« Facebook Papers » : Nouveau nom, « métavers »… Comment le géant américain tente de redorer son image

RESEAUX SOCIAUX Le groupe de Mark Zuckerberg, en pleine tourmente depuis les révélations de la lanceuse d’alerte Frances Haugen, tente aujourd’hui de remonter la pente en lançant de nouveaux projets

H. B.
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Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg à San Francisco (Etats-Unis), le 25 mars 2015.
Le PDG de Facebook Mark Zuckerberg à San Francisco (Etats-Unis), le 25 mars 2015. — Josh Edelson AFP
  • L’entreprise californienne enchaîne les scandales depuis qu’une ancienne employée, devenue lanceuse d’alerte, a fait fuiter des documents internes à la presse.
  • Le géant de la Silicon Valley, qui craint un démantèlement ou une régulation forcée de la part des élus américains, tente aujourd’hui tant bien que mal de redorer son image.
  • Nouveau nom, projet « métavers »…, Mark Zuckerberg multiplie les contre-feux pour tenter de regagner la confiance des utilisateurs, et conserver celle de ses investisseurs.

Rien ne va plus pour Facebook… L’entreprise californienne enchaîne les scandales depuis quelques semaines. Le groupe de Mark Zuckerberg traverse une passe particulièrement difficile depuis qu’une ancienne employée devenue lanceuse d’alerte, Frances Haugen, a fait fuiter des documents internes à la presse, accusant la plateforme de faire passer « les profits avant la sécurité » de ses utilisateurs.

Sous pression, et accablé de toutes parts après de nouvelles révélations dévoilées encore cette semaine par les médias américains, le géant de la Silicon Valley qui craint  un démantèlement ou une régulation forcée de la part des élus américains, tente aujourd’hui tant bien que mal de redorer son image, en détournant l’attention avec de nouveaux projets, et en annonçant un changement de nom pour le groupe.

Un nouveau nom pour une nouvelle ère ?

Pour tenter de traverser cette grave crise de réputation qui ternit son image, l’entreprise californienne pourrait en effet annoncer ce jeudi soir, à l’occasion de la conférence Facebook Connect [conférence annuelle de l’entreprise], la création d’une nouvelle maison mère chapeautant ses différents services (le réseau social Facebook, Instagram, WhatsApp, Oculus, etc). Le groupe de Mark Zuckerberg ne serait pas le premier pilier de l’Internet à changer de nom. Il emboîterait le pas à Google, qui en 2015 a réorganisé ses activités en créant une maison mère baptisée Alphabet, qui gère le moteur de recherche, la plateforme YouTube, la filiale de voitures autonomes Waymo, et d’autres entités du groupe.

Des ONG et professionnels du monde du numérique ont rapidement accusé le géant américain de chercher à distraire le public en tentant de faire oublier les nombreux scandales dans lesquels il est empêtré. « Facebook pense que changer de nom peut l’aider à changer de sujet », a déclaré dans un communiqué une association anti-Facebook, qui se fait ironiquement appeler le « Véritable Conseil de surveillance de Facebook » (Real Facebook Oversight Board). « C’est un signe qu’ils sont prêts à tout pour distraire de leur échec à assainir leurs plateformes remplies de haine. Quoi qu’ils se fassent appeler, le problème reste entier, (…) ils ont besoin de régulation réelle et indépendante, tout de suite », a ajouté l’association.

« Si vous donnez un nouveau nom à un produit qui ne marche plus, les gens vont rapidement comprendre que la nouvelle marque a les mêmes problèmes », a tweeté de son côté Benedict Evans, un analyste indépendant spécialiste de la Silicon Valley. « Une meilleure approche serait de résoudre le problème, et ensuite de créer une nouvelle marque qui reflète le nouveau produit », a-t-il ajouté.

Le projet « métavers » pour faire oublier les scandales

D’après le site spécialisé américain The Verge, la nouvelle appellation doit servir aussi à refléter les efforts menés par le groupe pour construire le « métavers » (contraction de « méta-univers »), nouvelle obsession de Mark Zuckerberg, considéré comme un possible futur d’Internet, dans lequel les technologies permettront de naviguer dans un univers parallèle au monde réel.

Convaincu que l’avenir de l’Internet mobile passera par une plateforme virtuelle et persistante accessible à l’aide de lunettes de réalité virtuelle dans laquelle il sera possible de jouer, échanger, travailler et assister à des événements immersifs sans bouger de chez soi, le milliardaire souhaite ainsi faire oublier les récents scandales avec ce projet pharaonique. Il a prévu de dépenser 10 milliards de dollars et d’embaucher 10.000 personnes en Europe pour travailler sur le sujet dans les prochaines années. Un moyen à peine détourné, pour certains spécialistes, d’influencer l’Union européenne, actuellement en train d’achever l’écriture de deux textes législatifs majeurs pour mieux réguler les plateformes, le Digital Services Act (DSA), et le Digital Market Act (DMA).

Séduire davantage « les jeunes » pour remonter la pente

Autre chantier sur lequel Facebook a décidé de miser pour tenter de redorer son blason, les jeunes. Pour la première fois depuis le début des « Facebook papers », le patron de Facebook s’est adressé lundi aux investisseurs, cherchant à minimiser l’impact des récentes révélations en assurant que Facebook allait régler ses problèmes en séduisant davantage les jeunes. Lors de la présentation des résultats financiers du troisième trimestre, Mark Zuckerberg a en effet insisté sur l’importance de ramener les moins de 25 ans dans le giron de Facebook, Instagram, et WhatsApp pour assurer la pérennité financière de l’entreprise.

Les documents internes à Facebook fournis par la lanceuse d’alerte Frances Haugen indiquent que le groupe américain a conscience depuis longtemps de ne plus être l’idole des jeunes. Le nombre d’adolescents nés en 2003 qui se connectent à la plateforme est en chute de 13 % depuis 2019, et devrait baisser de 45 % dans les deux prochaines années, souligne le site The Verge. D’où l’urgence pour Facebook de rassurer les annonceurs et les marchés financiers à ce sujet. Ces derniers ne semblent toutefois pour l’instant pas trop inquiets, vu les derniers résultats financiers du groupe : le chiffre d’affaires est en hausse de 35 % sur un an, et les profits sont en augmentation de 17 %. Facebook, Instagram et WhatsApp comptent même 12 % d’utilisateurs en plus.

Ce n’est pas la première fois que le réseau social fait face à une telle polémique, engendrant une grave crise de confiance de la part de ses utilisateurs. Le scandale Cambridge Analytica, impliquant une fuite massive de données, et celui sur la campagne de propagande russe avant l’élection présidentielle américaine de 2016, n’avaient pas réussi à l’époque à ébranler le soutien des investisseurs, rappelle la chaîne américaine CNN.