Rohingyas : La Birmanie, accusée de génocide, devant la Cour internationale de justice

ENQUETE La Birmanie est accusée d’avoir organisé des exactions à l’encontre de la minorité musulmane rohingya en 2017

20 Minutes avec AFP

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Aung San Suu Kyi, leader birmane de fait, est très critiquée pour sa gestion de la crise des Rohingyas.
Aung San Suu Kyi, leader birmane de fait, est très critiquée pour sa gestion de la crise des Rohingyas. — ROMEO GACAD / AFP

Par la voix de la leader du pays, Aung San Suu Kyi, la Birmanie, accusée par d’autres pays de « génocide » contre les Rohingyas, comparaît, ce mardi à La Haye, devant la Cour internationale de justice (CIJ).

L’ancienne icône de la démocratie, désormais cheffe du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, est arrivée, ce mardi, aux Pays-Bas, où siège la Cour internationale de justice (CIJ). Celle qui fut lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 apparaîtra à la tête de la délégation birmane pour assurer elle-même la défense de son pays, à majorité bouddhiste, mis en cause pour des exactions à l’encontre de la minorité musulmane rohingya en 2017.

La Gambie, en tête de combat

La Birmanie est accusée de génocide par la Gambie, mandatée par les 57 États membres de l’Organisation de la coopération islamique, qui estime que la Birmanie a violé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, un traité de droit international approuvé en 1948. La CIJ, organe judiciaire principal des Nations unies, créé en 1946 pour régler les différends entre Etats membres, tient de premières audiences de mardi à jeudi dans ce dossier ultrasensible. Depuis août 2017, quelque 740.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les exactions de l’armée birmane et de milices bouddhistes, qualifiées de « génocide » par des enquêteurs de l’ONU.

« Les actes génocidaires commis au cours de ces opérations visaient à détruire les Rohingyas en tant que groupe, en tout ou en partie, par le recours au meurtre de masse, au viol et à d’autres formes de violence sexuelle », a déclaré la Gambie dans sa communication à la Cour. « Je demande que le monde nous rende justice », a déclaré Nur Karima, une réfugiée rohingya dont les frères et grands-parents ont été tués lors d’un massacre dans le village de Tula Toli en août 2017. « Je veux voir les condamnés être menés à la potence. Ils nous ont tués sans pitié », a témoigné Saida Khatun, une autre réfugiée de Tula Toli.

Seulement « des rebelles rohingyas » ciblés, se défend la Birmanie

La Gambie demande mardi à la CIJ des mesures d’urgence pour mettre fin aux « actes de génocide en cours » en Birmanie en attendant que soit rendu l’arrêt définitif sur le fond de l’affaire, ce qui pourrait prendre des années. Les autorités birmanes maintiennent quant à elles que les militaires n’ont fait que réagir aux attaques de la rébellion rohingya, et qu’il n’y a eu ni nettoyage ethnique ni génocide. Encore citée aux côtés de grands noms comme Nelson Mandela et Mahatma Gandhi dans un passé pas si lointain, Suu Kyi, 74 ans, a vu son image ternie depuis qu’elle a pris la défense des généraux de l’armée birmane. La cheffe de facto du gouvernement de l’Etat asiatique peut cependant se targuer d’un large soutien dans son pays.

Suu Kyi devrait présenter mercredi la défense de la Birmanie, devenant un des premiers dirigeants à s’adresser personnellement aux juges de la Cour. L’ancienne championne de la démocratie devrait faire valoir que la CIJ n’a pas compétence en l’affaire, que l’armée birmane ciblait des rebelles rohingyas, et que le pays est parfaitement capable de mener à bien ses propres enquêtes. « Le mieux que Suu Kyi puisse faire pour restaurer son image aux yeux du monde est de dire qu’il a été fait du tort aux Rohingyas​ », estime Abdul Malik Mujahid, imam qui dirige l’association Burma Task Force, qui défend la cause des Rohingyas. « Sans cela, sa défense sera risible. »