Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Quatre conseils pour éviter les pièges des foires aux vins

Foires aux vins : Comment dénicher les bonnes affaires et éviter les mauvaises ?

PETIT CAVISTELe sommelier indépendant Emmanuel Delmas livre ses conseils pour éviter aux néophytes de se perdre dans la jungle des foires aux vins
Stéphane Leblanc

Stéphane Leblanc

L'essentiel

  • Septembre, c’est le mois des foires aux vins dans la plupart des grandes surfaces, l’occasion pour les vignerons d’écouler leurs invendus à bon prix ou de se faire remarquer en proposant quelques pépites à un large public.
  • Les foires aux vins offrent la possibilité pour les non-initiés de se procurer des vins parfois intéressants, à condition d’avoir bien préparé sa visite.
  • Le but est de se faire plaisir (avec modération), plus que de penser faire des affaires en achetant des vins tout juste corrects à bon prix.

Les habitués le savent : le meilleur côtoie souvent le pire dans les foires aux vins, même si le pire est devenu rare avec les progrès de la vigne. Le meilleur, c’est quelques bouteilles exceptionnelles, pas forcément les plus coûteuses, glissées au milieu de centaines d’autres, de qualité correcte sans plus. Comment s’y retrouver ? Comment faire une bonne affaire alors que son budget impose des choix ? En repérant déjà dénicher des vins à son goût… « C’est la seule préoccupation que vous devez avoir », prévient Emmanuel Delmas, ancien sommelier d’établissements prestigieux (Guy Savoy, la Tour d’argent, Ducasse au Plaza Athénée…) devenu blogueur de référence, récompensé notamment par le Wine Blog Trophy du Meilleur blog de France sur le vin en 2010.

1. Une foire aux vins, ça se prépare

Emmanuel Delmas ne cesse de le répéter sur son « Blog du sommelier » : la principale erreur, c’est de se rendre en grande surface la fleur au fusil. « Submergé de propositions, vous ne saurez pas où donner de la tête et vous risquez d’acheter n’importe quoi », prévient notre expert. Préparer sa foire aux vins, ça veut dire consulter les catalogues sur le sites des enseignes, repérer les vins qui vous tentent, faire des listes, en ajoutant, en retranchant, en fonction de votre budget. A ce sujet, évitez les écarts trop flagrants avec les prix habituels du marché, que vous vérifierez sur Google. « Un vin à moins de cinq euros qui ne paie pas le vigneron, ce n’est pas normal ou c’est que le vin a un défaut », assure Emmanuel Delmas. Un prix trop élevé, « ce n’est plus une affaire », sauf si c’est ce vin-là que vous tenez absolument à servir à vos invités. Pour que votre achat se révèle utile, le sommelier suggère de « se projeter au moment où ces bouteilles seront bues : à quelle occasion ? Dans combien de temps ? Sur quel type de plat ? » Si vous achetez un blanc liquoreux que vous n’ouvrirez pas ou un vin de garde alors que vous n’avez pas de cave, votre bonne affaire n’en sera pas une.

2. Méfiez-vous des promos en tête de gondole

En premier lieu, Emmanuel Delmas suggère de ne pas donner trop d’importance aux bouteilles mises en avant sur les affiches des foires aux vins ou en tête de gondole dans les rayons : « Ce sont souvent des étiquettes connues, des valeurs sûres comme un Médoc, un Chateau Rollan de By par exemple. Ce ne sera pas une découverte, mais à 15 ou 18 euros, un prix cohérent, vous ne serez pas déçu. Là où c’est plus compliqué, c’est pour les vins moins connus. » Méfiez-vous des vins « recommandés par l’enseigne » par des collerettes qui vont vous inciter à les acheter. Les grandes surfaces sont des professionnels de la vente, rappelle Emmanuel Delmas. Ce qu’ils tentent de mettre en avant n’est jamais le fruit du hasard, et pas forcément un gage de qualité. « Dans le meilleur des cas, estime-t-il, c’est pour faire plaisir au vigneron qui a accepté de céder une partie de sa récolte à l’enseigne contre ce coup de projecteur bienvenu. » En revanche, on évitera les promotions « 1 bouteille achetée, 1 bouteille offerte ». Ceux qui acceptent ce type de promotion sont des vignerons qui, la plupart du temps « n’ont pas réussi à écouler leurs stocks ». A moins de bien connaître ces vins et de les apprécier en temps normal, mieux vaut s’abstenir.

3. Méfiez-vous des médailles

« Les médailles sont apparues pour compenser l’absence de conseil dans les rayons de la grande distribution, regrette Emmanuel Delmas. En décrocher une, c’est important pour les vignerons qui ont du mal à sortir du lot, ceux qui présentent de gros volumes qu’ils ont du mal à écouler. » Mais le sommelier ne se lasse pas de rappeler les revers de ces médailles : « 30 % des vins soumis à un concours sont récompensés », de très nombreux jurés « ne sont pas des professionnels, mais des amateurs occasionnels qui ont tendance à primer les vins les plus flatteurs » et la participation n’étant pas gratuite, « le vigneron aura tendance à répercuter cette dépense sur son prix de vente ». Emmanuel Delmas relève malgré tout quelques rares médailles crédibles (concours Mondial de Bruxelles, concours Amphore) et nuance son avis pour les vins d’appellations méconnues qui « n’ont parfois pas d’autres solutions » pour être repérés. Enfin, notre sommelier se méfie des notes qui ne veulent pas dire grand-chose. « Comment comparer un vin à 8 euros et un autre à 16 euros quand les deux sont notés 14/20 ?, demande Emmanuel Delmas. C’est une note qui se réfère à une appellation, plus ou moins prestigieuse, ou c’est la note de ce que vaut le vin dans l’absolu ? » Si ce n’est pas clair pour notre sommelier, comment le consommateur pourrait-il s’y retrouver.

4. Laissez-vous tenter par une dégustation (avec modération)

Dans l’idéal, privilégiez les vins que vous connaissez. Ou laissez-vous tenter par une dégustation. Les enseignes tentent de se créer un réseau avec des vignerons dont on retrouve parfois les vins d’une année à l’autre. Si vous avez déjà dégusté et apprécié ces vins par le passé, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas encore le cas cette année. Evitez les millésimes trop anciens. « Les grandes surfaces n’ont généralement pas de lieu de stockage, vous risquez de tomber sur des vins mal conservés. » Ce conseil est surtout vrai pour les vins blancs réputés plus fragiles. Face à un vin inconnu, privilégiez ceux que vous pouvez déguster sur place. A condition que la dégustation se fasse à la bonne température, ce qui arrive parfois, mais qui reste rare en grande surface. « Si vous êtes tenté par des vins que vous ne connaissez pas, mettez-vous à plusieurs, achetez chacun une bouteille que vous dégusterez le soir même entre amis, et retournez le lendemain acheter celles qui vous ont plu », conseille Emmanuel Delmas. Mais ne tardez pas, les clients sont nombreux sur le coup et les meilleures affaires disparaissent vite. Des vins qui ne bougent pas des rayons, après plusieurs jours d’exposition, ce n’est jamais bon signe.