Marché de l’automobile : « On ne rattrapera pas les deux mois du confinement », estime le porte-parole des constructeurs français

INTERVIEW Le Comité des contructeurs français d’automobile regroupe les groupes PSA, Renault et Renault Trucks. François Roudier, leur porte-parole, anticipe un repli du marché de 25 à 30 % en 2020

Romarik Le Dourneuf

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La Renault Zoé fait partie des succès du constructeur français.
La Renault Zoé fait partie des succès du constructeur français. — V.Wartner
  • Annulé en raison de la pandémie liée au coronavirus, le « Paris Motion Festival », ex-Mondial de l’auto, aurait dû ouvrir ses portes au public ce jeudi à Paris.
  • Comme cet événement, l'ensemble du secteur automobile souffre. Le Comité des constructeurs français, qui publie ses chiffres mensuels ce jeudi, prévoit une baisse des immatriculations entre 25 et 30 % en 2020 par rapport à 2019. Pour le seul mois de septembre, les constructeurs français connaissent un recul de 5 % par rapport à la même période l’année dernière.
  • Les pertes du secteur et les prévisions pessimistes pour les mois à venir ont des conséquences sur l’emploi, comme chez Renault, qui prévoit la suppression de 15.000 emplois dans le monde, dont 4.600 en France. Ou encore Valeo, équipementier automobile qui négocie actuellement le gel des salaires de ses employés.

Rendez-vous incontournable des fans de voitures, le Mondial de l’auto aurait dû ouvrir ses portes au grand public ce jeudi à Paris. Si le « Paris Motion Festival » a été annulé à cause de la pandémie de coronavirus, le marché de l’automobile souffre également. Alors que le Comité des constructeurs français d’automobile (CCFA) vient de publier les chiffres des immatriculations pour le mois de septembre – révélant en particulier que les constructeurs français se sont moins bien remis (-5 %) que leurs concurrents étrangers (+0,02 %) en cette rentrée –, François Roudier, directeur de la communication, décrypte pour 20 Minutes la situation du marché et les tendances à venir.

François Roudier, porte-parole du CCFA

Si les immatriculations sont reparties à la hausse à la sortie du confinement, selon les chiffres du CCFA, elles ne cessent de redescendre depuis. La tendance s’est-elle confirmée au mois de septembre 2020 ?

Oui et non. Si les immatriculations de véhicules légers repartent très légèrement à la hausse par rapport à septembre 2019 (+0,42 %), c’est en partie grâce aux immatriculations d’utilitaires. Les véhicules particuliers, eux, sont toujours en baisse par rapport à la même période l’année dernière (-2,97 %). Le nombre d’immatriculations de cette catégorie est supérieur à celui enregistré cet été mais ce sont des chiffres à prendre avec des pincettes, car les immatriculations ne sont pas les ventes. Des véhicules ont été vendus pendant le confinement et après, grâce notamment à la prime à la conversion, et certains n’ont pas pu être livrés immédiatement, et ne sont donc immatriculés que maintenant.

Cette fin d’année peut-elle compenser les difficiles premiers mois de la crise ?

On n’a pas rattrapé les deux mois du confinement et on ne les rattrapera pas. Pour le moment, nous restons à -29 % par rapport aux 9 premiers mois des 2019 et nos prévisions restent sur une baisse comprise entre 25 et 30 % sur l’année. Nous tablons actuellement sur une estimation de 1,6 million de véhicules particuliers immatriculés en 2020, c’est le marché le plus bas depuis dix ans. Heureusement, le marché des véhicules utilitaires légers se porte mieux grâce, notamment, aux achats de gros clients dans le BTP, et c’est un bon indicateur de l’économie.

Dans cette période de crise, les consommateurs se dirigent-ils davantage vers les véhicules à moindre impact environnemental ? Vers moins de diesel ?

Pour le moment, oui ! La progression de l’électrique pur et de l’hybride rechargeable est considérable, à plus de 10 % de manière globale, on le voit avec Toyota et sa Yaris, par exemple. Il y a vraiment eu un changement, lié au bonus lancé pendant la crise et qui a été extrêmement positif.

Mais ça ne remplace pas encore le diesel, puisque celui-ci se stabilise autour de 30 % des immatriculations, après avoir longtemps baissé. Les véhicules hybrides et électriques prennent plutôt des parts de marché à l’essence. C’est surtout parce qu’il n’y a pas vraiment d’alternative au diesel pour les gros rouleurs. On travaille sur de nouvelles batteries avec des autonomies plus importantes mais, pour le moment, on est bloqué par ça.

Les véhicules électriques et hybrides pourraient-ils « sauver » l’année 2021 ?

Pour le moment, notre vision sur l’année prochaine est très floue. La crise économique latente et le manque de confiance des ménages brouillent nos estimations. Mais les constructeurs s’inquiètent de la diminution du bonus écologique et de l’augmentation du malus à venir. Les derniers à vouloir en profiter pourraient se ruer dessus et embellir la fin d’année. Mais ça aura des effets très négatifs sur le marché en 2021, tout comme la possible «  Loi Evin Climat » [qui prévoit d’encadrer la possibilité de faire de la publicité en fonction de l’impact écologique du produit]. Les produits hybrides et électriques seraient d’ailleurs aussi touchés car, si on n’a plus l’outil de la publicité pour animer les ventes, ce sera difficile d’encourager l’achat. C’est dommageable quand on voit le succès d’un modèle comme la Renault Zoé.

Justement, comment les constructeurs français se portent-ils ? Sur le mois de septembre, les immatriculations des groupes hexagonaux reculent de 5 %…

Dans l’Hexagone, les groupes Renault et PSA partagent 58 % des immatriculations. C’est considérable, d’autant que ce chiffre n’était que de 52 % ces dernières années. Ce sont les rares constructeurs, avec Volkswagen, à avoir des résultats plutôt positifs. Des produits comme Dacia Sandero ou la 3008 de Peugeot ont trouvé leur clientèle. Pour les constructeurs étrangers, c’est plus difficile. Seul Audi fait un grand nombre d’immatriculations ce mois-ci, mais c’est surtout dû à des retards de livraison.

Les groupes français se partagent plus de la moitié du gâteau hexagonal. Pourtant l’emploi dans le secteur souffre beaucoup, ces derniers temps, Renault a annoncé la suppression de 4.600 emplois en France, Valeo a également supprimé des postes et  gelé les salaires de ses employés… La situation pourrait-elle s’améliorer ?

On est dans une crise terrible qui affecte la France, mais aussi l’Allemagne, et les équipementiers vendent beaucoup aux constructeurs d’outre-Rhin. Nous sommes dans une période de restructuration de notre industrie, et cela a débuté avant la crise du Covid-19.

PSA avait déjà entamé sa restructuration et recommence désormais à prendre des intérimaires. Renault s’était lancé aussi, mais la situation du marché européen, important pour nos constructeurs, est difficile. On voit de plus en plus de fermetures d’usines chez les petits fournisseurs. Il y a aussi des fermetures de petites sociétés qui ont des technologies qui ne sont plus utiles, comme celles qui travaillent sur le diesel. Et c’est sans parler du Brexit

Quelles sont les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sur le secteur automobile français ?

Cela va avoir des effets terribles sur l’industrie britannique et ça va se répercuter sur les constructeurs français, notamment au sujet des équipements. La marque Opel (Groupe PSA) et sa société-sœur [Vauxhall] fabriquent aussi là-bas. En l’absence d’accord des douanes sur les importations et exportations au Royaume-Uni, le prix des véhicules y sera complètement modifié.