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Écosse, chronos, Pyrénées… Les enseignements du tracé du Tour de France 2027

Tour de France 2027 : Plus de chronos pour moins de Pogacar, la fête au Royaume-Uni et des Pyrénées de folie

projection•La présentation ce jeudi du tracé de la prochaine édition du Tour de France dessine certaines tendances voulues par les organisateurs
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Le tracé du Tour de France 2027 a été dévoilé ce jeudi au Palais des Congrès, à Paris.
  • Parmi les particularités de cette prochaine édition, un Grand Départ donné en Ecosse, le choix des organisateurs de placer deux contre-la-montre, et la part belle laissée aux Pyrénées.
  • Voici tout ce qu’il faut retenir de la présentation, avec les conséquences que cela pourrait avoir sur la course.

Une cornemuse, des pas de danse traditionnelle écossaise, et des images de monuments en pierre couverts par un ciel gris… La présentation du tracé du Tour de France 2027 s’est achevée ce jeudi avec un avant-goût de ce qui nous attend début juillet, avec ce Grand Départ donné d’Edimbourg. Le patron de l’épreuve, Christian Prudhomme, a insisté sur son bonheur de voir la caravane arpenter à nouveau le Royaume-Uni, treize ans après son dernier passage. Ce ne sera pas la seule singularité de cette prochaine édition, que les organisateurs ont cherché à rendre plus serrée avec deux contre-la-montre individuels. On vous résume ce qu’il faut retenir.

Devinez d'où partira le prochain Tour de France ?
Devinez d'où partira le prochain Tour de France ? - Charlie Forgham-Bailey/SWpix.com/Shutterstock/SIPA

Une chance pour Remco Evenepoel…

Le Belge, deuxième du Tour l’été dernier, a dû apprécier cette présentation. Deux contre-la-montre sont en effet au programme : le premier lors de la 7e étape entre Blois et Chambord (38 km), le second sur une boucle autour de Toulouse lors de la 16e (33 km), avec le diabolique mur de Pech David et sa pente maximale à 20 % au milieu. Ce sont donc au total 71 km d’effort solitaire qui attendent les coureurs, du jamais-vu depuis 2012. Une aubaine pour Evenepoel, quadruple champion du monde de la spécialité, pour concurrencer l’ogre Tadej Pogacar.

« Les chronos vont être super importants, imagine le Français Mathis Le Berre, l’un des rares coureurs présents au Palais des Congrès ce jeudi. S’il est autant en forme que cette année, Remco a largement les moyens de tirer son épingle du jeu. » Un point de vue partagé par le quadruple vainqueur de l’épreuve Chris Froome :

« On a vu ces dernières années les différences faites par Tadej dans la montagne, peut-être que ça va rééquilibrer un peu. Les favoris seront sûrement plus près les uns des autres, ça va bien sûr changer la façon dont la course va se dérouler. »

Exactement ce que cherchent Prudhomme et son équipe. Pogacar, qui a rejoint le club des quintuples vainqueurs en juillet, devra batailler s’il veut devenir le premier coureur de l’Histoire à remporter six fois la Grande Boucle.

… et pour Paul Seixas ?

On ne connaît pas encore le programme du prodige français pour l’année à venir. Il y aura a priori un ou deux grands Tours, mais il pourrait être tenté par l’Italie et/ou l’Espagne pour continuer son apprentissage. Si ça pouvait l’aider à choisir, en tout cas, ce tracé lui convient parfaitement. Lui aussi est très costaud en contre-la-montre (3e des Mondiaux en septembre), et cette dernière semaine éreintante dans les Pyrénées (on y reviendra) peut servir les coureurs qui disposent d’un gros coffre comme lui.

Aussi belle soit-elle pour sa grande première, sa quatrième place de l’été dernier à près de 2 minutes du podium a laissé le Lyonnais sur sa faim. Son instinct de compétiteur le guidera peut-être vers la Grande Boucle, où les organisateurs l’accueilleraient à bras ouverts. Même s’ils se défendent, bien sûr, d’avoir pensé à lui en décidant du parcours, ou d’avoir cherché en miroir une sorte de plan anti-Pogi.

« On ne fait jamais un parcours pour un coureur ou contre un coureur, assure Christian Prudhomme. Donc il n’y a pas de terrain spécifique anti-Pogacar. De toute façon, quel que soit le terrain, il est très fort. Vous mettez des pavés, il est devant. Vous durcissez, il est là. Vous faites un peu moins dur, vous mettez le Tourmalet à 50 km de l’arrivée, il attaque. Il y a quand même une sorte de rééquilibrage qui se produit quand on voit la domination d’un coureur dans les chronos, Remco Evenepoel en l’occurrence, ou quand on voit Paul Seixas ou d’autres. On peut se dire qu’il y a peut-être la possibilité d’avoir un suspense et une grande bagarre jusqu’au bout. »

Les Pyrénées à l’honneur

Ce n’est pas si souvent que les étapes de montagne les plus excitantes d’un Tour se déroulent vers la frontière espagnole plutôt que dans les Alpes. Ce sera le cas en 2027. Ce n’est pas une question de nombre, puisqu’il y en aura trois dans les Alpes et deux dans les Pyrénées, mais de parcours. Le 22 juillet, les coureurs peuvent s’attendre à une vraie boucherie, avec 5.400 mètres de dénivelés positifs sur 160 km, entre Pau et Saint-Lary-Soulan. Le col de Soulor servira d’amuse-bouche, avant de grimper le Tourmalet, la Houruquette d’Ancizan et enfin le terrible Col du Portet, point culminant de cette édition (2.215m).

« C’est l’étape reine du Tour, constate Froome. Elle sera décisive pour la victoire finale parce que placée vers la fin de la course, quand tout le monde sera fatigué. Ça va être brutal, une journée vraiment intense. » Mathis Le Berre, qui a lui davantage ciblé les nombreuses étapes pour puncheurs en début de Tour (2e, 3e, 4e, 5e, 6e ou 8e), s’apprête déjà à souffrir. « Ce ne va pas être de la survie, mais presque. Il ne faudra pas être un peu malade ou moins bien, c’est clairement une étape qui peut nous sortir de la course », a-t-il conscience.

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Le lendemain, le peloton se rendra de Hasparren à Laruns, et on a aussi très hâte de voir ça. La première partie d’étape à travers le Pays basque sera marquée par des cols casse-pattes, aux pentes irrégulières, qui n’ont pas été escaladés depuis des lustres. La sélection y sera faite, bien avant le Col de Soudet et Marie-Blanque, placés dans la partie finale. Il s’agira de la dernière occasion de bouleverser le classement général.

Un Grand Départ haut en couleur

On le disait d’entrée, le Tour va donc explorer des contrées septentrionales inconnues. Jamais il n’était parti d’aussi haut sur la carte, avec ce Grand Départ donné d’Edimbourg, capitale de l’Ecosse. Les coureurs rejoindront Carlisle, en Angleterre, où ils resteront pour la 2e étape, disputée entre Keswick et Liverpool. Ils effectueront ensuite un tour au pays de Galles, théâtre du 3e acte, un petit trésor avec sept côtes à gravir, dont quatre avec de très forts pourcentages. Préparez-vous, ça va exploser de partout entre Welshpool et Cardiff.

Ces trois premières étapes s’annoncent assez dingues aussi sur le bord des routes. Ceux qui étaient là en 2014 se souviennent avec émotion de la folie furieuse dans le Yorkshire. « C’était énorme ! Pour moi, ça a été le meilleur départ du Tour de France que j’aie vu de toute ma carrière », témoigne Chris Froome. Un autre grand ancien, pas vraiment objectif lui non plus, a très hâte d’y être : Mark Cavendish.

Les Britanniques Mark Cavendish et Chris Froome en bonne place pour découvrir les trois premières étapes du Tour 2027 au Royaume-Uni.
Les Britanniques Mark Cavendish et Chris Froome en bonne place pour découvrir les trois premières étapes du Tour 2027 au Royaume-Uni.  - Charlie Forgham-Bailey/SWpix.com/Shutterstock/SIPA

Présent à Paris ce jeudi, le recordman du nombre de victoires d’étape (35) n’a pas de mots assez forts pour en parler. « En 2014, c’était vraiment spectaculaire. Les gens en parlent encore aujourd’hui, assure l’ex-sprinteur. La Grande-Bretagne apprécie vraiment le Tour de France, qu’elle considère comme le plus grand événement sportif de la planète. Le voir passer en Écosse, en Angleterre et au pays de Galles, ça va être énorme. » On peut lui faire confiance.

Les sprinteurs à nouveaux rois des Champs ?

Les aficionados de la rue Lepic avaient peur : des rumeurs couraient sur un retour à une dernière étape à l’ancienne, sans passer par la célèbre rue pavée où les cadors ont livré des batailles épiques ces deux dernières années. Il n’en est rien, Christian Prudhomme a confirmé que Montmartre serait encore bien au programme en 2027. Youhou ! Enfin, allez dire ça aux sprinteurs. « Bien sûr, j’aurais préféré un vrai sprint, sans Montmartre, comme dans le passé », soupire Tim Merlier, l’un des meilleurs spécialistes actuels.

Mais le Belge, triple vainqueur d’étapes l’été dernier, n’est pas résigné pour autant. Il n’était plus là lors de la fiesta des Champs mais devant sa télé, il a bien observé la course-poursuite de folie entre Mathieu van der Poel, parti dans Montmartre avec Pogacar, et les équipes de sprinteurs. Ces derniers ont perdu pour un souffle, mais ce n’est pas une fatalité. « C’était pas loin. Les équipes de sprinteurs ont vu que c’était possible, si on travaillait bien ensemble, d’arriver groupés. » A un peu plus de huit mois du Grand Départ, l’appel est déjà lancé.