de titre de propriété pour un objet virtuel. Au final, le principal frein reste avant tout sociétal : certains sont enthousiasmés par cette vision du futur, d’autres terrifiés par la raréfaction des interactions humaines en chair et en os. Surtout quand cet avenir est construit par une entreprise avec le passif de Facebook. Il faudra plus qu’un changement de nom pour regagner une confiance perdue il y a bien longtemps.