Fostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- Votre employeur n’est pas obligé de vous augmenter chaque année, même après plusieurs années d’ancienneté.
- Certaines situations imposent toutefois une revalorisation, notamment une hausse du Smic, des minima conventionnels ou une inégalité salariale injustifiée.
- En cas de refus illégal, vous pouvez réclamer un rappel de salaire et saisir les prud’hommes.
Vous travaillez dans la même entreprise depuis plusieurs années, vos responsabilités ont évolué, mais votre salaire n'a pas bougé ? Cette situation, aussi frustrante soit-elle, n'est pas forcément illégale. Contrairement à une idée répandue, l'ancienneté ou l'augmentation du coût de la vie ne suffisent pas à imposer une revalorisation salariale. Le Code du travail prévoit néanmoins plusieurs situations dans lesquelles votre employeur n'a pas le choix. Et certaines pourraient bien vous concerner, même si vous n'avez jamais demandé d'augmentation.
Augmentation de salaire : aucune obligation annuelle pour votre employeur
C'est une réalité parfois difficile à accepter : aucune loi n'oblige une entreprise à augmenter ses salariés chaque année. Même après cinq, dix ou vingt ans au même poste, votre rémunération peut rester identique. Votre employeur peut parfaitement refuser une demande individuelle, sans avoir à justifier sa décision. Et ce, même si vous estimez que votre investissement professionnel mérite une meilleure reconnaissance financière.
Ni l'inflation, ni de bons résultats, ni même votre fidélité à l'entreprise ne vous garantissent une augmentation. Certaines conventions collectives prévoient toutefois des primes d'ancienneté ou des progressions salariales. Il faut donc distinguer ce qui relève d'une décision de l'employeur de ce qui constitue un véritable droit. Dans plusieurs circonstances bien précises, le refus d'augmenter un salarié peut devenir illégal.
Une hausse du Smic peut rendre votre augmentation obligatoire
Premier cas dans lequel votre employeur doit intervenir : la revalorisation du salaire minimum. Depuis le 1er juin 2026, le Smic s'élève à 12,31 euros brut de l'heure, soit 1.867,02 euros brut mensuels pour un temps plein de 35 heures. Ce montant constitue un plancher légal que toutes les entreprises doivent respecter, indépendamment de leurs difficultés financières ou de leur politique de rémunération.
Lorsqu'une revalorisation fait passer votre rémunération sous ce seuil, votre employeur doit obligatoirement l'ajuster. En revanche, si vous gagnez déjà davantage que le nouveau Smic, aucune augmentation automatique ne vous est due. La hausse du salaire minimum n'entraîne donc pas celle de l'ensemble des rémunérations. Un salarié payé légèrement au-dessus du Smic peut ainsi voir son salaire stagner, même lorsque celui des collègues moins rémunérés progresse.
Votre convention collective peut aussi vous garantir une augmentation
Autre élément à examiner : la convention collective applicable à votre entreprise. Celle-ci peut fixer des salaires minimaux supérieurs au Smic, selon votre qualification, votre coefficient ou votre catégorie professionnelle. Ces montants évoluent notamment au fil des négociations de branche. Une nouvelle grille salariale peut donc obliger votre employeur à revoir votre rémunération, même si aucune augmentation individuelle n'était initialement prévue.
Imaginons que le minimum prévu pour votre poste passe de 2.050 à 2.120 euros brut. Si votre salaire est de 2.070 euros, votre employeur devra le porter à 2.120 euros au minimum. En revanche, si vous percevez déjà 2.200 euros, aucune hausse supplémentaire ne s'impose. Pour connaître les règles qui vous concernent, consultez votre convention collective, généralement mentionnée sur votre bulletin de paie.
Accords collectifs : quand une augmentation devient un droit
Les négociations salariales organisées dans certaines entreprises peuvent également déboucher sur des augmentations obligatoires. Mais attention à une distinction essentielle : l'employeur peut être tenu de négocier sans être obligé d'accorder une hausse. Ces discussions, souvent organisées chaque année, permettent notamment d'aborder les rémunérations et le partage de la valeur. Elles peuvent toutefois se terminer sans accord, et donc sans revalorisation des salaires.
En revanche, si un accord collectif prévoit une augmentation de 2 % pour une catégorie de salariés, l'entreprise doit l'appliquer aux personnes concernées. Une clause du contrat de travail, un engagement de l'employeur ou un usage d'entreprise peuvent également créer une obligation de revalorisation. Il est donc important de vérifier les accords applicables avant de considérer qu'un refus est définitif.
Égalité salariale et congé maternité : des protections à connaître
Votre employeur augmente vos collègues, mais jamais vous ? Cette différence peut être contestée lorsqu'elle concerne des salariés placés dans des situations comparables. Les responsabilités, les qualifications, l'expérience et les performances doivent notamment être examinées. Un écart salarial injustifié peut donner lieu à un rattrapage. L'entreprise doit pouvoir expliquer les différences de traitement par des critères objectifs et pertinents, et non par des préférences personnelles ou des motifs discriminatoires.
Une protection particulière existe également au retour d'un congé maternité. Sauf garanties conventionnelles au moins aussi favorables, la salariée doit bénéficier des augmentations générales intervenues pendant son absence et de la moyenne des augmentations individuelles accordées à sa catégorie professionnelle. Un mécanisme comparable s'applique au congé d'adoption. L'objectif est d'éviter qu'une absence liée à l'arrivée d'un enfant pénalise durablement l'évolution de la rémunération.
Promotion, refus d'augmentation : comment faire valoir vos droits ?
Une promotion ne garantit pas davantage une hausse de salaire. Tout dépend notamment du minimum conventionnel associé à votre nouvelle classification. Si vous êtes déjà rémunéré au-dessus de ce montant, votre employeur n'est pas nécessairement tenu de vous augmenter. Même une prise de responsabilités importante ne suffit donc pas toujours à rendre une revalorisation obligatoire, même si elle constitue un argument solide pour négocier.
En dehors des situations obligatoires, privilégiez une demande argumentée, appuyée sur vos résultats, vos compétences et vos nouvelles missions. Si une augmentation légalement due vous est refusée, conservez vos bulletins de paie et vos échanges écrits. Après avoir demandé une régularisation, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes. Le délai pour réclamer un rappel de salaire est en principe de trois ans.