Vaccins: Un an après l'extension de l'obligation vaccinale pour les enfants, la confiance est-elle de retour?

VACCINS Un an après l'entrée en vigueur de l'extension de l'obligation vaccinale le 1er janvier 2018, les premiers résultats sont satisfaisants...

Oihana Gabriel

— 

Illustration d'un vaccin pour enfant.
Illustration d'un vaccin pour enfant. — Pixabay
  • Depuis le 1er janvier 2018, tous les enfants, nés depuis 2018 doivent être vaccinés contre onze maladies, contre trois auparavant. 
  • Une décisions politique qui vise à retisser la confiance entre une partie des Français inquiets et les vaccins. 
  • Un an après l'entrée en vigueur d'une réforme décriée, la couverture vaccinale a progressé et la confiance semble progressivement s'améliorer dans une partie de l'opinion publique.

Une obligation qui avait fait grand bruit. Depuis le 1er janvier 2018, tous les enfants nés en 2018 et gardés en collectivité (crèche, assistante maternelle, école) doivent recevoir onze vaccins et non trois, comme avant. Une décision de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui avait fait grincer des dents. Un an après cette extension, ministère et médecins se disent satisfaits des premiers résultats : la couverture vaccinale a augmenté et la confiance semble progressivement renaître.

Couverture vaccinale augmentée…

Selon l’enquête de Vaccinoscopie*, parue en novembre 2018 dans la revue Médecine et maladies infectieuses , cette nouvelle obligation semble porter ses fruits côté couverture vaccinale. En effet, le nombre d’enfants vaccinés contre l’hépatite B a augmenté de 8 % et ceux protégés contre le méningocoque C de 31 %. Autre résultat intéressant : « les mères étaient plus favorables à la vaccination obligatoire et mieux informées en 2018 qu’en 2017 », précise l’enquête.

Un impact positif qui dépasse les huit vaccins pour nourrissons devenus obligatoires. Dès mai 2018, une étude de Santé Publique France laissait augurer cet impact positif. Le pourcentage d’enfants vaccinés par un vaccin hexavalent est passé de 92 % en mai 2017, à 98 % en mai 2018. « La vaccination ROR a augmenté de 2,6 % et pour le méningocoque de 5,6 % », précise le ministère. « Cette décision politique très discutée a eu un effet favorable sur l’acceptabilité », analyse Odile Launay, une des expertes qui a participé à la grande concertation sur la vaccination. »

Toutefois, le nombre important décès ou hospitalisations pour des rougeoles (2.779 cas ont été observés entre novembre 2017 et septembre 2018), explique aussi grandement cette hausse. « Dès qu’un journal annonce un cas de méningite, on voit dans nos salles d’attente un mouvement de panique et tout le monde demande son vaccin, assure François Vié le Sage, pédiatre et responsable du groupe « Infectiologie et vaccinologie » de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA). Si le vaccin a souffert de son propre succès, le retour de ces maladies au contraire améliore la couverture vaccinale. »

… Même pour d’autres maladies

Autre signe que la confiance semble se réinstaller : la vaccination progresse aussi bien pour les enfants concernés par l’obligation, donc nés depuis 2018, que pour les autres. « On voit même une augmentation de la couverture vaccinale des adolescents pour le papillomavirus (HPV). » En effet, cette enquête de Santé Publique France dévoile une hausse de 6,2 % de la vaccination contre le HPV pour les jeunes filles âgées de 11 à 14 ans entre janvier et mai 2018, par rapport à 2017. 

Cette dynamique semble même dépasser les seuls vaccins pour enfants. « C’est la première fois qu’on a une pénurie de vaccins contre la grippe, alors que l’épidémie commence à peine, renchérit Odile Launay, infectiologue et professeur en maladies infectieuses à l’Université Paris Descartes. Or, c’est un vaccin plutôt mal accepté par la population et on constatait d’ailleurs depuis 2009 une baisse régulière de la couverture vaccinale sur la grippe. » 

« Ces premiers signaux, qu’il faudra évidemment confirmer, sont donc très positifs et montrent que le recours à la vaccination augmente et pas seulement du fait de son caractère obligatoire », se félicite-t-on au ministère.

Confiance renouée ?

Peut-on pour autant parler d’une confiance retrouvée au sein de la population ? Si les médecins parlent de premiers résultats encourageants, aucun ne crie victoire. Selon l’Observatoire sociétal du médicament du Leem (qui représente les entreprises du médicament), réalisé en partenariat avec Ipsos en novembre 2018, 71 % des Français ont confiance dans les vaccins, un taux en légère progression de deux points par rapport à 2016. Avec une hausse de 18 points de ceux qui pensent que les vaccins offrent plus de bénéfices que de risques chez les 25-34 ans (parfois parents de jeunes enfants).

Cette amélioration semble se confirmer au quotidien dans les cabinets médicaux. « Les pédiatres expliquent que l’engagement de la ministre leur a beaucoup facilité la vie et qu’ils peuvent renvoyer vers le site vaccination info service », assure Odile Launay. « Il faut distinguer plusieurs populations, nuance François Vié le Sage. Une petite frange, environ 5 % de la population française, reste très hostile à la vaccination, ceux-là je pense qu’ils sont inatteignables. Mais sinon, la grande majorité ce sont des hésitants, qui entendent beaucoup de choses sur les réseaux sociaux, dans les médias et leur entourage qui les encouragent à se poser des questions. Et on les comprend ! Au cabinet, on propose un entretien pour que les parents puissent exprimer leurs angoisses et essayer d’y répondre progressivement. Mais c’est vrai que je trouve que cela va plus vite depuis la loi. » « Cela se passe bien sur le terrain, confirme Jacques Battistoni, patron du syndicat de généralistes MG France. Certains médecins doivent être confrontés à des refus, mais ils semblent moins fréquents que ce qu’on pouvait craindre. »

Mais quelques doutes sur les contrôles

Atteindre ces parents récalcitrants reste encore difficile. Pour le moment, ils peuvent passer entre les gouttes, en gardant à la maison leur progéniture, puisque c’est au moment de l’entrée en collectivité que le carnet vaccinal est vérifié. Pour ces derniers, le verdict tombera donc à l'entrée en maternelle pour la rentrée 2020. Mais on sait déjà que certains trouvent des subterfuges. En effet, un médecin de Tours a été radié en 2915 pour avoir réalisé un faux certificat pour le tétanos (un des trois vaccins DTP déjà obligatoires) après que l’enfant a été hospitalisé après avoir contracté la maladie. Plus récemment, à Angers cette fois, un pédiatre a été sanctionné mi décembre pour avoir fait un certificat de contre-indication de complaisance. Le 1er mars, ce médecin sera suspendu pour deux mois. « Il aurait certainement été davantage sanctionné s’il avait réalisé un faux certificat de vaccination, là on parle d’un faux certificat de contre-indication, qui ne peut être fait qu’en cas d’allergie avérée de l’enfant », précise le Conseil de l’Ordre des médecins.

Vigilance tout de même : si le Conseil n’a pas encore les chiffres de 2018 des plaintes concernant la vaccination, il rappelle qu’elles restent exceptionnelles avec six affaires en 2015 et quatre en 2016. « Après, il y a ceux qu’on ne voit pas », nuance le pédiatre. Et la question du contrôle de cette obligation vaccinale reste entière. « On connaît l’état de précarité dramatique de la médecine scolaire, déplore François Vié le Sage. Et il n’est pas évident de repérer un faux certificat sur le carnet de santé. Certains parents peuvent photocopier le carnet d’un autre enfant, y coller l’étiquette de la boîte sans avoir injecté le produit ou photoshoper la photo. »

*L’enquête Vaccinoscopie a été réalisée sur Internet en septembre et octobre 2018 par questionnaire auto-administré auprès de 1000 mères de nourrissons âgés de 0 – 11 mois.