« Les Etats-Unis m’ont appris à être une battante » : D’Abidjan à Aspen, le destin hors norme de la cheffe Mawa McQueen
Ses restaurants nichés à Aspen, station huppée du Colorado, voient défiler chaque jour millionnaires et milliardaires. Consécration ultime pour cette cheffe qui a dû affronter bien des obstacles avant de se hisser au sommetChristelle Pellissier
L'essentiel
- Mawa McQueen, qui a bâti un empire gastronomique de six restaurants et une marque de granola aux Etats-Unis, et vit depuis près de 20 ans à Aspen, dans le Colorado.
- Très tôt, l’aspirante cheffe fait le choix de se mêler à ceux qui ne lui ressemblent pas - des familles blanches aisées, mais aussi les milliardaires d’Aspen - pour apprendre les clés de la réussite de ceux… qui ont réussi.
- Elle transmet aujourd’hui son expérience aux jeunes générations en leur conseillant de « chercher et identifier [leur] talent » et de cultiver résilience et discipline.
Un véritable conte de fées. Mawa McQueen est une cheffe primée à la tête de six restaurants et d’une marque de granola, et une personnalité médiatique qui apparaît dans des émissions américaines comme Good Morning America et le Today Show. Mais aucune marraine ne s’est vraiment penchée sur le berceau de cette autodidacte.
La cheffe française a façonné son destin à force de travail, de résilience et de discipline, sans jamais perdre de vue son objectif : devenir millionnaire - et même plus si possible. De passage à Paris, Mawa McQueen revient pour 20 Minutes sur cette ascension hors norme, d’un squat à Trappes aux sommets enneigés de la station la plus huppée des Etats-Unis. Un destin qu’elle-même « n’aurai [t] pas imaginé en rêve » lorsqu’elle est arrivée en France à l’âge de 12 ans.
« Un talent » plus qu’une passion
Née près d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, Mawa McQueen a grandi dans un squat à Trappes. Aînée d’une fratrie de vingt enfants, elle a très tôt dû composer avec le sens des responsabilités, dont la préparation des repas de ses frères et sœurs. Un déclic ? Pas vraiment. La cuisine ne s’est pas imposée comme une passion, mais comme « [son] talent ». Un talent qu’elle a cultivé et appris à « master » (« maîtriser » en français), comme elle le dit elle-même, avant qu’il ne se transforme en passion… beaucoup plus tard.
« Il faut aller vers ceux qui réussissent. Mais il faut faire le travail pour y arriver, donc faire le pas vers ce monde-là. »
Elle intègre un lycée hôtelier, y obtient un diplôme, mais ne trouve pas de travail. Qu’importe. L’aspirante cheffe veut quitter Trappes. « Non pas que je n’aimais pas les gens avec qui j’étais, mais je voulais apprendre de ceux qui ne me ressemblaient pas. Je savais que si je ne faisais rien, j’y resterai toute ma vie », confie-t-elle. Son bonheur se situe à 30 minutes de route, dans la ville bourgeoise de Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, où elle s’occupe des enfants d’une famille aisée. Une rencontre dont elle se nourrit pour s’enrichir, émotionnellement et culturellement, car son ambition est (beaucoup) plus grande.
Direction Aspen grâce… aux Feux de l’amour
Le rêve ultime, ce sont les Etats-Unis. Pour avoir une chance de le toucher du bout des doigts, la jeune femme décide d’affiner certaines compétences, dont l’anglais. Après Saint-Germain-en-Laye, direction Londres, où elle devient jeune fille au pair. Elle y apprend les rudiments de la langue, avant de gagner… la carte verte à la loterie américaine en 2001. A force de travail et de persévérance, associés à une petite dose de chance, le rêve devient réalité. C’est à ce moment que « [s] a vie professionnelle débute vraiment ».
« J'ai toujours idéalisé Aspen mais je ne pensais pas y faire ma vie. Je réalise que c’est Aspen qui m’a choisie. Et finalement, c'est encore mieux qu'à la télé »
Dès 2002, la cheffe fait ses armes dans la restauration cinq étoiles dans le Maine. Impossible toutefois d’y travailler toute l’année, les hivers y sont rudes. Son patron lui demande où elle souhaite passer ses étés. La réponse fuse : « Aspen, dans le Colorado ». Une destination originale qui lui vient d’une passion pour le feuilleton Les Feux de l’Amour. Alors qu’elle vit à Saint-Germain-en-Laye, Mawa McQueen visionne un épisode dans lequel Victor Newman emmène sa dernière conquête dans la station huppée. C’est la révélation. « C’était magique, j’en suis tombée amoureuse ».
Talent, résilience et discipline, le tiercé gagnant
Qui aurait choisi Aspen, plutôt que New York ? Au-delà du programme télévisé, l’objectif était, là encore, d’approcher l’élite, des gens qui ne lui ressemblaient pas. « J’étais obligée de me fondre, et d’apprendre, parce que je voulais réussir et devenir riche. A Aspen, j’étais avec des millionnaires et des milliardaires, c’était le meilleur moyen », déclare la self-made-woman. Quatre ans plus tard, elle fonde sa première société, un service de chef privé à Aspen qu’elle étend aux jets privés.
En 2015, elle ouvre son premier restaurant, Mawa’s Kitchen, recommandé par le Guide Michelin. Dix ans et cinq autres ouvertures plus tard, elle fait le buzz avec sa « Bougie crêpe » (« crêpe de bourge », en français) fourrée au saumon et au caviar. Une spécialité vendue 180 dollars (environ 150 euros), une broutille pour les habitués de la station. Mawa McQueen est aujourd’hui une cheffe influente et médiatisée, mais ces réussites n’en sont pas moins le résultat de plusieurs échecs. « Les périodes difficiles m’ont façonnée. J’ai parfois perdu beaucoup d’argent, mais je rêvais assez grand pour ne pas abandonner. Les Etats-Unis m’ont appris à être une battante, à ne pas accepter l’échec », confie-t-elle.
De l’importance de la transmission
C’est ce qu’elle souhaite transmettre aux nouvelles générations, via des séminaires ou son livre Une ambition sans limite. Celle qui a elle-même été influencée par des personnalités, d’Oprah Winfrey à Daniel Boulud, veut montrer la voie. Aux plus jeunes, elle conseille de « chercher et identifier [leur] talent », et de cultiver résilience et discipline. « Au lieu de courir après vos rêves, courez après votre talent. »
Non seulement Mawa McQueen côtoie aujourd’hui les sommets, mais elle a aussi ouvert une brèche. « La prochaine personne noire qui ira à Aspen va réussir plus facilement car je suis passée par là », explique-t-elle. Et de conclure : « quand on parle de la banlieue, je ne veux plus qu’il y ait des exceptions qui réussissent mais que ce soit la norme ».



















