C’est quoi la mouvance « QAnon », soutien majeur de Trump sur Internet qui souhaite sa réélection ?

COMPLOTISME Très active sur les réseaux sociaux, cette mouvance promeut l’idée que les États-Unis sont contrôlés par des puissances occultes, et que seul Donald Trump pourra les contrer

H. B.

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«QAnon» est composé d'une armée de complotistes qui veulent faire réélire Trump.
«QAnon» est composé d'une armée de complotistes qui veulent faire réélire Trump. — Matt Rourke
  • Twitter a annoncé cette semaine avoir supprimé plus de 7.000 comptes liés à la mouvance QAnon, une nébuleuse pro-Trump, qui répand des théories du complot en ligne.
  • Née en 2017, cette mouvance « qui puise dans la haine et les rhétoriques antisémites », s’est propagée dans la politique américaine.
  • « Les QAnons sont aujourd’hui devenus mainstream avec même des candidats au Congrès », explique Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’université Paris Diderot, spécialiste des cultures numériques.

« Les Etats-Unis sont contrôlés par des puissances occultes que seul Donald Trump pourra contrer s’il est réélu »…. Cette théorie du complot, propagée sur les réseaux sociaux par la mouvance « QAnon », rassemble aujourd’hui de plus en plus d’adeptes, et se fraye désormais un chemin jusque dans les couloirs de la Maison Blanche. Pour limiter la circulation des contenus liés à ses théories conspirationnistes, Twitter a annoncé cette semaine avoir supprimé plus de 7.000 comptes liés à cette mouvance.

« Cette semaine nous prenons davantage de mesures contre l’activité dite "QAnon" », a annoncé le réseau via son compte dédié à la sécurité, au nom de son règlement sur « les comportements ayant le potentiel de causer des torts dans la vie réelle ». Les comptes QAnon les plus problématiques ont donc été « suspendus de façon permanente ». Il s’agit notamment de ceux qui sont considérés comme coupables de harcèlement coordonné et ciblé, un phénomène qui s’est amplifié ces dernières semaines. « Nous avons décidé d’agir maintenant parce que ses adeptes causent de plus en plus de torts », a précisé un porte-parole de Twitter, qui estime qu’environ 150.000 comptes devraient être affectés par ces mesures.

Une armée de « soldats numériques »

Né en 2017, QAnon désigne une nébuleuse pro-Trump, qui répand des théories du complot en ligne. Selon ses adeptes, les Etats-Unis sont dirigés depuis des décennies par « l’Etat profond », une organisation secrète rassemblant des hauts responsables des ministères, les Clinton, les Obama, les Rothschild, le puissant investisseur George Soros, des vedettes d’Hollywood et d’autres membres de l’élite mondiale. Ils seraient impliqués « dans des réseaux pédophiles internationaux » et « veulent créer un nouvel ordre mondial » dans lequel les Etats auraient abandonné leur souveraineté au profit de cette élite.

Les premiers messages « cryptiques » sont apparus en octobre 2017, écrit par un mystérieux « Q », du nom d’une accréditation de haut niveau au ministère américain de l’Energie. Selon ses partisans, Q est une taupe évoluant dans le cercle rapproché du président, qui a décidé de révéler des bribes de renseignements concernant cette machination mondiale sur des forums de discussion comme 4Chan. Les informations sont ensuite propagées sur les grands réseaux sociaux.

L’idéologie QAnon s’est propagée dans la politique américaine

Le mouvement conspirationniste s’est répandu grâce à une armée de « soldats numériques », selon le centre Soufan, un centre d’études américain sur la sécurité. Il a aussi essaimé à l’étranger, en Europe et jusqu’en Australie. L’idéologie QAnon s’est même propagée dans la politique américaine. Des adeptes de la mouvance se sont affichés dans plusieurs meetings de Donald Trump, notamment en arborant des affiches comportant la lettre Q ou le slogan du mouvement : « Where we go one, we go all » («Où l’un de nous va, nous allons tous »), parfois réduit à ses initiales WWG1WGA. Tous croient que le milliardaire républicain viendra à bout du complot des élites internationales et rendra le pouvoir au peuple.

Le 4 juillet, l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, Michael Flynn, a posté sur Twitter une vidéo dans laquelle il répète le slogan QAnon après avoir fait allégeance à la constitution américaine, accompagnée du mot-dièse « Prêtez serment ». La vidéo avait été « aimée » plus de 100.000 fois jeudi. Le fils cadet de Donald Trump, Eric, a également repris en partie ce slogan en juin, dans un message sur Instagram qu’il a ensuite effacé. Le président lui-même, qui qualifie régulièrement les grands médias de « Fake news » (fausses informations), a retweeté ces derniers mois au moins 90 fois des messages émanant de partisans déclarés de Q, pointe l’organisation Media Matters, un site de recherche de gauche qui suit les médias conservateurs.

« Ils sont aujourd’hui devenus mainstream avec même des candidats au Congrès »

Selon Media Matters, près de 60 candidats – en majorité conservateurs – aux élections parlementaires de novembre s’en réclament aujourd’hui. « Twitter tente de réduire la viralité des QAnon. Trop peu, trop tard à mon avis. Ils sont aujourd’hui devenus mainstream avec même des candidats au Congrès », explique Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’université Paris Diderot, spécialiste des cultures numériques.

Si certains des candidats ont fait le buzz en racontant par exemple que Beyoncé se faisait passer pour une Noire et que les paroles de ses chansons étaient truffées de références sataniques, rares sont ceux qui ont une chance d’être élus. Les quelques candidats liés à QAnon ayant fait de bons scores dans des circonscriptions importantes ont pris leur distance avec cette théorie.

Une mouvance « qui puise dans la haine et les rhétoriques antisémites »

Cette mouvance suscite aujourd’hui beaucoup d’inquiétude. L’Anti-Defamation League (ADL), une organisation américaine de lutte contre l’extrémisme, a cité fin juin des vidéos de la mouvance « qui puise dans la haine et les rhétoriques antisémites ». Le FBI a même considéré en 2019 cette mouvance comme un risque de « menace terroriste intérieure ». Plus récemment, début juillet, un homme armé a été arrêté près de la résidence du Premier ministre canadien Justin Trudeau à Ottawa. Il s’agissait d’un « avide consommateurs de complots » propagés par QAnon, affirme le centre Soufan.

Des experts en sécurité craignent aujourd’hui que ses partisans viennent s’ajouter aux militants extrémistes et suprémacistes blancs comme les « Boogaloo », des activistes anti-gouvernement qui appellent à la guerre civile. Le centre Soufan s’inquiète quant à lui qu’une défaite de Donald Trump en novembre « encourage les partisans de QAnon à des actes de violence ».