Roubaix: Une entreprise lutte contre la prolifération des armes imprimées en 3D

SOCIÉTÉ Dagoma, fabricant nordiste d’imprimantes 3D, refuse que ses produits servent à fabriquer des armes à feu…

Mikael Libert

— 

Appelé «Liberator», ce pistolet en plastique peut tirer de vraies balles.
Appelé «Liberator», ce pistolet en plastique peut tirer de vraies balles. — M.Libert / 20 Minutes
  • Une entreprise de Roubaix veut éviter la prolifération des armes imprimées en 3D.
  • Elle va inonder les forums et sites Internet de faux plans de ces modèles d’armes.
  • Ce phénomène, encore méconnu en France, est très répandu aux Etats-Unis.

Mortelles sans en avoir l’air. Dagoma, une entreprise roubaisienne de fabrication d’imprimantes 3D, s’est lancée dans une véritable croisade pour enrayer la prolifération des armes imprimables. Si le phénomène est encore méconnu en Europe, il n’en est rien outre-Atlantique, où le débat sur ces armes en plastique fait rage.

« Les possibilités de l’impression 3D sont presque illimitées. On peut fabriquer à peu près tout, même des prothèses médicales. Le pendant de cela, c’est que l’on peut aussi s’en servir pour élaborer des armes à feu », affirme Matthieu Régnier, cofondateur de Dagoma.

Un phénomène qui vient des Etats-Unis

Le premier à avoir lancé l’idée est un Américain, Cody Wilson. Il est le fondateur de Defence distributed et créateur, en 2013, du plus célèbre pistolet imprimé en 3D, le « Liberator », qui tire des balles de 9mm. Il a d’ailleurs fait son combat de la mise à disposition librement sur Internet des plans de cette arme (et d’autres depuis).

« Les armes fabriquées en 3D sont non seulement fonctionnelles, mais aussi intraçables et indétectables. C’est pour éviter que n’importe qui puisse télécharger des plans et fabriquer une arme en toute illégalité que nous avons lancé ''Les armes inoffensives" », poursuit Matthieu Régnier. La stratégie de Dagoma est d’inonder les forums et les sites de téléchargement avec de faux plans : « Ils ressemblent en tout point aux vrais mais les cotes sont changées pour que les pièces des armes ne puissent pas s’emboîter », assure Dagoma.

La supercherie n’est détectable qu’une fois l’arme imprimée. « Comme il faut entre dix et douze heures pour que l’impression se termine, on mise sur le temps perdu par l’utilisateur et son découragement », espère Matthieu Régnier, ajoutant que ses faux plans avaient déjà été téléchargés « plus de 13.000 fois » en quelques semaines.

Une arme mortelle

Mais une arme imprimée est-elle vraiment dangereuse ? Lorsque 20 Minutes a contacté le Service central des armes, au ministère de l’Intérieur, notre demande de renseignement sur les pistolets imprimés en 3D a fait sourire. On nous a même répondu que « ça n’existe pas ». De son côté, un armurier des Hauts-de-France a estimé que l’engin « n’était certainement pas précis, ce qui ne l’empêchait pas d’être mortel à courte distance. Et c’est sans doute dangereux pour le tireur à cause des risques d’explosion ».

Alors, quand on voit qu’une imprimante 3D de bonne qualité s’achète environ 300 euros, il y a de quoi s’inquiéter. « Ce n’est pas un phénomène répandu en Europe, tempère Europol, l’agence européenne de police criminelle. Les criminels préfèrent se procurer de vraies armes, qui sont plus fiables ».

Imprimer une arme à feu est illégal en France

Pour rappel, en plastique ou pas, la législation française est très stricte au sujet des armes à feu. « Pour être reconnu en tant que fabricant d’armes, il faut détenir une autorisation délivrée par l’Etat. Et chaque modèle d’arme doit passer par un banc d’épreuve pour y être testé et recevoir une homologation. Pour une arme imprimée, ce n’est tout simplement pas possible », selon un armurier de la région.