Mort d’Alisha à Argenteuil : Les deux camarades de la collégienne mis en examen pour « assassinat »

SOCIETE Le juge des libertés et de la détention devait statuer dans la nuit sur la question de leur placement ou non en détention provisoire, après la mort par noyade de leur camarade de classe de 14 ans

20 Minutes avec AFP

— 

Le viaduc de Gennevilliers où le corps d'une ado de 14 ans a été retrouvée morte. (Illustration)
Le viaduc de Gennevilliers où le corps d'une ado de 14 ans a été retrouvée morte. (Illustration) — AFP

Deux adolescents âgés de 15 ans ont été mis en examen mercredi soir pour "assassinat" à la suite de la mort violente d'Alisha, 14 ans, leur camarade de classe à Argenteuil, a indiqué le parquet de Pontoise. Le juge des libertés et de la détention devait statuer dans la nuit sur la question de leur placement ou non en détention provisoire, qui a été requis par le parquet dans l'après-midi, a ajouté cette source.

« Les deux mineurs ont été déférés cet après-midi pour l’ouverture d’une information [judiciaire] pour des faits d’assassinat avec réquisition de mandat de dépôt », avait déclaré dans l'après-midi le procureur de la République de Pontoise,  Eric Corbaux,  lors d’une conférence de presse. Lors de leur garde à vue, « ils n’ont pas fait part non plus d’un remords immédiat », a-t-il poursuivi. Les deux suspects, T. et J., étant mineurs, ils encourent au maximum 20 ans de prison.

Jetée dans la Seine

Leurs auditions laissent entrevoir des motifs divers et parfois nébuleux qui ont conduit à une agression préméditée et violente, ne laissant aucune chance à Alisha de s’en sortir. Lundi 8 mars en fin d’après-midi, les trois collégiens se retrouvent à l’ombre du viaduc de l’autoroute A15 qui enjambe la Seine, sur un chemin à l’écart des habitations. Alisha a accepté d’y suivre J., qui avait sollicité le rendez-vous, « à la demande de son copain », a retracé Eric Corbaux.

Après quelques minutes d’échange entre filles, le jeune homme, « qui était resté dissimulé » derrière un pilier du pont, « se serait approché de la victime et lui aurait donné par surprise des coups au visage, lui aurait tiré les cheveux et lui aurait fait une balayette la faisant tomber au sol », explique-t-il. Les coups pleuvent, dans le dos, à la tête. Cherchant à « faire disparaître les traces des violences qu’ils avaient commises », les deux agresseurs présumés « auraient alors attrapé la victime pour la jeter dans la Seine en contrebas du quai, un quai très haut », poursuit-il.

Une rencontre en septembre 2020

Alisha est morte par noyade, selon les premiers résultats de l’autopsie. Quand le couple d’agresseurs présumés revient au domicile du jeune homme, celui-ci, les vêtements couverts de sang, livre un récit des faits à sa mère, qui préviendra la police. Les deux adolescents se changent et ne montrent « pas d’expression de panique ou autre à ce moment-là », précise le procureur.

De fait, ils quittent rapidement le domicile et se rendent à Paris, où ils achètent de quoi manger, avant d’aller chez une connaissance qui n’était au courant de rien. C’est là, à 2 heures du matin dans la nuit de lundi à mardi, qu’ils sont interpellés par la police, signant la fin d’un engrenage fulgurant bâti sur des enfantillages.

Quand ils se sont rencontrés à la rentrée de septembre 2020 au lycée professionnel Cognacq-Jay, un établissement privé et sans histoire du centre cette ville de 110.000 habitants, ce sont « trois amis au début ». Le trio se construit aussi sur des amourettes : Alisha et le jeune homme entretiennent une brève relation, puis il s’entiche de l’autre adolescente. Mais « les deux jeunes filles gardent des relations amicales, ce que le jeune homme a du mal à accepter », note Eric Corbaux.

Conseil de discipline et bagarre

Une succession d’éléments vient alors dégrader cette situation. En février, la victime se fait pirater son téléphone et des photos d’elle en sous-vêtements sont diffusées sur le réseau social Snapchat. Ces faits avaient amené l’établissement scolaire à ouvrir une procédure disciplinaire à l’encontre de deux camarades d’Alisha, qui sont temporairement exclus et « étaient convoqués en conseil de discipline pour ce mardi », soit le lendemain du drame, a rapporté le lycée mercredi.

A cet épisode s’ajoutent une bagarre entre les deux jeunes filles dans l’enceinte de l’établissement ainsi que la colère du jeune homme, qui ruminait le fait qu’Alisha avait, selon lui, « parlé mal de son père décédé ». Ce sont « des futilités de ce type-là qui auraient justifié l’envie de faire quelque chose envers la victime », a esquissé Eric Corbaux.