Loi « sécurité globale » : Le responsable d'une asso de policiers signalé pour avoir appelé à faire feu sur les casseurs

MANIFESTATIONS L’association de policiers Hors service a suscité un tollé sur Internet en réclamant l’utilisation des armes à feu contre « les miliciens d’extrême-gauche »

Tom Hollmann

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Des pompiers prennent en charge un policier blessé, samedi 5 décembre 2020, en marge d'une manifestation contre la PPL "Sécurité Globale", à Nantes.
Des pompiers prennent en charge un policier blessé, samedi 5 décembre 2020, en marge d'une manifestation contre la PPL "Sécurité Globale", à Nantes. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • Hors service, une association de policiers qui revendique 5.000 adhérents, a appelé, au lendemain de la manifestation contre la loi sur la « sécurité globale » qui a entraîné des incidents à Paris, à faire usage des armes à feu contre les casseurs qui sévissent lors des manifestations.
  • La publication a suscité l’indignation sur les réseaux sociaux et au sein de la police. « Ces propos ne reflètent pas les valeurs de la police nationale », dénonce un représentant syndical.
  • Les propos de cette association sont répréhensibles pénalement. Ils ont fait l’objet d’un signalement à la justice, souligne une source policière auprès de 20 Minutes.

« La peur changera de camp […] dès lors que les sauvages entendront résonner la détonation létale de la 9 mm d’un Sig Sauer. » C’est par ces mots qu’une association de policiers baptisée « Hors service » a réclamé dans une publication Facebook, dimanche, l’utilisation d’armes à feu par les policiers chargés du maintien de l’ordre en manifestation.

Alors que la mobilisation contre la proposition de loi sur la « sécurité globale » a été émaillée de violences, samedi à Paris, Hors service a estimé que les membres des forces de l’ordre n’étaient plus en mesure de se protéger correctement. Contre les « miliciens d’extrême-gauche » qu’il faut « cesser d’épargner », l’association affirme être en état de légitime défense et préconise : « Face aux bombes, face aux mortiers, face aux marteaux et aux pavés, fini le lanceur de balles de défense [LBD], ouvrons le feu ! »

Indignation de certains internautes après une publication de l'association policière Hors Service
Indignation de certains internautes après une publication de l'association policière Hors Service - Tom Hollmann

« Appel au meurtre »

Nombreux ont été les internautes à dénoncer des propos « à vomir », un « appel à tirer sur des manifestants », voire un « appel au meurtre ». Face au tollé, Hors service a supprimé sa publication ce lundi matin, dénonçant des commentaires « anti-police, anti-France et anti-tout provenant de l’extrême-gauche ». Dans un communiqué publié dans la foulée, l’association a jugé bon de spécifier qu’elle n’appelait pas à « tirer dans la foule ». Et de rappeler : « Les miliciens d’extrême-gauche qui cherchent à tuer du flic sont la cible du propos. » Dans le strict cadre de la « légitime défense », assure le communiqué.

Alors même que la stratégie de maintien de l’ordre fait débat – et que les trois principaux syndicats de gardiens de la paix appellent à cesser les contrôles d’identité en réaction aux déclarations d’Emmanuel Macron, vendredi, sur les contrôles au faciès –, ces propos ne sont pas du goût de tous les policiers. « C’est ce genre de discours qui nous fait passer pour des personnes violentes et des fachos !, déplore le secrétaire général d’Alternative Police, Denis Jacob. On entre dans la police pour venir en aide aux gens, pas pour leur tirer dessus ! »

« Ces groupuscules ne représentent pas la police nationale »

Très remonté, le représentant syndical poursuit : « Ces types de groupuscules [tel que l’association Hors service] ne représentent pas les valeurs de la police nationale. Très souvent phagocytés par des militants d’extrême-droite, ils rejettent le cadre syndical, bafouent leur droit de réserve et appellent à la violence. Ce sont des postures dangereuses qui les exposent à des sanctions très graves. »

20 Minutes a contacté l’administrateur de la page Facebook de Hors service pour en savoir plus sur l’association qui revendique 5.000 adhérents. Le responsable explique que celle-ci est née des mouvements de contestations qui ont émergé en 2012 au sein des forces de l’ordre, à la veille de l’élection présidentielle. En point d’orgue, la manifestation de plusieurs centaines de policiers sur les Champs-Elysées, qui protestaient alors contre la mise en examen de l’un de leurs collègues pour homicide volontaire.

Des propos pénalement répréhensibles

« Anonymes au sein des mouvements "policiers en colère" [à partir de 2016], nos membres étaient souvent considérés comme les plus ultras », poursuit le militant Hors service. « Assimilés à un groupe d’extrême-droite par les bien-pensants aux raccourcis faciles, nous ne sommes que des patriotes et militons pour une police au service du peuple, de cette majorité silencieuse qui n’en peut plus de ces minorités violentes et bruyantes absolument pas représentatives de notre France », indique-t-il. Fermement opposé aux syndicats de police, Hors service se dit attaché à la liberté de parole totale de ses membres « dès lors qu’ils respectent le cadre légal ».

Ce cadre légal, Hors service pourrait toutefois l’avoir dépassé. L’administrateur du compte Facebook a fait l’objet ce lundi d’un signalement à la justice au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, apprend 20 Minutes de source policière. La publication pourrait relever de l’incitation à la violence, indique cette source. Membre de la police, le responsable associatif ne peut toutefois pas faire l’objet d’une enquête interne car il est en détachement depuis trois ans.

Auprès de 20 Minutes, le militant a toutefois maintenu sa position : « Si une certaine minorité pense qu’il est plus logique de voir un policier décéder le crâne fracassé par un marteau ou le visage explosé par une bombe artisanale plutôt que de voir un milicien d’extrême gauche touché par une balle, c’est son problème. » Un cas de figure qui ne s’est toutefois pas présenté en marge du cortège parisien samedi.