« Tu veux manger quoi ce soir ? » : Attention, vos SMS peuvent désormais être transformés en tubes de l’été
toujours la même rengaine•L’intelligence artificielle permet de transformer n’importe quel texte en chanson, même vos conversations les plus privées. Un phénomène qui prend de l’ampleur sur TikTokChristelle Pellissier
L'essentiel
- La nouvelle lubie sur TikTok ? Créer des chansons à partir de conversations SMS ou WhatsApp, que ce soit avec ses ados, ses parents, son partenaire, ses meilleurs potes ou… ses ex.
- L’application Suno participe à l’ampleur de ce phénomène, en permettant la création de chansons IA via des captures d’écran. On la retrouve d’ailleurs sous forme de hashtags sous quasiment toutes les publications dédiées à cette tendance.
- Cette nouvelle forme de création peut-elle faire de l’ombre aux professionnels de la musique ? La question devrait être rapidement mise sur la table.
«Mel, assieds-toi faut que je te parle. » Extrait de l’album Dans ma bulle, le titre Confessions nocturnes de Diam’s et Vitaa nous plonge dans l’intimité d’une conversation entre deux copines. Un succès qui, deux décennies plus tard, sonne (presque) comme une prédiction. Car sur TikTok, il est désormais banal de transformer ses conversations privées en musiques virales. Une chose rendue possible grâce à - roulement de tambour - l’intelligence artificielle (eh oui, quoi d’autre ?).
A ce petit jeu, qui amuse clairement les internautes, c’est l’application Suno qui gagne haut la main. Au centre de nombreuses polémiques, notamment pour des questions de droits d’auteur, le service d’IA générative musicale transforme doucement mais sûrement le commun des mortels en artistes - ou presque. Un nouvel usage qui pourrait à terme alimenter les controverses autour de la création musicale par IA, mais qui ne constitue pour l’heure qu’un divertissement pour le public.
« Je suis à bout », « Maman, j’ai besoin d’un dollar »
Sur TikTok, sous les hashtags #texttosong, #textmessages et leurs dérivés, les utilisateurs peuvent déjà découvrir des milliers de publications mettant en avant des chansons de ce type. Le concept est assez simple. Il s’agit de transformer des SMS et des conversations WhatsApp en bangers via l’IA, avec des millions de vues à la clé.
Créer un tel son est un jeu d’enfant, d’autant plus que Suno permet désormais de le faire à partir, non plus d’un seul texte rédigé, mais de captures d’écran, comme l’a expliqué Jack Brody, son chef de produit, au magazine Rolling Stone. Les messages de vos ados, de vos parents, de votre partenaire, de votre meilleur(e) pote ou de vos frères et sœurs… Tout y passe, pour le plus grand bonheur d’un public hilare qui en redemande.
Il y a cette utilisatrice qui a fait une compilation des SMS de son mari, à base de « Tu veux manger quoi ce soir ? » ou « Tu veux que je ramène quoi pour le dîner ? », sur une musique folk. Il y a cette mère de famille qui a transformé les messages de son fils - « Maman, t’es réveillée ? J’ai besoin d’un dollar » - en une chanson rock. Ou encore cet utilisateur qui a généré un morceau pop avec les textos de sa femme enceinte. Le résultat est bluffant (et drôle) : « J’ai un mal de dos atroce », « Je suis désolée de me plaindre, je suis vraiment à bout ». Il faut le reconnaître, c’est… addictif.
Les ex prennent (vraiment) cher
Qui n’a pas soigné son petit cœur brisé en écoutant des chansons tristes ? Les ruptures restent une source d’inspiration inépuisable, mais le contenu change quelque peu avec ce nouvel usage. Les utilisateurs transforment désormais les messages de leur ex en succès musicaux. Certains vont même jusqu’à faire des compils de tous les SMS de rupture qu’ils conservent dans leur smartphone. « T’as rencontré quelqu’un ? », « Je pense que tu ne m’aimais pas vraiment », « Tu veux jouer ? On va jouer », « Rends mes affaires, espèce de sorcière » comptent parmi les SMS transformés en bangers.
La tendance prête à sourire mais soulève également des questions, notamment en termes d'atteinte à la vie privée. Si certains des auteurs de ces textos apparaissent dans les vidéos, et semblent donc avoir donné leur consentement, ce n’est pas le cas de tous - notamment des ex-partenaires. Et il y a aussi la problématique de la création musicale par IA, et ce par… absolument n’importe qui (et à propos donc de tout et n’importe quoi). Un point important si l’on considère que l’IA est à l’origine de près de la moitié des titres mis en ligne chaque jour sur Deezer.
L’émergence des « consommateurs-créateurs »
Ces créateurs du dimanche peuvent-ils faire de l’ombre aux professionnels de l’industrie musicale ? « Ce phénomène reflète une évolution de notre rapport à la musique », décrypte Deezer pour 20 Minutes. « D’une forme d’art que l’on écoute, elle devient une expérience à laquelle on participe. Ces nouveaux profils, appelés "consommateurs-créateurs", sont principalement issus des générations Z et Alpha et partagent les caractérisques des superfans. »
Si certains se contentent de faire exploser leur compteur vues, d’autres sont d’ores et déjà invités à pousser leurs titres sur les plateformes de streaming. « Quand est-ce qu’on le trouve sur Spotify ? », peut-on souvent lire dans les commentaires. Une chose est sûre, ces contenus font l’unanimité et pourraient rapidement se diversifier. A quand un discours de Trump sur YMCA ?



















