Cyberharcèlement scolaire : Cinq conseils aux parents pour protéger et accompagner leur enfant

RESEAUX SOCIAUX Selon une étude menée par l’association e-Enfance en 2020, un adolescent sur dix déclare avoir été victime de cyberharcèlement

Hélène Sergent
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Les adolescents et les enfants sont statistiquement plus exposés au risque d'être témoins ou auteurs de cyberharcèlement.
Les adolescents et les enfants sont statistiquement plus exposés au risque d'être témoins ou auteurs de cyberharcèlement. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La mort violente de la jeune Alisha à Argenteuil, la semaine dernière, a suscité une vive émotion et poussé les pouvoirs publics à réagir.
  • Pour lutter contre le sentiment d’impuissance souvent exprimé par les parents d’adolescents et d’enfants victimes ou auteurs de cyberhacèlement scolaire, plusieurs leviers d’action existent.
  • Etablir des règles avant l’équipement numérique de son enfant et l’accompagner dans la prise en main des réseaux sociaux peuvent notamment réduire les risques d’exposition au cyberharcèlement, soulignent les spécialistes de ces questions.

Longtemps, le phénomène a été minimisé. Par les parents, les adolescents, mais aussi les pouvoirs publics. Officiellement puni par la loi française depuis 2014, le cyberharcèlement est devenu, au fil des ans, un véritable enjeu judiciaire, politique et sanitaire. Le drame survenu le 8 mars dernier à Argenteuil, où une jeune fille de 14 ans, Alisha, a été retrouvée noyée après avoir été cyberharcelée, a poussé le gouvernement à réagir.

« Aucun parent n’imagine que son propre enfant est en train de participer à un phénomène de harcèlement ou cyberharcèlement. Il faut une vigilance accrue de la part des parents et pour cela il faut mieux les outiller », a notamment déclaré la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa. Comment ? Et à quel moment les parents peuvent-ils agir pour préserver leurs enfants des risques de cyberharcèlement et les accompagner lorsqu’ils y sont confrontés ?

  • Accompagner ses premiers pas en ligne

Selon une étude réalisée en France par l’association e-Enfance en février 2020*, plus d’un adolescent sur deux (52 %) utilise les messageries privées disponibles sur les réseaux sociaux. Pour anticiper les risques inhérents à ces usages numériques, les parents peuvent jouer un rôle « d’accompagnateur », indique Justine Atlan, directrice générale de cette association spécialisée dans la protection des mineurs sur Internet. «  Ce sont les parents qui, généralement, équipent leur enfant. Ils doivent avoir conscience que le risque de cyberviolences existe. Quand ils décident de le faire, ils peuvent, dans un premier temps, demander à leur enfant pourquoi et comment il compte utiliser son smartphone, sa tablette ou son ordinateur », explique-t-elle.

Les parents peuvent alors fixer un cadre d’utilisation : « La plupart des réseaux sociaux exigent un âge minimum de 13 ans pour créer un compte. Vous pouvez décider de créer un compte pour votre enfant, avec lui, et garder la main sur ce compte pour avoir accès aux contenus que l’enfant reçoit », suggère-t-elle. Un accès à la source jugé « indispensable » par l’avocat pénaliste Eric Morain, qui défend régulièrement des victimes de cyberharcèlement : « Les parents ont rarement accès aux contenus partagés, "likés" ou commentés par leur enfant. L’information qui leur est donnée passent souvent pas un filtre qui ne correspond pas à la réalité numérique des adolescents, qu’ils soient victimes ou auteurs de cyberviolences. »

  • Transmettre quelques bonnes pratiques

Une fois inscrits et devenus utilisateurs réguliers de leurs réseaux favoris, les enfants et adolescents ont de fortes chances d’être, a minima, témoins de cyberharcèlement. « Les statistiques montrent, heureusement, qu’une minorité d’enfants sont victimes de cyberviolences. On estime que cela touche 10 à 15 % des jeunes. Il faut donc que les parents abordent ce sujet de façon globale et gardent en tête que leur enfant peut être, hélas, actif dans ce phénomène », rappelle Justine Atlan.

Ainsi, il peut être utile de donner aux enfants quelques clés pour se prémunir de comportements en ligne malveillants : ne pas « liker » un contenu offensant ou insultant, ne pas le partager, ne pas le commenter. Des règles simples mais nécessaires puisque le harcèlement de meute est reconnu et puni par la loi depuis 2018.

  • Signaler, conserver, alerter

Comme l’a souligné Eric Morain, l’une des principales difficultés rencontrées par les parents est de parvenir à identifier les comportements symptomatiques liés au cyberharcèlement et d’être informés à temps par son enfant des cyberviolences auxquelles il est exposé. « À l’adolescence, certains comportements ne sont pas toujours évidents à décrypter. Des troubles du sommeil ou une rupture du lien social peuvent toutefois alerter les parents », pointe Michael Stora, psychanalyste et expert des mondes numériques.

Ces changements d’attitude, fréquents à cette période de la vie, doivent éveiller les soupçons des adultes, abonde Justine Atlan : « Ça ne veut pas forcément dire que c’est lié à du harcèlement ou du cyberharcèlement, mais ça doit inciter les parents à interroger leur enfant. Il est possible qu’il ne dise pas tout de suite ce qu’il traverse, il faut souvent y revenir, le réinterroger pour que cela fasse son chemin et qu’il finisse par se confier. » Si la communication entre parents et enfants peut parfois être difficile, l’étude menée par e-Enfance en février 2020 révèle que 9 ados victimes de violence en ligne sur 10 ont « pour premier réflexe d’en parler, et majoritairement à leurs parents ».

Une fois informés, les parents et les enfants peuvent agir directement sur les réseaux sociaux. Réaliser des captures d’écran des contenus malveillants s’avère utile, à la fois pour alerter les différentes équipes pédagogiques qui sont en contact avec l’enfant et en vue d’éventuelles poursuites judiciaires. Passée cette étape, les contenus peuvent être signalés directement sur les plateformes et les comptes des auteurs bloqués par les utilisateurs qui le souhaitent. Il est aussi possible de signaler des contenus, lorsqu’ils sont manifestement illicites, sur la plateforme Pharos.

  • Solliciter l’aide d’un tiers

Les réseaux utilisés par les plus jeunes ne sont pas forcément « maîtrisés » par les parents et les démarches pour faire cesser le cyberharcèlement peuvent être fastidieuses. Un numéro vert opéré par e-Enfance (0800 200 000) permet par exemple d’accompagner les familles dans cette étape. « Nous sommes conventionnés avec le 119, la plateforme Pharos et le ministère de l’Education. Les signalements réalisés par ce numéro vert sont traités en priorité puisqu’ils visent des mineurs », explique la directrice générale d’e-Enfance.

« Avant d’envisager des poursuites judiciaires et en fonction des faits commis, évidemment, il est aussi possible de faire appel à un médiateur. Cela peut passer par les établissements scolaires, puisque les équipes pédagogiques sont de plus en plus sensibilisées à ce sujet. Il ne s’agit pas d’écraser une mouche avec une massue », complète l’avocat Eric Morain.

  • Saisir la justice si nécessaire

Enfin, les parents confrontés au cyberharcèlement de leur enfant peuvent porter plainte. « Si les contenus sont violents, s’ils sont répétés, s’il y a des menaces, le parent ou l’enfant peut se rendre dans un commissariat et déposer une plainte. Cela peut avoir un effet dissuasif pour le ou les auteurs mais ça ne garantit pas le retrait des contenus », indique Justine Atlan. Si un mineur peut se rendre seul au commissariat ou à la gendarmerie et signaler les faits, il ne peut pas se constituer partie civile lui-même en revanche, seuls les parents peuvent le faire en son nom.

* Etude sur les cyberviolences réalisée du 4 au 14 février 2020, auprès de 1 000 parents et leurs enfants adolescents (500 collégiens âgés de 10 à 15 ans ; 500 lycéens âgés de 15 à 19 ans).