C’est quoi le réseau social Parler, nouveau repaire de l’extrême droite ?

POLITIQUE Plusieurs personnalités proches de l’extrême droite ont récemment rejoint le réseau social Parler, qui se positionne comme une alternative à Twitter

Hakima Bounemoura

— 

Plusieurs personnalités proches de l'extrême droite ont récemment rejoint le réseau social américain Parler, qui se positionne comme une alternative à Twitter.
Plusieurs personnalités proches de l'extrême droite ont récemment rejoint le réseau social américain Parler, qui se positionne comme une alternative à Twitter. — Capture d'écran Parler
  • De nombreuses personnalités d’extrême droite, dont des membres de Génération identitaire ou du Rassemblement national, ont récemment rejoint le réseau social Parler.
  • Cette plateforme, qui se positionne comme une alternative à Twitter, garantit à ses utilisateurs « une liberté d’expression quasi-totale ».
  • Propos racistes, antisémites, complotistes… Le réseau social est en réalité le refuge de l’extrême droite, et des parias de Twitter.

C’est la nouvelle plateforme préférée de la fachosphère. Plusieurs personnalités proches de l’extrême droite ont récemment rejoint le réseau social Parler, qui se positionne comme une alternative à Twitter. « Lisez l’actualité, parlez librement » (« Read News, Speak Free ») fait valoir ce nouveau réseau de microblogging américain qui dit vouloir favoriser « la liberté d’expression » et lutter contre le « technofascisme ».

L’ancienne députée du Front national Marion Maréchal Le Pen en a d’ailleurs fait la promotion cette semaine. « Pour contourner la censure de Twitter, beaucoup d’utilisateurs s’inscrivent sur le réseau social parler.com. Vous pouvez m’y retrouver ! », écrit ainsi la directrice de l’Issep, demandant à ses followers de la rejoindre sur cette plateforme fondée en août 2018 par l’homme d’affaires américain John Matze.

« Il s’agit d’anticiper une possible censure complète de Twitter »

Chassées des grandes plateformes, plusieurs personnalités liées à l’extrême droite ont décidé depuis quelques semaines de s’y « réfugier ». A l'image de plusieurs cadres du groupuscule Génération identitaire, bannis il y a quelques jours de la plateforme Twitter, qui a décidé de renforcer ses règles en modération concernant les contenus haineux en ligne. Des leaders du groupe, dont Thais d’Escufon, ont ainsi publiquement annoncé avoir migré vers cette plateforme.

On y trouve également l’eurodéputé du Rassemblement national Jérôme Rivière, le cadre du parti Jean Messiah, ou encore le communicant proche de Génération identitaire Damien Rieu. « Il s’agit d’anticiper une possible censure complète de Twitter d’ici à quelques années » et donc « d’investir de nouveaux réseaux comme nous l’avons toujours fait pour pallier le rejet des grands médias traditionnels à notre encontre », indique Erik Tegnér, partisan de l’union des droites, exclu du parti des Républicains, et qui a récemment ouvert un compte.

Une sorte de copié-collé de Twitter

Accessible sur ordinateur et smartphones iOS et Android, Parler est une plateforme gratuite. C’est une sorte de copié-collé de Twitter, qui compte aujourd’hui près de trois millions d’utilisateurs. Pour s’inscrire, il est obligatoire de fournir une adresse mail, un numéro de téléphone et d’avoir plus de 13 ans. Une fois le compte créé, on s’abonne aux utilisateurs que l’on veut suivre, ou à ceux suggérés par l’algorithme de la plateforme. Le design des profils ressemble beaucoup de celui de Twitter : une photo miniature, une bannière, une biographie et un compteur de followers et de comptes suivis.

Comme sur d’autres plateformes, l’application propose un fil d’actualité où l’on voit défiler les parley (équivalent à un tweet) publiés par les utilisateurs. Côté respect de la vie privée, la plateforme explique qu’il n’est pas possible de créer de faux comptes, de multiples comptes et des comptes automatisés, puisqu’il faut donner son numéro de téléphone qui devient un de vos identifiants.

Le design des profils ressemble beaucoup de celui de Twitter.
Le design des profils ressemble beaucoup de celui de Twitter. - Capture d'écran Parler

Incitation à la haine, racisme, antisémitisme…

La plateforme, encore très peu connue il y a quelques semaines, a aujourd’hui le vent en poupe. En juin dernier, elle était en tête des applications les plus téléchargées dans la catégorie « actualités » de l’App Store et du Google Play Store aux Etats-Unis. Selon Forbes, Parler serait même le réseau social préféré de Donald Trump et de l’alt-right américaine. Son équipe de campagne a d’ailleurs déclaré qu’elle songeait à mettre de côté Facebook et Twitter pour se concentrer sur Parler, censé assurer une liberté d’expression quasi illimitée.

La plateforme promet en effet à ses utilisateurs « une liberté d’expression quasi totale ». Mais derrière cette notion de « liberté d’expression » se cache en fait une tolérance assumée pour les propos racistes, antisémites et xénophobes, très présents sur la plateforme. Outre-Atlantique, les communautés juive, LGBT ou encore afro-américaine sont régulièrement la cible de propos haineux et violents. Le hashtag « deportallmuslimsnow », que l’on peut traduire par « déportez tous les musulmans dès maintenant », a par exemple été abondamment repartagé sur la plateforme. Les fake news et autres théories du complot sont également très présentes. Des contenus contraires aux règles d'utilisation mais qui ne semblent pour l’instant pas inquiéter les responsables de la plateforme…