« Cela peut être une question de vie ou de mort »… La protection des données humanitaires, nouveau combat de la Croix-Rouge

DONNEES PERSONNELLES La Croix-Rouge plaide pour la création d’un « espace humanitaire numérique » où les données personnelles pourraient bénéficier du même niveau de protection internationale que les installations sanitaires ou les ambulances

H. B. avec AFP

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Une équipe de la Croix-Rouge (image d'illustration)
Une équipe de la Croix-Rouge (image d'illustration) — GILE MICHEL/SIPA

A l’heure du tout numérique, les humanitaires ont un nouveau combat : la protection des données personnelles. Dans leurs actions de terrain, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) comme d’autres recourent en effet à l’outil devenu essentiel des données personnelles pour mieux répondre aux besoins des populations en souffrance.

Mais l’utilisation à mauvais escient de cette mine d’or d’informations peut avoir des conséquences dramatiques dans le cadre d’une situation de conflit, ont averti plusieurs experts lors d’une conférence internationale du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge cette semaine à Genève (Suisse).

Les possibilités d’abus sont « infinies »

Les capacités croissantes de collecte des données à travers les appareils mobiles connectés, ainsi que l’explosion de la puissance de calcul informatique, permettent aux ONG de travailler plus efficacement. Les humanitaires, au lieu de distribuer directement des vivres aux déplacés ou survivants de catastrophes, recourent aussi davantage au transfert électronique d’argent, par le biais notamment des téléphones, pour aider les personnes dans le besoin et soutenir le commerce local.

Mais les données générées par ces transactions sont autant d’informations qui peuvent être analysées. L’inquiétude est grande, d’autant que les humanitaires recourent également de plus en plus à la biométrie pour notamment réduire la fraude dans les processus de distribution alimentaire. Les possibilités d’abus sont « infinies », souligne Nathaniel Raymond du Yale Jackson Institute for Global Affairs, citant par exemple le cas d’un militaire qui pourrait tenter de récupérer, en ayant accès à de telles données, des enfants soldats démobilisés.

« Le profilage et le suivi des personnes sont hautement problématiques »

Tombés entre de mauvaises mains, des éléments comme l’état de santé ou les spécificités ethniques et religieuses de certains groupes, relevés par les humanitaires pour adapter leur aide, peuvent donc exposer ces populations à des attaques ciblées. Des informations sur des personnes disparues peuvent au même titre être très recherchées par telle ou telle faction pour retrouver un ennemi…

« Le profilage et le suivi des personnes qui sont susceptibles d’intéresser les parties au conflit sont hautement problématiques », explique ainsi Massimo Marelli, responsable de la protection des données au CICR. Cela peut être une question « de vie ou de mort », résume-t-il.

Le CICR plaide pour la création d’un « espace humanitaire numérique »

Comme d’autres organisations humanitaires, le CICR plaide donc pour la création d’un « espace humanitaire numérique », où les données personnelles pourraient bénéficier du même niveau de protection internationale que les installations sanitaires ou les ambulances par exemple.

A Genève, les délégués de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et les responsables du monde entier ont fait un pas dans cette direction en acceptant de renforcer la protection des données recueillies dans le cadre des efforts visant à réunir les familles déchirées par les conflits et les catastrophes naturelles.