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VITICULTUREL'heure de vérité dans le Bordelais après l'épidémie de mildiou

Vendanges dans le Bordelais : L’heure de vérité après les ravages du mildiou

VITICULTURELes vendanges démarrent doucement dans le Bordelais, vignoble qui vient de connaître une attaque de mildiou particulièrement virulente cet été
Pierre-Henri Cosyns, propriétaire du château Grand-Launay, une exploitation bio située en côtes de Bourg, montre les dégâts causés par le mildiou sur son exploitation.
Pierre-Henri Cosyns, propriétaire du château Grand-Launay, une exploitation bio située en côtes de Bourg, montre les dégâts causés par le mildiou sur son exploitation. - Mickaël Bosredon / 20 Minutes
Mickaël Bosredon

Mickaël Bosredon

L'essentiel

  • Les vendanges dans le Bordelais démarrent ces jours-ci pour les blancs, et d'ici à mi-septembre pour les rouges.
  • Difficile de quantifier l’impact qu’aura l’attaque de mildiou sur les volumes récoltés, en revanche il n’aura pas d’incidence sur la qualité, qui s’annonce au rendez-vous.
  • Le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic (EELV) est venu ce lundi visiter plusieurs exploitations, notamment des bios, pour « soutenir la filière et faire le point » avant une rencontre programmée avec Élisabeth Borne « dans quinze jours. »

Après un épisode de mildiou particulièrement virulent cet été, le vignoble bordelais va passer au révélateur des vendanges. Celles-ci ont démarré il y a quelques jours pour le crémant, qui ne représente qu’1 % du vignoble, et commencent à se lancer ces jours-ci pour les blancs.

Pierre-Henri Cosyns, propriétaire du château Grand-Launay, une exploitation bio située en côtes de Bourg, attendra de son côté « fin août » pour les blancs et « mi-septembre » pour les rouges. Egalement président des vignerons bio de Nouvelle-Aquitaine, Pierre-Henri Cosyns a reçu ce lundi la visite du maire de Bordeaux, Pierre Hurmic (EELV), qui a tenu à « sortir des frontières de Bordeaux » pour manifester sa « solidarité vis-à-vis de la filière viticole, après cet été désastreux. »

Pierre Hurmic et Pierre-Henri Cosyns, ce lundi dans le vignoble du château Grand-Launay, une exploitation bio en côtes de Bourg.
Pierre Hurmic et Pierre-Henri Cosyns, ce lundi dans le vignoble du château Grand-Launay, une exploitation bio en côtes de Bourg. - Mickaël Bosredon

Des signaux « au vert » pour la qualité du millésime 2023

Bernard Farges, vice-président du CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux) se dit « incapable » aujourd’hui de livrer le moindre pronostic sur les volumes qui seront vendangés, car certaines zones du vignoble ont été très touchées par le mildiou, détruisant parfois la quasi-totalité des vignes, quand d’autres ont été épargnées. « Il va falloir récolter pour voir les quantités. » Seule certitude : « il y aura un impact important sur l’ensemble des merlot, le cépage principal du vignoble bordelais avec 60.000 hectares sur 110.000 hectares de vigne. »

Sur la qualité, Bernard Farges s’avance davantage. « Ce que le mildiou a détruit n’aura pas d’impact sur la qualité, qui s’annonce au rendez-vous », soutient le vice-président du CIVB. Les « signaux » pour ce millésime 2023 sont en effet « au vert »  : « il y a eu de la pluie au 15 août, ce qui est formidable pour un viticulteur car c’est une phase où le raisin adore avoir de l’eau. » La canicule de ce début de semaine ne devrait pas avoir le temps de contrarier la progression des raisins, « qui vont bientôt bénéficier de températures plus fraîches, idéales pour leur maturité. »

« Les vignes abandonnées représentent un amplificateur de la maladie »

En bio depuis 2012 sur son exploitation de 28 hectares, composée à 95 % de rouge, Pierre-Henri Cosyns estime avoir été touché « de l’ordre de 10 à 15 % » par le mildiou, un « oomycète que l’on a longtemps classé comme champignon mais qui relèverait davantage du règne de l’algue. » « Nous avons été relativement épargnés parce que nous ne sommes pas le secteur géographique le plus contaminé par les friches, et parce que techniquement on maîtrise la chose depuis des années, avec du personnel très investi et réactif, y compris le dimanche » explique le vigneron.

Le domaine viticole Grand-Launay, en côtes de Bourg, estime que le mildiou, dont on voit les effets sur cette image, a touché "10 à 15 %" de l'exploitation.
Le domaine viticole Grand-Launay, en côtes de Bourg, estime que le mildiou, dont on voit les effets sur cette image, a touché "10 à 15 %" de l'exploitation. - Mickaël Bosredon

Le problème des parcelles de vignes abandonnées est actuellement au cœur des débats dans le vignoble bordelais, car il est une des causes de la virulence de l’épidémie de mildiou cette année. Pour faire face à la crise viticole, un plan d’arrachage de près de 10.000 hectares de vignes a été adopté au début de l’année. D’un montant de 57 millions d’euros, il sera financé par l’Etat et le CIVB. En attendant, nombre de ces parcelles ne sont plus exploitées et laissées à l’abandon.

« Ces vignes abandonnées représentent un amplificateur de la maladie », explique Bernard Farges. Pierre-Henri Cosyns, qui confirme avoir eu des parcelles « contaminées par des vignes abandonnées aux alentours », estime qu’en tant que viticulteur bio, « c’est rageant d’être pollué de façon non-volontaire, et même pas climatologique, alors qu’on essaye de protéger l’environnement en traitant le moins possible. »

« Mieux on connaît sa plante et plus on est capable de la protéger »

Les exploitations bios, « qui ont été multipliées par trois en dix ans dans le Bordelais, et représentent plus de 25 % du vignoble à ce jour », a rappelé Pierre Hurmic, sont-elles plus ou moins résistantes aux maladies ? « Quand on est bio, on a un peu plus de difficulté qu’en conventionnel pour se prémunir des maladies, mais on verra au moment de la récolte la réalité entre les vignerons bios et les non bios » estime Bernard Farges.

« Toutes les vignes sont concernées, remarque de son côté le président des vignerons bios. Ce n’est pas forcément telle ou telle méthode de culture qui est concernée, mais plutôt la résilience globale de l’exploitation, car le vigneron développe aussi des réflexes par rapport à cette maladie : mieux on connaît sa plante et plus on est capable de la protéger. » Et comme en bio, « nous n’avons que des traitements préventifs, nous sommes très familiers avec les maladies et capables de les prévenir très rapidement » soutient l’exploitant. Problème : « quand la maladie devient incontrôlable, nous sommes susceptibles de tout perdre » puisque « nous n'avons rien d'éradiquant. »

Face à l’ampleur de l’épidémie cette année, le viticulteur reconnaît toutefois que « l’on a dû effectuer plus de traitements [autorisés dans la viticulture bio] que d’ordinaire, avec de la bouillie bordelaise et en biocontrôle. »

Un dossier que Pierre Hurmic défendra devant Élisabeth Borne

Ce lundi, professionnels et élus ont reconnu de concert qu’il ne fallait pas « stigmatiser ces vignerons en bout de course et qui n’ont pas les moyens d’arracher [les vignes] à leurs frais », dixit Pierre-Henri Cosyns, mais « il ne faut pas laisser cette situation se propager » estime Pierre Hurmic. « L’Etat doit jouer son rôle en adoptant des mesures coercitives pour accélérer cet arrachage », poursuit le maire de Bordeaux, qui a annoncé qu’il aborderait le sujet lors de sa rencontre avec la Première ministre Élisabeth Borne « dans quinze jours. » Et, tout comme trois députés girondins l’ont déjà fait avant lui, il lui demandera également que « l’état de calamité agricole soit adopté, ce qui n’est pas acté à ce jour. »

Le vice-président du CIVB a salué l’initiative du maire de Bordeaux de « vouloir faire un point sur l’état du vignoble avant sa rencontre avec la Première ministre. » D’autant que les thématiques à aborder seront nombreuses, puisqu’il y a aussi « le sujet sur les taxes, que le gouvernement envisage sur l’alcool et les vins en particulier » rappelle Bernard Farges. « Cette taxation comportementale est quelque chose que l’on vit très mal, d’abord parce que ce n’est pas efficace, ensuite parce qu’elle intervient en pleine crise pour la filière. »

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