Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Sans diplôme, Marc Figueiredo est devenu directeur de Palace

« Ce sont les quinze minutes qui ont changé ma vie »… Marc Figueiredo, directeur de Palace, avec juste le bac

trajectoire 5 étoiles•Son hôtel à Evian a accueilli le G7 au printemps dernier. Marc Figueiredo revient sur son parcours hors normes
Claire Frayssinet

Claire Frayssinet

L'essentiel

  • Marc Figueiredo, né à Aubervilliers dans une famille modeste, a débuté sa carrière comme valet de chambre à 18 ans à l’hôtel InterContinental de Paris.
  • Il a gravi tous les échelons au sein de l’Evian Resort, de bagagiste à veilleur de nuit, puis réceptionniste après un stage de six mois en Écosse pour apprendre l’anglais, jusqu’à devenir Directeur de l’hébergement du Royal avant d’accepter en 2023 la direction du Palace.
  • En juin dernier, il a accueilli les chefs d’État du G7 à l’hôtel Royal Evian, une expérience qu’il qualifie de « vraiment unique, voire historique ».

«C’était une expérience vraiment unique, voire historique, mais je ne sais pas si je le referrai ! »… En juin dernier, Marc Figueiredo accueillait les chefs d’Etat du G7 à l’hôtel Royal Evian, le Palace dont il assure la direction en Haute-Savoie, sur les rives du Léman. S’il peut aujourd’hui frimer auprès de ses copains pour avoir serré la pince d’Emmanuel Macron, de Friedrich Merz ou encore d’Ursula von der Leyen, c’est au prix d’un travail acharné, et aussi d’un peu de chance, qui l’ont mené jusqu’aux sommets. Et on ne parle pas que du G7…

Marc Figueiredo est né et a grandi à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Mère qui travaille dans un labo pharmaceutique, père sur les chantiers, absolument rien dans sa vie ne le relie de près ou de loin à l’univers du luxe. « A 18 ans, mes parents me donnent leur vieille voiture. Je dois financer l’assurance, l’essence… Je n’ai pas d’autre choix que de trouver un petit boulot et c’est comme ça que je me retrouve, grâce à mon frère, à faire le valet de chambre à l’hôtel InterContinental à côté de l’Opéra à Paris » raconte Marc Figueiredo. Un petit boulot pris par opportunisme qui sera la première étape d’une carrière fulgurante.

Direction Evian sur un coup de tête

Avec son appétit modéré pour les études, le futur directeur d’hôtel part tenter sa chance à Evian après son bac comptabilité et gestion, en rejoignant sur un coup de tête un copain cuisinier au Casino de la ville. Coup de chance, l’Evian Resort, la filiale du groupe Danone qui gère plusieurs établissements hôteliers dans la ville, organise un job dating. Fort de son expérience de valet à Paris, Marc Figueiredo y voit l’occasion de gagner un petit salaire en attendant d’y voir plus clair sur son avenir.

« Je dis souvent que ce sont les quinze minutes qui ont changé ma vie. Par hasard, je me suis retrouvée en face de la gouvernante exécutive du groupe qui, au bout de dix minutes, me dit qu’elle sent mon potentiel et qu’elle ne va pas m’engager pour faire les chambres, mais pour un poste en contact avec la clientèle. »

Le lendemain, il est engagé comme bagagiste et voiturier à l’hôtel Ermitage d’Evian, un établissement quatre étoiles situé sur les hauteurs de la ville. L’expérience est une réussite, il enchaîne ensuite sur un poste de gardien de nuit et obtient son premier CDI. Une période où le sommeil n’est pas la priorité : « Je travaillais de 23 heures à 7 heures puis je dormais jusqu’à midi avant de retrouver mes copains tout l’après-midi. Mais au bout d’un moment ce n’était plus tenable, alors j’ai demandé à passer de jour ». Petit problème, le veilleur de nuit ne maîtrise pas l’anglais, compétence indispensable pour accueillir les clients venus du monde entier.

« A ce moment-là je pensais changer de secteur »

Son patron croit en lui et veut le faire progresser. A 22 ans, il l’envoie donc six mois en « stage d’anglais » chez un ami qui gère un hôtel en Ecosse, tout en lui assurant un salaire et un boulot à son retour. « Franchement c’était hyperdur au début, je ne comprenais rien et l’accent écossais n’était pas pour m’aider » se souvient le directeur du Royal Evian. Le pari est payant, et le jeune homme revient sur les rives du Léman, fluent et plus confiant que jamais. Progressivement, il grimpe les échelons à l’Ermitage, d’abord comme réceptionniste, puis comme chef de la réception. En 2009, il fait partie de l’équipe qui supervise de gros travaux de rénovation. En 2013, c’est l’hôtel Royal, le cinq-étoiles, fleuron du groupe, qui doit être remis à neuf. La direction pense naturellement à Marc Figueiredo pour gérer le chantier. Avant de le nommer Directeur de l’hébergement du Royal. Jusqu’à cette proposition de 2023 : on lui propose de prendre la tête du Palace.

« La vérité c’est qu’à ce moment-là je pensais changer de secteur. Ma femme était enceinte, je voulais passer plus de temps avec ma famille. Mais finalement mon épouse m’a convaincue que je ne pouvais pas refuser une telle opportunité. »

Trois ans après, le directeur est toujours sur le front, entre l’accueil d’un G7, d’un Tour de France et d’un tournoi majeur de golf, entre autres, rien que pour l’été 2026. Avec toujours une priorité, le bien-être de ses équipes, « ma plus grande crainte après l’accueil du G7, c’était que mon équipe soit cramée et plus en mesure d’assurer la saison estivale qui arrivait. C’est important de prendre soin de ses salariés, d’autant qu’on est dans un secteur en souffrance, avec en plus la concurrence de la Suisse, et ses salaires plus élevés, de l’autre côté du lac ». Et de se souvenir, « on m’a donné ma chance, à moi d’être attentif à la donner à d’autres. » Et de prouver que, sans diplôme et en bénéficiant de mobilité interne, on peut quand même vivre la vie de Palace.