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L’amour au temps du numérique… Pourquoi c’est si dur de se séparer en 2026
(3/3) en rupture

Saint-Valentin 2026 : Non, stalker votre ex n’est pas la solution à votre chagrin

À l’ère du numérique, la rupture amoureuse est rarement une vraie coupure. Entre stories, algorithmes et tentation de stalke, l’ex reste dans l’entourage digital
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • Qui dit Saint-Valentin, dit amour. Qui dit amour, dit relation. Et qui dit relation, dit rupture. À l’approche de la fête de l’amour, nous nous intéressons à ce sujet que l’on aborde rarement quand on parle d’amour, mais qui fait pourtant partie intégrante de nos vies : la rupture.
  • En 2026, une rupture amoureuse ne se limite plus à quitter physiquement une personne, mais implique de gérer sa présence numérique permanente à travers les réseaux sociaux.
  • Face à cette présence fantôme, les experts recommandent des solutions radicales comme le « no contact ».

Ça y est, c’est fini. L’histoire qui vous donnait des papillons dans le ventre au début vient de s’achever. Vous pensez que vous avez fait le plus dur est fait : la conversation, les larmes, la solitude… Sauf qu’en 2026, la rupture ne s’arrête pas quand la relation s’arrête.

Car se séparer aujourd’hui, ce n’est plus seulement quitter une personne : c’est tenter de quitter sa présence numérique. Son visage et sa voix dans vos souvenirs ; ses stories s’affichent en premier sur Instagram ; votre meilleure amie vous montre son profil croisé sur une application de rencontre ; le « vu » à votre message d’anniversaire vous hante… Il y a trente ans, une rupture signifiait, au moins en partie, disparaître. Les nouvelles arrivaient au hasard. Sauf qu’aujourd’hui, cette séparation 2.0 ressemble plus à une désintox digitale qu’à une fin de relation. Une tentative de sevrage de l’autre… mais avec le poison à portée de pouce.

Un ex qui ne disparaît jamais vraiment.

« Le lien virtuel et la fidélité virtuelle que l’on avait sur les réseaux sociaux font que, lorsque le couple décide de se séparer, on doit se débarrasser non pas de quelques affaires, mais de tous ces liens que l’on a eus virtuellement », explique Michaël Stora, psychanalyste et expert des mondes numériques. Avant, la rupture passait par une photo déchirée et des affaires jetées, témoigne le psychanalyste, aujourd’hui, tout notre monde numérique nous relie à l’ex : abonnement, photo que l’algorithme vous présente comme souvenir, story…

Et parfois, ce n’est même pas l’ex qui revient. Ce sont les autres qui vous le ramènent. Ugo Bouard en a fait l’expérience : « Le jour de mon anniversaire, alors que je venais de me séparer depuis plusieurs mois, j’ai reçu plein de messages de mes amis pour me montrer que mon ex était dans un réel. C’était une street interview pour parler de relation… Après ça, j’ai décidé de le bloquer, et après je me suis senti beaucoup mieux. Je n’avais plus cet daily reminder. Bloquer, ce n’est pas forcément par haine de l’autre, c’est juste que c’est bien de ne plus voir sa tête quotidiennement. »

No contact, bloquer, restreindre… rompre digitalement.

Face à cette présence fantôme qui nous hante, une question revient : faut-il couper net ? Faut-il un vrai no-contact ? Pour Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences, il n’y a pas de règle universelle. Mais elle rappelle qu’une séparation demande du calme :

« Ça dépend des histoires. Mais c’est quand même mieux qu’il y ait des périodes d’apaisement. »

Anaïs Roux, psychologue spécialisée dans les neurosciences, explique : « Quand vous arrêtez tout contact, ce qui va être très dur, c’est la sensation de manque. C’est le sevrage. L’équivalent d’un sevrage. Et ce sevrage donne envie de craquer : « Vous allez avoir envie de craquer, d’envoyer un message, de voir sa photo… ».

Dans cette logique, elle recommande cette solution radicale : bloquer. Blanche Rollet, elle, a justement appliqué cette méthode. « Quand je me suis séparée, j’ai immédiatement bloqué la personne sur toutes les applications possibles et imaginables », raconte-t-elle. Il y a seulement une appli où elle ne l’a pas fait, parce qu’elle l’avait supprimée. Aujourd’hui, elle est « stressée à l’idée de remettre cette appli et de voir qu’il m’a envoyé des messages. ». Anaïs Roux insiste : « C’est douloureux de devoir bloquer tout le monde… Vous devez résister à un instinct d’aller consulter, d’aller le débloquer… », d’aller stalker votre ex.

Je stalke, tu stalkes, il stalke, nous stalkons…

« Je le vois quand même regarder mes stories. Du coup, je me retrouve à penser quand même à lui », confie Delphine Beuzen quand elle nous évoque son ancienne relation. Et c’est là que la rupture 2.0 devient un piège : même quand on veut passer à autre chose, on se retrouve à être surveillé, ou à surveiller : « J’ai déjà utilisé une application pour stalker, sans que la personne ne puisse le voir », explique-t-elle.

Pour Aurore Malet-Karas, le stalking après une rupture, « donne une illusion de contrôle, et c’est rassurant ». Anaïs Roux décrit un mécanisme encore plus vicieux : le shoot de dopamine ne vient pas seulement quand on stalke… mais avant. « L’idée, ce n’est même pas le fait d’aller stalker son ex qui va donner de la dopamine, c’est l’idée qu’on va le faire ». Le problème, c’est que ces « passages à l’acte » semblent anodins, mais pour Michaël Stora, « le stalking, en revanche, est une manière de continuer à se faire du mal. Il y a une dimension quasi-masochiste », insiste-t-il.

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« J’ai vu des stories Instagram de mon ex qui faisait les trucs que je lui demandais de faire quand on était ensemble… et il le fait maintenant, c’est rageant », ironise Delphine. « Mais on voit cela qu’à travers la vitrine d’Instagram, alors que je ne suis pas dans sa vie, je ne sais pas ce qu’il fait vraiment, il faut relativiser. » Dans ce contexte, la séparation n’est plus seulement émotionnelle : elle devient aussi logistique. Supprimer, bloquer, restreindre, désabonner, éviter les lieux numériques communs… Car le cerveau, lui, ne sait pas faire le deuil quand la personne reste à portée de « vu », « like » et toute autre interaction digitale. En 2026, rompre, ce n’est donc plus seulement se quitter. C’est réussir à disparaître l’un de l’autre, même sur un écran.