Coronavirus : L’extension du port du masque en extérieur annoncé par Jean Castex suffira-t-elle ?

CORONAVIRUS Le Premier ministre veut étendre l’obligation du port du masque et maintenir l’interdiction des grands rassemblements pour éviter une flambée de l’épidémie de coronavirus

Anissa Boumediene

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Le port du masque obligatoire dans les rues de nombreuses villes françaises suffira-t-il à empêcher une reprise épidémique du coronavirus?
Le port du masque obligatoire dans les rues de nombreuses villes françaises suffira-t-il à empêcher une reprise épidémique du coronavirus? — SYSPEO/SIPA
  • Le chef du gouvernement appelle les préfets à « se rapprocher des élus locaux pour étendre le plus possible l’obligation du port du masque dans les espaces publics ».
  • Mais cela suffira-t-il à contenir la propagation du virus ?
  • Pour l’heure, les entreprises ne sont pas concernées par cette mesure, qui est toutefois étudiée par le gouvernement.

Il a sévi. Extension de l’obligation du port du masque à l’extérieur et interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes prolongée jusqu’au 30 octobre. Face à une « situation épidémiologique [qui] évolue dans le mauvais sens », Jean Castex a durci le ton. « Je le dis avec une forme de gravité : si nous ne réagissons pas collectivement, nous nous exposons à un risque élevé de reprise épidémique qui sera difficile à contrôler », a prévenu le chef du gouvernement mardi, mettant en garde contre une nouvelle mise sous tension de « l’ensemble de la chaîne de santé », mais aussi de « notre économie, notre système éducatif, notre vie collective et culturelle ».

Alors, pour éviter la deuxième vague de coronavirus tant redoutée et éloigner le spectre d’un reconfinement massif, Jean Castex a appelé à « réagir individuellement et collectivement » et « vigoureusement », et indiqué qu’il allait « demander aux préfets de se rapprocher des élus locaux pour étendre le plus possible l’obligation du port du masque dans les espaces publics ». Mais ces mesures suffiront-elles ?

« Il faut rendre le masque obligatoire en entreprise »

« Développer au maximum les endroits où il y a obligation du port du masque », voici donc la principale mesure annoncée par le chef du gouvernement. Plusieurs communes ont ainsi déjà imposé depuis plusieurs jours le port du masque dans certaines de leurs rues, dont Paris et Marseille. «Sur les marchés, où les gens peuvent être très près les uns des autres, porter un masque dehors peut être utile, mais plus qu’à l’extérieur, il faut rendre le port du masque obligatoire dans tous les lieux clos, donc aussi dans les entreprises. C’est aujourd’hui l’élément le plus protecteur contre le coronavirus, estime le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l' Union française pour une médecine libre (UFML). Le taux de contamination à l’extérieur est assez bas, c’est du ressort de la contamination individuelle. Tout se fait entre les murs, comme l’illustre le cas de cette femme asymptomatique qui a contaminé plus de 70 personnes en empruntant l’ascenseur de sa résidence. A l’intérieur, la distanciation sociale ne suffit pas à protéger du nuage d’aérosol du virus : imaginez quelqu’un qui fume dans une pièce, la fumée de sa cigarette vous parviendra, que vous soyez à deux ou même trois mètres. C’est pourquoi le port du masque dans tous les lieux clos est absolument indispensable », insiste le médecin.

A propos des entreprises, le Premier ministre a indiqué qu’il avait demandé aux ministres du Travail et de l’Economie « de voir comment on peut au maximum généraliser sur le lieu de travail le port du masque », en rappelant qu’ils étaient « régis par des protocoles qui ont été le plus souvent négociés branche par branche ». « Il n’y a pas deux lieux de travail qui se ressemblent, c’est pour ça que l’application de mesures absolument systématiques est parfois contraire à l’effet recherché », a-t-il ajouté.

« On a vu les effets du manque de masques dans les Ehpad, rappelle le Dr Marty. Puis on a appris à gérer ce virus et à prendre toutes les mesures sanitaires pour éviter qu’il ne se propage. Or, après le 15 août, ce sera la fin des vacances pour beaucoup de salariés, qui vont massivement reprendre le travail. C’est pourquoi il est primordial que cette obligation de porter un masque soit étendue d’ici là aux entreprises, pour éviter un risque de contaminations massives », prévient-il.

Les jeunes adultes, grands vecteurs de transmission du virus

Le ministre de la Santé Olivier Véran l’avait déjà constaté début juillet : l’arrivée de l’été a entraîné un relâchement dans le respect des gestes barrières. Et ces dernières semaines, cette légèreté estivale a entraîné une multiplication des nouvelles contaminations, notamment chez les jeunes. « La circulation du virus s’intensifie, notamment chez les jeunes, relève la Direction générale de la santé (DGS) dans son dernier point du 10 août. Les adolescents et jeunes adultes, moins à risque de développer une forme grave de la maladie, peuvent contribuer à diffuser le virus et contaminer leurs proches, parents, grands-parents et les personnes fragiles, pour lesquelles les conséquences peuvent être graves ». Ainsi, durant la semaine du 27 juillet au 2 août, Santé publique France a constaté une augmentation du nombre de nouveaux clusters détectés, apparus notamment après des rassemblements. « Ces rassemblements peuvent concerner toute la population, mais plus particulièrement les 20-30 ans, chez lesquels une augmentation du nombre de cas testés positifs pour SARS-COV-2 a été identifiée dans plusieurs départements et régions ces dernières semaines, observe l’agence sanitaire. Pendant cette période estivale propice à d’importants mouvements de population, il est primordial de sensibiliser l’ensemble de la population et notamment les jeunes adultes dans l’application des gestes barrières et de distanciation sociale pour limiter la propagation du virus ». En une semaine, 10.800 nouveaux cas ont été enregistrés.

Conséquence : Jean Castex a annoncé un renforcement des contrôles « sur le respect de l’ensemble des règles destinées à prévenir la propagation du virus : respect des gestes barrières, du port du masque », notamment dans les restaurants, ou encore « des obligations de déclaration des rassemblements de plus de dix personnes ». Pour le Dr Jérôme Marty, « il ne faut pas stigmatiser les jeunes, ni les mettre tous dans le même panier : beaucoup d’entre eux respectent les gestes barrières. Mais c’est difficile de tous les empêcher de faire la fête l’été, reconnaît-il. Il faut miser sur une protection collective la plus large possible, faire comprendre le message de prévention, et arriver à ce qu’un maximum de gens portent un masque ».

Faciliter les tests de dépistage

Aujourd’hui, le chef du gouvernement veut à tout prix « éviter par-dessus tout un retour en arrière, un reconfinement important, c’est indispensable et c’est à notre portée », et appelle à « être lucide », et, « pour certains » à se « ressaisir ». Et pour éviter ce scénario, le dépistage massif est un atout sérieux. Un grand coton-tige inséré profondément dans les narines : si le dépistage par PCR permet d’obtenir des résultats efficaces, le mode opératoire pourrait toutefois décourager les jeunes (et les moins jeunes) de se faire dépister. « Il faut enfoncer l’écouvillon assez profondément pour prélever là où se loge le virus, durant une dizaine de secondes, et dans chaque narine. C’est un prélèvement assez désagréable à subir pour le patient, sans compter qu’aujourd’hui, nous manquons de professionnels formés pour réaliser ces tests, rappelle le Dr François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes. C’est pourquoi nous demandons la simplification des tests de dépistage, poursuit le biologiste, avec des prélèvements plus rapides et tout aussi fiables, pour multiplier nos capacités et être en mesure d’assurer un dépistage massif ».

« C’est sûr que beaucoup de gens sont aujourd’hui encore réfractaires à l’idée de subir un dépistage par PCR, parce qu’ils ont la trouille et que ce n’est pas agréable, abonde le Dr Marty. La nécessité de facilité le dépistage est l’une des problématiques majeures à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. Selon les dernières données révélées par Santé publique France, les résultats des tests par PCR sont communiqués en moyenne au bout de 3,6 jours. Sachant que plus d’une personne sur quatre se fait dépister dans les 5 à 7 jours après l’apparition des premiers symptômes, on peut arriver à une dizaine de jours au total avant de savoir si une personne est porteuse ou non du Covid-19 : ce délai est beaucoup trop long ».

L’espoir des tests salivaires

C’est pourquoi l’utilisation des tests salivaires de dépistage du Covid-19, plus simples que les tests avec prélèvement dans le nez, est attendue de pied ferme par le monde de la santé. Lundi, la Haute Autorité de santé (HAS) a ainsi rendu « un avis favorable » ce lundi à une « attribution d’un forfait innovation pour les tests de détection moléculaire du virus SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19, réalisés sur des prélèvements salivaires ». Un financement temporaire accordé par le ministère de la Santé, après un avis favorable de la HAS. Il a été demandé par la Société française de microbiologie et le Centre Hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne (Guyane) le 6 août et va permettre une utilisation de ces tests et leur prise en charge financière au cours de l’essai clinique prévu par ce dispositif. Ce forfait implique en effet la réalisation d’une étude visant à apporter des données manquantes et à confirmer l’intérêt de l’innovation.

Ce prélèvement sur salive « indolore, est susceptible d’être mieux accepté par les patients, notamment s’ils sont amenés à être testés de manière répétée », souligne la HAS. « Toutefois, de nombreuses incertitudes persistent quant à leur fiabilité », selon l’autorité, qui « considère que des éléments de fiabilité importants manquent encore pour une utilisation immédiate généralisée en alternative aux tests nasopharyngés », qui sont, eux, pris en charge par l’Assurance maladie.

« Si ces tests venaient à être validés, ce serait un atout majeur dans la stratégie de contrôle de l'épidémie de coronavirus en France, assure le Dr Jérôme Marty. Il n’y aurait plus besoin de passer par un laboratoire, il n’y aurait plus de délai aussi long, puisqu’un résultat peut être obtenu en une heure pour l’un de ces dispositifs, et il serait même possible de faire des dépistages très ciblés, dans les zones à risques. Cela permettrait de débloquer différentes situations, notamment pour la reprise des événements sportifs, ou encore pour tester toute une entreprise quand un cas s’y déclare. S’ils sont fiables, j’espère vivement que ces dispositifs seront rapidement disponibles ».