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Responsable développement, Cloé a tout plaqué pour ouvrir sa boulangerie

« C’est une histoire familiale qui continue »… Responsable développement, Cloé a tout plaqué pour ouvrir sa boulangerie

du pain sur la planche•Cloé Delafosse a troqué « un emploi chouette » et « un salaire confortable » contre une aventure entrepreneuriale semée d’embûches mais pas dénuée de sens
Christelle Pellissier

Christelle Pellissier

L'essentiel

  • Les Journées mondiales de l’alimentation et du pain sont toutes deux organisées le 16 octobre.
  • L’occasion de dresser le portrait de Cloé Delafosse qui a quitté un emploi et un salaire confortables pour ouvrir sa boulangerie, et perpétuer l’héritage familial.
  • La trentenaire a opté pour une reconversion professionnelle, rythmée par des formations et un CAP boulangerie, puis a ouvert à la rentrée 2026 sa première boulangerie, Bernie, à Levallois-Perret.

«Rien ne la prédestinait à ouvrir sa boulangerie. » Les plus belles histoires de reconversion professionnelle commencent souvent comme ça. Pas celle de Cloé Delafosse. C’est dans sa nouvelle boulangerie levalloisienne, où se côtoient viennoiseries, tartes aux figues, tartines au reblochon et sandwichs César, que nous l’avons rencontrée. Tout la prédestinait à ouvrir sa boulangerie, à commencer par ses grands-parents qui ont consacré plus de quatre décennies à ce métier.

Petite, elle se rêvait déjà pâtissière, chocolatière ou cheffe étoilée, avec deux aspirations à la clé : travailler avec ses mains et nourrir les gens. Sa reconversion professionnelle, à 28 ans, était donc (presque) naturelle, mais pas forcément aisée. Dans le cadre des Journées mondiales de l’alimentation et du pain, vendredi, 20 Minutes brosse le portrait d’une épicurienne, passionnée d’entrepreneuriat et… de bonne chère.

« C’est le moment de me lancer »

Cloé Delafosse veut très tôt faire un métier de bouche, et envisage d’intégrer un lycée professionnel. Ses parents lui conseillent toutefois une autre voie. « Ils m’ont portée vers un parcours plus classique, en m’expliquant qu’un bac général me permettrait d’avoir des bases qui serviraient, peu importent les études supérieures vers lesquelles j’allais me tourner », se souvient la trentenaire. Elle passe un bac scientifique, fait une école de commerce, et entame sa vie professionnelle en tant que consultante en stratégie, aidant des chefs d’entreprise à se développer.

Elle rejoint ensuite une société d’événementiel dans laquelle elle gère une business unit, « une petite entreprise dans l’entreprise. » Un choix qui est tout sauf le fruit du hasard. « J’ai toujours pensé mon parcours professionnel en fonction de ce que je pouvais apprendre pour me lancer et me développer par la suite. » Cet emploi lui permet de s’initier à la gestion d’entreprise, la réflexion et la stratégie, « un point essentiel » pour monter sa propre société. Dès son arrivée, elle prévoit d’y rester deux ans, elle y passera finalement quatre années, jusqu’à se dire : « c’est le moment de me lancer. »

La boulangerie, « c’était une évidence »

Au moment de cette prise de conscience, Cloé siège au comité de direction de l’entreprise. « J’avais un emploi chouette et une situation très confortable », explique-t-elle. Mais c’est ce qui va justement la motiver à partir. « Je commençais à avoir un certain confort de vie. Si j’avais continué, je ne serais jamais partie. » S’ensuivent la signature d’une rupture conventionnelle et une inscription en bonne et due forme à France Travail, où elle est accompagnée pour entamer sa reconversion professionnelle. Si la jeune femme a toujours su qu’elle se tournerait vers un métier de bouche, c’est au moment de quitter son emploi que la lumière se fait.

« Mes grands-parents étaient boulangers, mon frère est boulanger depuis quinze ans... Quand j’ai commencé à réfléchir à ce projet, c’était une évidence »

Cloé Delafosse

Une activité apparaît comme une évidence. Comme son frère et ses grands-parents, ça sera la boulangerie. Prête à embrasser cette nouvelle aventure, Cloé fait ce qu’elle sait jusqu’alors faire de mieux : un business plan. Le reste devrait suivre, si ce n’est qu’elle se rend compte lors du Sirha Lyon, salon mondial du food service, qu’elle manque de connaissances et de compétences dans un secteur aussi technique qu’exigeant. « Mon frère pouvait m’aider mais il me paraissait impensable de lancer une société sans savoir tout faire par moi-même. » Elle décide alors de se former de A à Z.

« Derrière une victoire, une nouvelle montagne »

L’aspirante boulangère fait une formation à l’école de Thierry Marx, puis une autre auprès du MOF Joël Defives, et obtient son CAP boulangerie en candidate libre. Elle y apprend la technique, et y découvre la réalité du terrain. En parallèle, le projet se met en route avec de premiers obstacles en perspective, à commencer par le financement. Après avoir essuyé plusieurs refus, une banque accepte de lui accorder un prêt. « C’est un très long tunnel, c’est dur de savourer chaque victoire car derrière il y a toujours une nouvelle montagne. »

« Il y a des moments où je n’en pouvais plus. C’était dur et je reste persuadée que les entrepreneurs n'ont pas le cerveau câblé pareil »

Cloé Delafosse

Avec son apport personnel et le prêt d’honneur Initiative Hauts-de-Seine, Cloé peut se lancer. Local, gros équipement… tout se met en place. La jeune femme obtient même in fine la Bourse Nutella, lancée cette année avec la Confédération Nationale de la Boulangerie‑Pâtisserie Française (CNBPF), qui lui permet de financer le petit matériel. La boulangerie prend forme avec, en prime, l’arrivée de Marceau, son frère, qui apporte son expérience pour l’élaboration des recettes et la formation des équipes, ainsi que ses connaissances techniques. A la rentrée 2026, la boulangerie Bernie est fin prête à ouvrir avec un concept parfaitement rodé.

Bernie en hommage à l’histoire familiale

Cloé a grandi « dans une famille épicurienne » qui a toujours privilégié la qualité des produits à la quantité. Lorsqu’elle esquisse son projet, elle choisit de mettre à l’honneur « les meilleures matières premières », en préférant - lorsque c’est possible - les produits locaux. « Une ligne de conduite » devenue sa priorité. La farine vient de Moulins Bourgeois en Seine-et-Marne, le chocolat de XOCO, qui produit ses propres variétés de cacao… Chaque matière première est choisie avec soin car « il est hors de question de servir au client ce que moi-même je ne mangerais pas. » Une volonté héritée de ses grands-parents « qui tenaient à faire des produits de qualité. »

« C'est lui qui nous a donné cet amour du produit et de la boulangerie, c'était très important de lui rendre hommage »

Cloé Delafosse

L’héritage se lit partout chez Bernie, installée à Levallois-Perret. A commencer par son nom, en mémoire au grand-père de Cloé, Bernard. Avec son frère qui a rejoint le projet, « c’est une histoire familiale qui continue ». Cloé aimerait à terme se développer, « mais on va déjà faire en sorte que celle-ci fonctionne », sourit-elle. En attendant, le plus beau des paris est déjà réussi : « nos grands-parents ne sont plus là, mais on sait tous les deux qu’ils seraient fiers de voir tout ça. » C’est aussi ça, la générosité en héritage.