«Ignoble», «#JeSuisLaBandeDeValls»… Pourquoi Valls et Mélenchon se font-ils la guerre sur le Web ?

GUERRE EN LIGNE Les deux députés n'ont jamais eu de mots aussi durs l'un pour l'autre et se livrent bataille à coups de tweets et de billet de blog...

Olivier Philippe-Viela

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Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls à l'Assemblée nationale, où ils ne sont pas plus amis.
Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls à l'Assemblée nationale, où ils ne sont pas plus amis. — CHAMUSSY/SIPA

Difficile de dire à quel moment la ligne rouge a été franchie entre Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls. Pendant que le second occupait Matignon ? Pendant la campagne présidentielle du premier ? Durant les législatives et la réélection ric-rac de l’ancien Premier ministre à Evry ? Dans tous les cas, après une courte pause, l’escalade verbale a atteint un point jusqu’ici inégalé. Les deux hommes étant en roue libre dans leur détestation mutuelle, les comptes se règlent sur le Web, qui leur permet de répondre rapidement à chaque attaque.

La polémique la plus fraîche entre le chef de la France insoumise et le député de l’Essonne démarre par un tweet de JLM le mardi 3 octobre.

Jean-Luc Mélanchon se demande ironiquement qui « l’ignoble Valls […] vient-il trahir ? » dans la commission sur la Nouvelle-Calédonie à l’Assemblée nationale, où les deux parlementaires doivent siéger. Une banderille du député des Bouches-du-Rhône qui reste relativement sobre vu la suite des événements.

Mélenchon accuse Valls de « proximité avec les thèses ethnicistes de l’extrême droite »

Vendredi, Jean-Luc Mélenchon a annoncé « ne plus participer à la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie », annonce effectuée sur son blog personnel, comme souvent quand le leader des Insoumis a un message à transmettre expressément.

Ses mots y sont d’une rare agressivité à l’endroit de son ancien camarade du Parti socialiste : « Il s’est révélé cependant qu’un accord d’origine inconnue a décidé de confier la présidence de cette mission à monsieur Manuel Valls. On ne saurait faire choix plus inapproprié. Monsieur Valls est un personnage extrêmement clivant, qui suscite de forts rejets du fait de sa proximité avec les thèses ethnicistes de l’extrême droite », écrit-il.

Tel est l’angle d’attaque de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls serait devenu une figure d’extrême droite selon lui, l’ancien sénateur pointant « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». Et de relever, à la suite des soupçons vallsistes de complaisance avec l’islamisme de la part de La France insoumise, que « cette accusation, formulée dans les termes de l’extrême droite, confirme l’inaptitude du personnage à mesurer ses propos et à proportionner l’expression de ses préférences ».

Sauf que Manuel Valls n’aime pas qu’on le place à l’extrême droite, et il n’aime pas beaucoup plus Jean-Luc Mélenchon, dont il trouve le texte « ignoble » [ce dernier jugeant également Valls « ignoble », ça leur fait un point commun)]. Réaction de l’ancien chef du gouvernement, dans une salve de tweets indignés.

L’ex-maire d’Evry estime que Jean-Luc Mélenchon est méprisant avec les Calédoniens, qu’il verse dans l’amalgame douteux avec Israël et qu’au fond, tout ceci n’est pas très républicain.

Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon au bureau national du PS le 24 octobre 1993, entourant Michel Rocard, à une époque où ils pouvaient encore s'adresser la parole ailleurs que sur Twitter.
Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon au bureau national du PS le 24 octobre 1993, entourant Michel Rocard, à une époque où ils pouvaient encore s'adresser la parole ailleurs que sur Twitter. - ERIC FEFERBERG / AFP

A noter que celui qui arbore désormais un bouc a accordé une interview au Figaro Magazine de ce week-end sur le thème de l’islamisme, entretien qui n’aidera pas à rabibocher les deux anciens compères du PS et a nourri les réactions épidermiques sur les réseaux : « C’est bien beau de se retrouver place de la République, d’arborer son écharpe tricolore, de s’ériger en donneur de leçons mais, derrière La France insoumise, derrière ces effets de tribune, il y a un discours populiste qui, souvent, met en cause la légitimité démocratique », y explique Manuel Valls.

« Laïcosphère » contre réseau insoumis

Au moment où l’on écrit ces lignes, Jean-Luc Mélenchon a eu le dernier mot, se contentant d’un tweet définitif ce samedi, qui dit en substance « Valls = fachosphère ».

>> A lire aussi : Primaire à gauche: Qui sont les porte-flingues de la laïcité de Manuel Valls?

Plus exactement, « la bande à Valls », d’ailleurs. Car l’ancien socialiste réformiste est entouré de nombreux soutiens sur les réseaux sociaux (universitaires, élus, éditorialistes, etc.), une constellation de personnalités raccords avec sa conception très offensive de la laïcité (une laïcité « de combat »).

Sans être exhaustif, on peut citer François Laborde, journaliste et ancienne membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Francis Chouat, le maire d’Evry qui a succédé à Manuel Valls, ou encore Laurent Bouvet, universitaire controversé qui s’est senti visé par la sortie mélenchoniste et qui a déjà réagi à cet ultime tweet, sur Facebook, son terrain d’expression privilégié. Globalement, les membres du Printemps républicain ont volé au secours de leur principal représentant politique.

Les soutiens de Jean-Luc Mélenchon ont aussi assuré ses arrières, comme les députés Danièle Obono et Adrien Quatennens.

Affaire à suivre donc, tous les ingrédients étant réunis pour de futurs clashes entre deux des élus de la République préférés des réseaux sociaux (quand il s’agit de s’indigner ou de soutenir).

Mise à jour du clash : La suite des évènements, c’est donc l’émergence ce dimanche d’un hashtag #JeSuisLaBandeDeValls porté par les soutiens de l’ancien Premier ministre, notamment le réseau du Printemps républicain. Et comme on est jamais mieux soutenu que par soi-même, Manuel Valls y est allé de son petit tweet pour alimenter la bataille avec Jean-Luc Mélenchon.