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Coronavirus : L’audience des anti-vaccins sur les réseaux sociaux dopée par la pandémie
DESINFORMATION•Autrefois cantonné à des communautés restreintes, le mouvement anti-vaccin s’est répandu auprès d’un public inquiet d’un virus méconnuH. B. avec AFP
Le discours anti-vaccin a profité de la pandémie pour élargir son audience via les réseaux sociaux. Porté depuis la fin des années 1990 par une étude suggérant un lien entre la vaccination ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et l’autisme, pourtant maintes fois démystifiée, le mouvement anti-vaccin ou «antivax» s’est aujourd’hui démocratisé.
Autrefois cantonné à des communautés restreintes, il s’est répandu auprès d’un public inquiet d’un virus méconnu. « Depuis toujours, ces mouvements ont compris l’intérêt de la bataille de l’information », explique Laurent-Henri Vignaud, historien des sciences français et co-auteur du livre Antivax (Vandémiaire éditions).
Déficit de connaissances, erreurs de communication…
Confinée, désireuse de comprendre l’épidémie de Covid-19, cette maladie qui a sidéré le monde, la population a cherché ses informations en ligne. Mais le déficit de connaissances disponibles, les erreurs dans la communication officielle – par exemple sur le masque jugé inutile dans un premier temps –, un manque de culture scientifique, ont ouvert la porte à la désinformation.
La nouveauté des vaccins utilisant la technologie inédite de l’ARN messager, leur arrivée rapide sur le marché, ont également nourri la défiance, tout comme la révélation, une fois les campagnes commencées, d’effets secondaires plus graves que prévu pour AstraZeneca et Johnson & Johnson.
Explosion de comptes anti-vaccins sur Facebook
Les comptes Facebook colportant de fausses informations sur les vaccins ont ainsi vu leur nombre d’abonnés exploser l’an passé, selon une étude de la BBC publiée fin mars sur sept pays (Brésil, Mexique, Inde, Ukraine, France, Tanzanie, Kenya). En France, des pages partageant du contenu anti-vaccin ont reçu près de quatre millions de likes (+27 %, une croissance trois fois plus rapide qu’en 2019, mais comparable à 2018).
Ces théories ne sont plus limitées à « des groupuscules marginaux » mais « entrent en résonance avec le mouvement des « gilets jaunes », les libertariens, les groupes New Age », créant des alliances « idéologiquement incongrues », explique l’ONG de lutte contre la désinformation First Draft qui a réalisé une étude à l’été 2020 sur environ 14 millions de publications en lien avec la vaccination.
Le message anti-vaccin trouve aussi un fort écho chez les partisans des extrêmes, droite ou gauche, et chez les abstentionnistes, note Florian Cafiero, sociologue au CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Et les théories du complot – Nouvel ordre mondial, agenda transhumaniste, ou même QAnon – « incorporent les vaccins dans leurs récits, pour faire en sorte de rester pertinentes », note de son côté Seb Cubbon, chercheur-analyste pour First Draft.
Des infox relayées par des personnalités politiques et des influenceurs
Les infox prennent parfois sur Internet la forme de productions soignées comme le documentaire « Hold-Up » en France qui dénonçait une « manipulation globale » autour de la pandémie dont les vaccins feraient partie, engrangeant des millions de vues. Elles s’invitent dans le débat public, relayées aussi par des personnalités politiques, des célébrités, des influenceurs.
Vaccins accusés d’être inefficaces voire mortels par des « médecins » anonymes, fausses vidéos de vaccinés morts après injection ou données de pharmaco-vigilance détournées… Les contenus anti-vaccins n’ont jamais autant d’audience sur les réseaux sociaux. Les grandes plateformes comme Facebook, Twitter ou YouTube ont d’ailleurs dû accélérer la chasse aux contenus anti-vaccins et aux fausses informations en 2020, tout en promouvant les recommandations des autorités sanitaires.



















