Ce que disent les scientifiques sur le « ça passera avec le temps » après une rupture douloureuse ?
(1/3) en rupture•La science s’est intéressée au temps qu’il fallait pour se remettre d’une déception amoureuseVictoria Berne
L'essentiel
- Une étude de 2015 suggère qu’il faut en moyenne trois mois pour se remettre d’une rupture amoureuse, mais ce délai varie énormément selon les individus.
- La rupture amoureuse suit un processus similaire au deuil avec plusieurs étapes : choc, colère, tristesse, résignation, acceptation et reconstruction.
- Qui dit Saint-Valentin, dit amour. Qui dit amour, dit relation. Et qui dit relation, dit rupture. À l'approche de la fête de l'amour, nous nous intéressons à ce sujet que l'on aborde rarement quand on parle d'amour, mais qui fait pourtant partie intégrante de nos vies : la rupture.
«Laisse… avec le temps, ça ira mieux »… Cette phrase, lâchée par des amis rarement très doués pour consoler après une séparation, vous la connaissez ? Et à ce moment précis, la seule question obsédante est : mais combien de temps ?
Trois semaines ? Trois mois ? Trois ans ? Quand on a l’impression d’avoir le cœur coincé dans la gorge et le cerveau en boucle sur les mêmes souvenirs, chaque minute ressemble à une heure. Appelé « goumin » par la Gen Z, ce sentiment semble ralentir le temps et nous plonge dans un moment de remise en question. En 2015, des chercheurs ont justement tenté de mettre un chiffre sur la durée de cette douleur. Dans une étude menée auprès de 18-25 ans ayant vécu une rupture dans l’année, ils estimaient qu’il fallait en moyenne trois mois pour « s’en remettre ». Sauf que dans les faits, un chagrin d’amour ne se règle pas comme un minuteur. Alors pourquoi certains semblent guérir en quelques jours, quand d’autres restent coincés des mois ?
Le temps semble long quand vous avez le cœur brisé ? C’est normal…
Pourquoi, quand on souffre, les journées semblent-elles interminables ? Pour Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences, « la perception temporelle, c’est un grand mystère pour les neurosciences. C’est fascinant. On a plusieurs modèles, c’est compliqué », explique-t-elle. Mais un point fait consensus : nos émotions peuvent distordre le temps : « Les émotions vont impacter ça parce qu’en fait le cerveau va se baser sur ce qui se passe physiologiquement dans le corps, notamment l’accélération du rythme cardiaque, la poussée d’adrénaline, etc.… Et donc précisément les émotions vont amener à cette distorsion temporelle. »
Cette distorsion est bien connue des chercheurs, notamment lors des accidents. « Dans ce cas de figure, le temps se dilate, et les gens peuvent rappeler seconde par seconde ce qui s’est passé. Et ça paraît assez fou parce que, en réalité, le narratif peut prendre un quart d’heure sur un événement qui dure trente secondes », témoigne la neuroscientifique. Et cette sensation d’étirement du temps ne concerne pas seulement les accidents : « La souffrance, bien sûr, ça peut amener ça. Quand on ne va pas bien, en fait, le temps semble s’étirer aussi ». Autrement dit, lors d’une rupture, si vous avez l’impression que votre vie est mise en mode ralenti, c’est une expérience cognitive très concrète.
Trois mois pour guérir ? La science nuance, le chagrin n’a pas d’horloge
L’étude de 2015 continue d’être commentée aujourd’hui car elle répond à une angoisse universelle : quand est-ce que cela s’arrête ? Mais pour les spécialistes interrogées, la question du délai est beaucoup plus glissante. D’abord parce que la rupture n’est pas un « événement » unique, qui est vécu par tous de la même façon. C’est un processus, ressemblant en beaucoup de points à celui du deuil. « La personne va traverser une courbe d’évolution émotionnelle. On la retrouve autant quand on fait le deuil d’une personne qui est décédée, que le deuil d’une maison qu’on a vendue, dans laquelle on a grandi, que la rupture amoureuse… » explique Anaïs Roux, psychologue spécialisée dans les neurosciences.
Et quand on est la personne quittée, ce processus suit souvent des étapes bien connues : « Quand on n’a pas décidé de cette rupture, on va passer par le choc, ensuite, on a la colère, la tristesse, la résignation et l’acceptation, et ensuite la reconstruction. Le meilleur des médicaments, c’est le temps ». Mais alors, combien de temps ? Aurore Malet-Karas prévient : les neurosciences n’ont pas encore assez de recul sur ce sujet d’étude. Mais une chose est sûre, « le délai du deuil ne dépend pas de la durée de la relation. Ce qui est important, c’est l’intensité de la relation », insiste Anaïs Roux.
Pourquoi le temps guérit réellement…
Et finalement, oui, le temps guérit vraiment. Pas comme par magie, mais parce que pour le cerveau, une rupture ressemble à un sevrage. Et comme tout sevrage, on se déshabitue… avec le temps. Aurore Malet-Karas explique que pendant la relation amoureuse, « le système dopaminergique est très activé ». Et qu’après une séparation, « le système dopaminergique réagit comme dans le manque dans une addiction. Du coup, en fait, le deuil peut s’apparenter à du sevrage. C’est aussi pour cela que ça fait si mal ».
Anaïs Roux, elle, décrit l’un des mécanismes qui rend ce sevrage si violent. La dopamine ne vient pas seulement de la présence de l’autre, mais de l’attente : « Ce qui va générer un pic de dopamine et donc de plaisir, ce n’est pas le fait de voir l’être aimé. C’est le fait de savoir que tu vas le voir bientôt », explique-t-elle. Après une rupture, le cerveau continue donc d’attendre, et c’est là que ça coince : « Notre cerveau va continuer à produire ces shoots-là. "Et alors ? Et alors ? Quand est-ce que ça vient ?", Et ça ne vient jamais ». Avec le temps, le cerveau comprend progressivement qu’il n’y a plus de « récompense ». Les shoots deviennent moins fréquents et moins forts.
Mais attention : si la rupture est un processus normal, les spécialistes rappellent aussi qu’elle peut, sur certains points, se rapprocher d’une dépression. « Si ça dure plus de trois mois et que vous ne sortez pas d’un état un peu dépressif, il faut peut-être penser à aller voir quelqu’un. »



















