Des arbres sont-ils régulièrement abattus pour des tests de 5G?

FAKE OFF Une rumeur persistante affirme que des arbres sont régulièrement abattus dans des villes européennes pour permettre des tests de 5G

Alexis Orsini

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Des arbres coupés.
Des arbres coupés. — Pexels
  • Sur les réseaux sociaux comme sur des blogs spécialisés, des internautes s'alarment régulièrement de voir des arbres abattus dans différentes villes.
  • A en croire ces publications, la disparition de ces arbres serait liée aux tests de la 5G, la génération de communication mobile au débit très rapide en cours d'essai dans différents pays.
  • Si cette technologie peut bien être impactée négativement par la présence d'arbres dans certain cas, il n'existe pas pour autant de lien de causalité entre les deux phénomènes en France à l'heure actuelle.

Grenoble, Amsterdam, Sheffield… A en croire une rumeur bien ancrée sur les réseaux sociaux, des rangées d’arbres seraient régulièrement abattues dans plusieurs villes européennes pour faciliter des tests de 5G, la génération de communication mobile au débit très rapide sur lequel misent de nombreux opérateurs.

« 5G, ce pour quoi on abat des arbres ? », s’alarmait ainsi dès l’an dernier la page Facebook « Pas de compteurs communicants dits intelligents ». Après avoir pris pour exemple des collectifs anti-abattage d’arbres créés au Royaume-Uni, le post citait Grenoble en exemple : « Par curiosité je me suis demandé si les villes françaises choisies pour les tests de la 5G en France auront les mêmes problèmes avec les arbres. Il paraît que la réponse en est oui mais malheureusement les Français ne savent pas qu'il y a peut-être une raison - la 5G!! »

Motif invoqué : « La 5G ne pénètre pas bien les objets et en particulier ses ondes sont bloquées par les arbres et la pluie - donc il y aura des antennes partout - toutes les 3 maisons à ce qu'on dit. »

Cette semaine encore, la photo d’un arbre coupé, accompagnée d’un cri d’alerte, a particulièrement été reprise sur les réseaux sociaux : « Amsterdam. Un rappel qu’une antenne est nécessaire tous les 100 mètres, puisque les arbres gênent la diffusion… donc restez connectés et irradiés ».

Des inquiétudes qui mélangent des idées reçues et des spécificités techniques liées à la 5G – déjà accusée d’avoir provoqué la mort d’oiseaux à La Haye (Pays-Bas).

FAKE OFF

Comme l’explique sur son site l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), « la 5G nécessite de recourir à de nouvelles fréquences, en particulier dans les bandes hautes, pour accroître la capacité et les débits des réseaux mobiles. »

« Il ne suffit pas de dire "la 5G est déployée", il faut regarder quelles bandes de fréquence sont utilisées. Certaines bandes ne posent pas problème pour le passage du signal et sont les mêmes que pour la 4G » explique à 20 Minutes Mathieu Lagrange, directeur du domaine Réseaux et Sécurité au sein l’Institut de recherche technologique b<>com.

Ce que confirme Gilles Brégant, directeur général de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) : « En France, les tests réalisés le sont avec la bande des 3,5 Ghz, proche des ondes téléphoniques, sur laquelle les arbres n’ont pas d’effet. »

Des bandes très différentes

Seules les bandes à 26 Ghz, connues sous le nom de bandes millimétriques, sont concernées par ces interférences potentielles, comme le souligne Mathieu Lagrange : « Les bandes millimétiques sont bien sensibles aux obstacles, y compris le brouillard ou la pluie. Mais il s’agit de cas très particuliers, qui visent à être utilisés dans des lieux spécifiques, comme des centres de congrès, des gares, des stades… Des endroits avec une forte densité de population et un besoin de grande intensité. Pour un déploiement à l’échelle d’un pays, on va plutôt utiliser des bandes sous les 6 Ghz », poursuit-il.

Les bandes à 26 Ghz font partie des plans à long terme de l’Union européenne, mais elles sont aujourd’hui clairement minoritaires parmi les tests effectués en France – dont la liste complète est consultable sur le tableau de bord des expérimentations de la 5G tenu à jour par l’Arcep.

« Les opérateurs français mettent l’accent sur la bande à 3,5 Ghz car elle est plus accessible et offre une meilleure couverture », souligne Gilles Brégant, tout en dénonçant une « diabolisation » de la 5G sur les réseaux sociaux : « Comme on le montre à l’ANFR, la 5G est surtout une évolution de la 4G, avec plus de débit et de gammes de fréquence pour les opérateurs mobiles. En terme de propriété, ce n’est pas quelque chose de totalement nouveau, c’est une évolution naturelle de la 4G mais pas une rupture. »

« Aucun arbre n’a été coupé à Grenoble pour la 5G »

Si certaines bandes utilisées sont donc particulièrement sensibles aux obstacles naturels, les abattages d’arbres pointés du doigt sur les réseaux sociaux n’ont pas pour autant de lien avec les tests réalisés. « Il n’y a pas de lien de cause à effet entre l’élagage et la 5G en France à l’heure actuelle », indique le directeur général de l’ANFR. « Aucun arbre n’a été coupé à Grenoble pour la 5G » confirme la municipalité à 20 Minutes.

Elle clarifie en outre l’origine de la disparition des arbres de la rue Lesdiguières, qui avait inquiété certains riverains : « Il y avait des arbres en mauvais état, mutilés par la tempête de neige de 2012. Ils étaient placés sur les lignes de séparation du stationnement, ce qui occasionnait des blessures au collet et le tronc par les pare-chocs et portières de véhicules. […] La Métropole et la Ville ont profité d’un chantier important sur les réseaux et la voirie pour couper les arbres qui devenaient dangereux, supprimer des places de stationnement afin d’offrir aux arbres remplaçants une fosse de 15 mètres cube et un espace de protection au sol. »

A terme, comme le souligne Gilles Brégant, « la 5G en Europe va utiliser des gammes de fréquence entre 24 et 27Ghz qui ont une portée d’une centaine de mètres au lieu de quelques kilomètres et peuvent donc être atténuées par des obstacles naturels, comme les arbres, les oiseaux… »

« Mais nous disposons d’une correction d’erreur qui permet de vivre avec les arbres, la 5G ne va pas conduire à faire disparaître tous les végétaux », conclut-il.


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