Scandale Facebook: L’écran de fumée des «nouveaux outils» sur la vie privée

RESEAUX SOCIAUX Le réseau américain a tenté mercredi une opération communication pour rassurer ses utilisateurs, avançant des mesures déjà annoncées ou obligatoires…

O. P.-V.
Mark Zuckerberg au Facebook Communities Summit, le 21 juin 2017 à Chicago.
Mark Zuckerberg au Facebook Communities Summit, le 21 juin 2017 à Chicago. — Nam Y. Huh/AP/SIPA
  • Facebook a annoncé mercredi trois mesures pour mieux protéger sa vie privée sur le réseau.
  • Ces modifications sont soit cosmetiques, soit déjà annoncées, soit obligatoires pour se conformer à la loi.
  • L'annonce ne suffira pas à enrayer la chute du titre Facebook en bourse.

Imaginons un pompier tentant d’éteindre un incendie avec un verre d’eau. Les annonces de Facebook mercredi pour rassurer ses internautes, à la suite du scandale Cambridge Analytica, ont tout de la lutte ratée contre un vaste départ de feu.

Rappelons que le réseau social est dans la tourmente, subissant une campagne de boycott, après les révélations du Guardian et du New York Times, sur l’exploitation des données de 50 millions d’utilisateurs du site par une boîte britannique, Cambridge Analytica, durant la campagne présidentielle américaine. Ces données auraient été utilisées pour influencer le vote des électeurs en faveur de Donald Trump, l’entreprise britannique ayant eu pour vice-président Steve Bannon, l’ancien conseiller du président américain.

Trois modifications

Depuis le 18 mars et le départ du scandale, la capitalisation de Facebook a baissé de 93 milliards de dollars (74 milliards d’euros) en valeur, passant de 538 milliards à 445 milliards de dollars. Panique compréhensible du côté de Menlo Park, le siège de l’entreprise en Californie. « Leur gestion de crise est catastrophique, rien n’a l’air de marcher, vu la chute du cours à la bourse », commente Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po et spécialiste des médias sociaux. Facebook a donc dégainé « de nouveaux outils pour contrôler vos données en toute simplicité », titre d’un post de blog diffusé mercredi.

Que trouve-t-on là-dedans ? Trois changements, nous dit Facebook.

  • « Un menu unique pour trouver et gérer l’ensemble de vos paramètres de confidentialité », d’abord. En fait une simple modification du design des icônes.
  • Ensuite, « une section dédiée à la confidentialité, la sécurité et les préférences publicitaires ». Cette section existe déjà, elle sera juste plus facilement accessible. Et comme le souligne Le Monde, l’annonce avait déjà été faite le 28 janvier par le responsable « vie privée » de Facebook.
  • La troisième mesure concerne « des outils pour trouver, télécharger et supprimer toutes vos données Facebook ». Autrement dit, il s’agit de « portabilité des données », un terme qui va revenir dans l’actualité ces prochains mois puisqu’elle sera imposée par le futur Règlement général sur la protection des données (RGPD) qui entrera en vigueur le 25 mai dans l’Union européenne. Pour faire simple, la portabilité des données, c’est le droit de transmettre ses données personnelles d’un service à un autre sans que le premier service auquel les données ont été communiquées y fasse obstacle. Facebook oublie d’indiquer qu’il sera obligé de s’y conformer dans moins de deux mois.

Marck Zuckerberg devant le Congrès américain

Pour Fabrice Epelboin, le réseau social tente ce qu’il peut pour préserver son modèle économique, basé sur la commercialisation des données de ses utilisateurs : « Mark Zuckerberg a les mains liées, c’est tout son business model qui s’écroulerait s’il prenait de vraies dispositions. La seule marge de manœuvre du site, c’est de voir jusqu’où le cours de la Bourse descendra, et de se rabattre sur ses acquisitions comme Instagram. »

Facebook et son patron sont effectivement dans une sale passe. Outre le dévissage boursier, selon CNN, Zuckerberg devrait être entendu par le Congrès américain dans le cadre de l’enquête sur les données personnelles obtenues par Cambridge Analytica.