Coronavirus : Comment la riposte contre les anti-vaccins s’organise sur les réseaux sociaux

SANTE Plusieurs collectifs de citoyens s’organisent aujourd’hui pour démonter les discours anti-vaccins sur les réseaux sociaux, et tenter de rassurer les plus sceptiques

Hakima Bounemoura

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Illustration du vaccin contre le Covid-19.
Illustration du vaccin contre le Covid-19. — Hans Pennink/AP/SIPA
  • Avec l’arrivée imminente d’un vaccin contre le Covid-19 dans l’Hexagone, les voix des anti-vaccins se font de plus en plus fortes.
  • Plusieurs collectifs et pages Facebook s’organisent et tentent aujourd’hui de coordonner la riposte contre les « anti-vax » sur les réseaux sociaux.
  • « On fait de la veille, on publie des analyses, on fait des commentaires. […] Mais on n’a malheureusement pas la même visibilité que les "anti-vax", et les algorithmes ne nous aident pas », explique une membre des Vaxxeuses, un collectif actif sur Facebook.

Avec l’arrivée imminente d’un vaccin contre le Covid-19 dans l’Hexagone, les voix des anti-vaccins se font de plus en plus fortes. D’après un sondage Ifop publié fin novembre, 59 % des Français n’ont pas l’intention de se faire vacciner contre le coronavirus « lorsque cela deviendra possible ». Il s’agit de l’un des taux de défiance les plus élevés au monde, loin derrière la Grande-Bretagne notamment, qui elle a débuté cette semaine la première phase de sa campagne qui vise à vacciner 400.000 personnes. Plusieurs collectifs de citoyens s’organisent aujourd’hui pour démonter les discours anti-vaccins sur les réseaux sociaux, et tenter de rassurer les plus sceptiques.

« Les "anti-vax" [anti-vaccins] ont commencé à monopoliser les réseaux sociaux bien avant qu’on se rende compte qu’il y avait un problème de défiance. Ils ont pas mal de longueurs d’avance sur tout le monde », résument  les Vaxxeuses, un groupe Facebook de citoyens suivi par plus de 17.000 personnes, dont la philosophie est clairement affichée : « La vaccination est la plus grande avancée médicale, elle a sauvé des millions de vies. Ne laissez pas les mensonges vous faire douter de ses bénéfices ». Comme ce collectif de citoyens militants, d’autres sites et pages Facebook s’organisent et tentent aujourd’hui de coordonner la riposte sur les réseaux sociaux, de manière anonyme et organisée.

Un véritable travail de « pédagogie »

Lutter contre l’influence des anti-vaccins et autres adeptes des théories du complot nécessite au quotidien un véritable travail de pédagogie, et de la patience. « On fait de la veille sur les réseaux sociaux, on regarde tout ce qui est publié sur les vaccins. Quand ce sont des médias généralistes qui en parlent, on essaye d’aller commenter et de signaler l’existence de pages qui font de la pédagogie », explique à 20 Minutes Marie*, membre des Vaxxeuses, collectif citoyen d’une dizaine de membres qui connaît un accroissement de son activité depuis l’annonce de la sortie du vaccin contre le Covid-19. « Souvent les "anti-vax" font appel aux émotions, à la peur. Nous on essaye plutôt de toucher l’intellect, et on tente de rassurer les gens avec des arguments rationnels et scientifiques. Pour cela, on alterne pédagogie, dialogue mais aussi humour. »

Composée d’une petite équipe de six personnes, le groupe Facebook « Stop à la propagande anti-vaccins » essaye lui aussi de faire front face à l’offensive des anti-vax. « On procède en plusieurs phases. On publie d’abord des articles de presse et de scientifiques avec des explications en sous-fil. On intervient aussi en commentant sous les articles publiés sur Facebook  par la presse grand public, en répondant aux arguments et en sourçant nos réponses. » Tout comme les Vaxxeuses, ils sont convaincus que « la pédagogie, et le fait de s’adresser à l’intellect des gens plutôt qu’à leurs émotions [comme le font les fake news] est payant sur le long terme. C’est un travail de fourmi, sentiment récurrent de vider la mer à la petite cuillère, mais nous sommes très fiers de notre collectif », expliquent à 20 Minutes les membres de ce groupe, qui existe depuis juin 2017 et qui a trouvé sa raison d’être au moment où la Loi d’extension de l’obligation vaccinale était en discussion au Parlement.

« Les algorithmes des grandes plateformes ne nous aident pas »

Commentaires, décryptages, analyses, vérifications…. Les « pro-vax » travaillent en équipe, et de manière très organisée. « On élabore des débunkages lorsque par exemple un reportage TV est prévu sur le sujet, en relevant les arguments fallacieux et les fausses équivalences. On publie nos productions sur notre page Facebook, et de même, on répond aux questions, interrogations, et doutes que le sujet peut soulever », détaille l’un des administrateurs du groupe, qui reconnaît que depuis près d’un an, ils sont presque exclusivement « sur le sujet coronavirus, tellement les fake news et la désinformation pullulent ».

La riposte commence donc à se coordonner aujourd’hui. « Mais on n’a malheureusement pas la même visibilité que les "anti-vax", et les algorithmes ne nous aident pas », explique Marie. « Par exemple, si un internaute souhaite se renseigner sur la dangerosité d’un vaccin sur Internet via un moteur de recherche, les algorithmes le renvoient immédiatement vers des sites conspirationnistes ! Quelqu’un qui souhaite seulement se renseigner a 9 chances sur 10 de se faire embarquer sur un site complotiste », déplore aujourd’hui la militante.

Plusieurs facteurs expliquent aujourd’hui cette méfiance accrue de la part de la population autour du vaccin, et la prolifération des théories complotistes. « Les études au sujet du traitement de la maladie, parfois contradictoires, ont suscité beaucoup d’incompréhension. Les maladresses, voire carrément le manque de rigueur inacceptable de certains médecins ou scientifiques, ont aggravé cette méfiance. Les "anti-vax" en ont profité et ont joué sur ces incohérences, en attisant les peurs au sujet de la maladie, et aujourd’hui autour du vaccin », reconnaissent les Vaxxeuses.

*Les membres du collectif préfèrent s’exprimer de manière anonyme en raison des nombreuses insultes et menaces de mort qu’ils reçoivent.