« Facebook papers » : Ce qu’il faut retenir de la fuite de documents internes qui secoue le réseau social

BAD BUZZ Ces derniers jours, 17 médias américains ont publié de nouvelles révélations s’appuyant sur les documents fournis par la lanceuse d’alerte

P.B. avec AFP
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Le patron de Facebook Mark Zuckerberg, lors de son audition au Congrès américain, le 11 avril 2018.
Le patron de Facebook Mark Zuckerberg, lors de son audition au Congrès américain, le 11 avril 2018. — CHINE NOUVELLE/SIPA

C’est la brèche qu’il semble impossible de colmater. Depuis que la lanceuse d’alerte Frances Haugen a claqué la porte de Facebook en emportant des milliers de documents internes avec elle, les révélations se succèdent quotidiennement. Déstabilisation politique, trafic d’êtres humains, incitation à la violence… Ces « Facebook Papers », partagés par 17 médias américains, dressent le portrait d’une entreprise obsédée par sa croissance, qui connecte la moitié de la planète sans s’être donné les moyens de modérer les contenus.

Et si Wall Street ne semble pas – pour l’instant – s’émouvoir de ces révélations et que l’entreprise a dégagé 9,22 milliards de dollars de bénéfice net au troisième trimestre (+17 % en un an), cette gigantesque fuite pourrait donner des munitions aux élus souhaitant réguler le géant de la Silicon Valley. On fait le point.

Attaque du Capitole : Facebook n’a pas réagi face à la montée de la radicalisation

Début novembre, quelques jours après le scrutin américain, un analyste faisait savoir à ses collègues que 10 % des contenus politiques visionnés par les utilisateurs américains de la plateforme étaient des messages assurant que le vote avait été truqué, d’après le New York Times. Dans un rapport interne intitulé « Le voyage de Carol vers QAnon », un chercheur de Facebook a créé un faux compte d’une « mère conservatrice de Caroline du Nord ». Dès l’été 2019, Carol Smith était exposée par l’algorithme du réseau social à un « torrent de contenus extrêmes, conspirationnistes et choquants », dont des groupes de la mouvance QAnon. D’après le Washington Post, un deuxième lanceur d’alerte assure dans sa déposition que les managers de Facebook sapaient régulièrement les efforts de lutte contre la désinformation et les discours haineux par peur de mettre en colère Donald Trump et ses alliés, et pour ne pas risquer de perdre l’attention des utilisateurs, essentielle à ses volumineux profits.

Inde, Afghanistan, Ethiopie… Crise de la modération à l’étranger

Les leçons des atrocités commises en Birmanie contre la minorité des Rohingyas ne semblent pas avoir été tirées. Trafic d’êtres humains à Dubaï, instrumentalisation des cartels au Mexique, multiplications des contenus haineux en Inde et en Afghanistan, manque de personnel en Ethiopie ou au Pakistan, censure progouvernement au Vietnam… Selon les documents, Facebook consacre l’immense majorité de son budget modération en Occident et est incapable de protéger ses utilisateurs ailleurs. Le groupe est « bien conscient qu’une politique de modération plus faible dans les pays non anglophones rend la plateforme vulnérable aux abus de personnes mal intentionnées et de régimes autoritaires », affirme le Washington Post.

Facebook conscient de sa domination

Alors que les élus démocrates et républicains commencent à évoquer de sérieuses régulations antitrust, Facebook assure publiquement que la concurrence de TikTok et Snapchat est une menace. Mais en privé, l’entreprise semble bien plus au fait de sa domination. Selon des documents internes, malgré son érosion chez les plus jeunes, Facebook est utilisé par 78 % des adultes américains. « Une fois que vous avez un utilisateur sur votre app, c’est dur de la perdre », précise une présentation. Ces éléments pourraient être exploités par le gendarme de la concurrence, qui tente de convaincre un juge d’autoriser des poursuites contre Facebook.

Facebook menacé sur les moins de 30 ans

C’est un secret de Polichinelle : Facebook est en train de perdre les 13-17 ans. Selon des données de mars, le nombre d’adolescents utilisant Facebook aux Etats-Unis a diminué de 13 % depuis 2019. Et la chute pourrait attendre 45 % en 2023, selon des projections. La durée quotidienne passée sur le réseau a également baissé de 5 % chez les moins de 18 ans. Des chiffres qui expliquent l’empressement de l’entreprise pour dégainer un Instagram Kids destiné aux 10-12 ans. Mais face à la polémique, le projet est, pour l’instant, en pause.