Attentats en Catalogne: Sur Twitter, les tensions sont exacerbées entre Espagnols et Catalans

TERRORISME Si les réseaux sociaux ont permis de transmettre des messages de solidarité après les attaques de Barcelone et Cambrils, ils ont aussi révélé une grande tension…

Lucie Bras

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Le drapeau catalan dans la foule, lors d'un rassemblement en hommage aux victimes le 18 août 2017.

Le drapeau catalan dans la foule, lors d'un rassemblement en hommage aux victimes le 18 août 2017. — Josep LAGO / AFP

  • Les attentats en Catalogne ont fait 14 morts et plus d'une centaine de blessés.
  • Sur Twitter, les tensions entre espagnols et catalans se sont fait sentir après le drame.
  • Selon la police, quatre personnes soupçonnées d'être impliquées dans les attaques de Barcelone et de Cambris ont été arrêtées. 

Pas de trêve entre Catalans et Espagnols. Après qu’une voiture a foncé dans la foule en plein centre de Barcelone jeudi après-midi, faisant au moins 13 morts et une centaine de blessés, puis une deuxième attaque à Cambrils dans la nuit, les tensions entre les deux cœurs de l’Espagne se sont ravivées sur les réseaux sociaux.

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Quelques minutes après l’attaque des Ramblas à Barcelone, un détail a fait tiquer certains internautes. Les officiels du gouvernement catalan ont réagi à l’attaque… en langue catalane.

Cet oubli de la langue officielle espagnole, le castillan, n’est pas du goût de tous.

« Le gouvernement catalan devrait être plus humble et commencer par donner des informations en castillan et sortir le drapeau espagnol », écrit ce twittos.

« C’est si difficile que l’homme qui donne les explications du gouvernement catalan parle en castillan ? Toute l’Espagne est en attente ! »

Ce qui semble un détail pour les étrangers n’en est pas un en Espagne : « La question linguistique y est très sensible. Le gouvernement catalan s’exprime tout le temps en catalan, c’est leur mode de fonctionnement normal », explique Cyril Trépier, géographe et auteur du livre Géopolitique de l’indépendantisme en Catalogne.

Unité et pétition

Par la suite, des commentaires très durs concernant les victimes ont fait leur apparition. « Vous vouliez moins de tourisme ? Vœu exaucé », écrit l’un d’eux, en référence au ras-le-bol des Barcelonais face au tourisme de masse. « Ce sont des Catalans qui sont morts, pas des personnes, il n’y a pas de quoi s’alarmer », écrit un autre.

De nombreux Catalans et Espagnols se sont unis sur Twitter pour dénoncer ces commentaires. « Je n’en reviens pas : alors que des enfants sont morts, des personnes se concentrent sur le fait qu’ils étaient catalans. Je suis catalane et ça me dégoûte. Personne ne mérite de mourir ».

« Vous imaginez à quel point c’est dur d’être catalan et de lire continuellement que c’est un moindre mal que les victimes soient catalanes ? Par hasard, vous savez à quel point ça fait mal ? »

L’émotion a été si vive, à la lecture de ces messages, qu’une pétition a été mise en ligne pour faire fermer ces comptes « qui se rient de l’attentat de Barcelone ». Signé par plus de 112.000 personnes, le texte veut avant tout alerter Twitter Espagne face à la diffusion de ces écrits.

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Un référendum interdit

Dans le pays, Twitter fait partie des réseaux sociaux les plus utilisés, alors la lutte se joue aussi en ligne. « En temps normal, les réseaux sociaux sont déjà un terrain où se joue la lutte politique sur la question de l’indépendance catalane », analyse Cyril Trépier. « Ces bagarres continuent avec toute la facilité et l’impunité que fournissent les réseaux sociaux. »

Pourtant, l’écrasante majorité des tweets sont des messages de soutiens, en castillan et catalan, venus de partout dans le pays. Preuve en est que l’Espagne reste unie, y compris dans les moments difficiles. « Ce n’est pas représentatif de ce que ressentent l’ensemble des Espagnols », assure Cyril Trépier. « Le coup est porté en Catalogne, mais c’est un attentat contre toute l’Espagne. » Une unité parmi la population alors que des difficultés s’annoncent sur le plan politique, entre les indépendantistes catalans et les autorités espagnoles. Le 1er octobre prochain, un référendum contraignant sera soumis à la population pour décider de l’indépendance de la région, malgré son interdiction par la plus haute juridiction espagnole. Le bras de fer se poursuit.