Violences policières, discrimination, précarité, environnement… Emmanuel Macron a tenté de rassurer « les jeunes »

POLITIQUE Le chef de l’Etat a abordé les principaux thèmes qui préoccupent aujourd’hui la jeunesse, et s’est livré à un exercice de questions-réponses en direct avec les internautes, une grande première pour une interview présidentielle

Hakima Bounemoura

— 

Violences policières, laïcité, environnement: Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Emmanuel Macron par Brut — 20 Minutes
  • Emmanuel Macron s’est adressé ce vendredi « aux jeunes » lors d’une interview fleuve de plus de deux heures accordée au média en ligne Brut.
  • Violences policières, discrimination, proposition de loi « sécurité globale », crise économique liée au coronavirus, précarité, écologie… Le chef de l’Etat a abordé les principaux thèmes qui préoccupent aujourd’hui la jeunesse.
  • « C’était un exercice très difficile pour le chef de l’Etat, à la fois réussi sur la forme, mais raté sur le fond. C’était aussi très flou car il fait du "en même temps" pendant toute l’interview », explique Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication politique à Sciences Po.

C’était un échange très attendu sur le fond, et sur la forme… Emmanuel Macron s’est adressé ce vendredi « aux jeunes » lors d’une interview fleuve de plus de deux heures accordée à  Brut, média en ligne dont les vidéos sont visionnées chaque jour par près de 13 millions de personnes. Violences policières, discrimination, proposition de loi « sécurité globale », crise économique liée au coronavirus, précarité, écologie… Le chef de l’Etat a abordé les principaux thèmes qui préoccupent aujourd’hui la jeunesse, et s’est livré à un exercice de questions-réponses en direct avec les internautes, une grande première pour une interview présidentielle.

A la différence des allocutions télévisées, le chef de l’Etat a donc cherché à cibler un public plus jeune – 70 % des spectateurs de Brut ont moins de 35 ans – qui ne s’informe pas forcément via les canaux habituels. « Cette interview a totalement ringardisé les médias dits traditionnels, car il y avait une forme de simplicité. Le cadre était dépouillé, les questions ont été posées directement, sans protocole. Il n’y a pas eu de connivence ou de complicité entre les journalistes et le chef de l’Etat. C’était plus une interview à l’américaine, analyse Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication politique à Sciences Po. C’est ce que veulent aujourd’hui les Français, et ce n’est pas un hasard si ça arrive maintenant ».

Macron reconnaît l’existence de « violences policières »

Pressé par les questions très directes des journalistes sur le plateau – et des internautes - qui l’interrogeaient, le président de la République n’a esquivé aucun sujet, et a tenté d’y répondre « en sincérité », en employant parfois un vocabulaire très imagé. « D’un point de vue journalistique, c’est probablement l’une des meilleures interviews d’Emmanuel Macron jusqu’à présent. Les vraies questions étaient posées, il y a eu des interactions. Les journalistes ont insisté, lui coupant la parole à de très nombreuses reprises, insistant et revenant à chaque fois à la charge… On a assisté à un véritable échange », détaille l’enseignant en communication politique à Sciences Po.

Souhaitant s’exprimer de « la manière la plus franche possible », le chef de l’Etat a ainsi ouvertement admis qu’il existait « des violences policières ». Il a reconnu qu'« il y avait des policiers violents » mais a estimé qu’un racisme consubstantiel à la police était « une idée fausse ». Interrogé sur l’intervention policière fin novembre contre des migrants installés place de la République, il a reconnu que « ce n’est jamais normal d’avoir des comportements pas à la hauteur des attentes ». Le président est également revenu brièvement sur l’agression de Michel Zecler par plusieurs policiers fin novembre. « Ce qui m’a fait honte, ce sont les faits au-delà des images », a réagi Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat a par ailleurs promis que « demain, les journalistes et les citoyens pourront continuer à filmer les policiers », faisant ainsi référence au très controversé article 24 de la PPL « sécurité globale ».

Interrogé sur le racisme et les discriminations subis aujourd’hui par de nombreux jeunes, le président a déclaré qu’il n’avait « aucune pudeur de gazelle » sur le sujet. « Aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (..) On est identifié comme un facteur de problème et c’est insoutenable », a-t-il expliqué. Il a ainsi promis la création en début d’année prochaine d’une plateforme nationale où il sera possible de signaler des faits de discriminations comme le contrôle au faciès. « Cette plateforme sera gérée par l’Etat, la défenseure des droits et des associations comme la Licra ». Ce dispositif s’ajoutera à la longue liste de « numéros verts » lancés par le gouvernement ces derniers mois, pour traiter de problématiques aussi variées que le Covid-19, les impôts ou les mutilations de chevaux.

Des difficultés pour défendre « son bilan écologique »

Le chef de l’Etat s’est emporté lorsqu’il a fallu défendre son bilan écologique. « Personne n’en a autant fait depuis dix ans » ! Tapant du poing sur la table, Emmanuel Macron a réfuté vendredi tout recul sur ses engagements écologiques, reconnaissant seulement un « échec collectif » sur le glyphosate. Interrogé sur la mise en œuvre des propositions de la Convention citoyenne sur le climat, dont des membres s’inquiètent de renoncements, il a estimé normal d’en évaluer toutes les conséquences et de ne pas adopter ces recommandations telles quelles. « Je ne veux pas dire que, parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c’est la Bible ou le Coran », a-t-il lancé. « Moi j’ai pas pris des lois pour dans dix ans. On est en train de fermer toutes les centrales à charbon, on a arrêté des projets que tout le monde laissait traîner, Notre-Dame-des-Landes, la Montagne d’or, EuropaCity (…) Donc moi je n’ai pas de leçon à recevoir », s’est-il défendu.

Répondant aux questions des internautes, le chef de l’Etat a également abordé pêle-mêle plusieurs sujets. Pour les jeunes en situation de précarité, Emmanuel Macron a annoncé qu’une nouvelle aide sera mise en place pour soutenir financièrement les étudiants, particulièrement touchés par la précarité en raison de la pandémie. « Il y a aura sans doute encore une aide exceptionnelle en janvier », a-t-il indiqué. Interrogé sur les violences faites aux femmes, puis sur la gratuité des protections hygiéniques, il a promis une réponse « très concrète » au cours du premier semestre de l’année prochaine. « Je veux qu’avec les associations compétentes et que pour toutes les femmes qui sont dans cette situation on puisse avoir une réponse. »

Une visée électoraliste ?

Emmanuel Macron a choisi de s’adresser à la jeunesse à un instant clé de son quinquennat. Il avait déjà missionné à la rentrée de septembre Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, pour « parler aux jeunes ». « Une véritable stratégie marketing » a ainsi été mise en place par le gouvernement pour cibler cet électorat. « On avait l’impression qu’Emmanuel Macron s’exprimait en tant que candidat, sauf qu’il avait un bilan à défendre, analyse Philippe Moreau-Chevrolet. Et que toutes les promesses qu’il a pu faire par le passé et qu’il n’a pas tenues l’ont mises aujourd’hui en difficulté. C’était donc pour lui un exercice très difficile, à la fois réussi sur la forme, mais raté sur le fond. C’était aussi très flou car il a fait du « en même temps » pendant toute l’interview. On n’a par exemple toujours pas compris s’il comptait se faire vacciner contre le Covid-19… »

Emmanuel Macron a en tout cas refusé de dire s’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2022. « Si je me mets dans la situation d’être un candidat, je ne prendrai plus les bonnes décisions (…) Ca viendra, si ça doit venir, au moment voulu », a-t-il déclaré. « Et peut-être que je ne pourrai pas être candidat. Peut-être que je devrais faire des choses dures dans la dernière année, dans les derniers mois, parce que les circonstances l’exigeront, et qui rendront impossible le fait que je sois candidat », a affirmé le chef de l’Etat. « Je n’exclus rien », a ajouté Emmanuel Macron, plus jeune président de la Ve République, élu en mai 2017 à l’âge de 39 ans. « Certains commencent leur campagne un an demi avant, moi je suis dans l’action et la conviction ».