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VITICULTURELa marque Sud de France va disparaître des bouteilles de vin d’ici 2025

Pourquoi la marque Sud de France va disparaître des bouteilles de vin d’ici 2025

VITICULTUREL’Etat souhaite que la stricte réglementation, qui ne veut que les noms des AOP et des IGP sur les bouteilles, soit appliquée par les vignerons
La marque Sud de France est particulièrement forte à l'international, selon les professionnels.
La marque Sud de France est particulièrement forte à l'international, selon les professionnels. - N. Bonzom / Maxele Presse / Maxele Presse
Nicolas Bonzom

Nicolas Bonzom

L'essentiel

  • Les services de l’Etat ont indiqué aux vignerons d’Occitanie que la marque Sud de France devra disparaître des étiquettes de bouteilles de vin d’ici 2025.
  • Cette marque ne correspond pas à une AOP ou à une IGP. Il est donc impossible, selon la réglementation, d’apposer cette griffe sur les bouteilles, selon l’Etat.
  • Cette décision ne plaît pas du tout aux vignerons. Dans un communiqué commun, les syndicats et les fédérations viticoles ont fait part de leur « stupéfaction »

En Occitanie, aucun produit issu de l’agriculture locale, ou presque, n’échappe à la marque Sud de France. Depuis son lancement, en 2006, par la région Languedoc-Roussillon, les pots de miel, les paquets de biscuits, les fruits et les légumes et, surtout, les vins occitans, affichent fièrement son logo, aujourd’hui incontournable. Une manière d’identifier clairement leur provenance, en particulier sur le marché international, ultra-concurrentiel. Mais sur les bouteilles de pinard, Sud de France, c’est bientôt fini.

Cet été, le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a confirmé aux interprofessions viticoles d’Occitanie sa volonté de voir disparaître cette mention des étiquettes, d’ici la récolte 2025, la jugeant « non réglementaire ». Déjà, en 2022, alors que Sud de France était déjà dans le pif de l’Etat, les services de la préfecture d’Occitanie avait indiqué à 20 Minutes que « la réglementation européenne relative au secteur viticole réserve l’utilisation d’une mention géographique aux seules étiquettes des vins bénéficiant d’une AOP ou d’une IGP, dont le cahier des charges prévoit la référence spécifique à une unité géographique plus grande que celle de l’AOP ou de l’IGP ». Or, avait détaillé la préfecture, « la dénomination Sud de France ne correspond pas à une zone géographique au sens réglementaire (…) La marque Sud de France ne peut pas non plus être utilisée sur les étiquettes de vins sans indication géographique ». IGP Pays d’Hérault, IGP Saint-Guilhem-le-Désert ou AOP Fitou, c’est dans les clous. Sud de France, non.

« En Floride ou au Texas, l’IGP Hérault, personne ne sait où c’est ! »

Ainsi, pour que la stricte réglementation soit appliquée, l’Etat souhaite que d’ici deux ans, la marque ombrelle, que Georges Frêche, l’ex-président de la région Languedoc-Roussillon, avait créée, disparaisse des crus du coin. Et ça, ça ne plaît pas du tout aux vignerons. Dans un communiqué commun, les syndicats et les fédérations viticoles de la région ont fait part de leur « stupéfaction ». « Alors que nous entrons dans une crise terrible, dont on sait que l’issue, c’est l’export, que le gouvernement choisisse ce moment pour nous interdire de mettre Sud de France sur nos bouteilles de vin, il faut le faire, quand même ! », confie à 20 Minutes Denis Verdier, le président de la Fédération des vins IGP Sud de France. « En France, la chute de la consommation est considérable. Il nous faut aller, plus que jamais, à l’export, pour maintenir, voire pour développer la viticulture… Et c’est maintenant que le gouvernement se réveille pour nous dire "Vous ne pouvez plus utiliser la marque Sud de France" ! Le choix du tempo est sidérant. »

Car pour Denis Verdier, indiquer les IGP et les AOP sur les bouteilles de vin est essentiel, car ils démontrent le sérieux et la qualité du travail des vignerons. Mais ce n’est pas suffisant. « En Floride ou au Texas, l’IGP Hérault, personne ne sait où c’est ! », assure-t-il. « Si vous indiquez Sud de France sur les bouteilles, tout de suite, c’est plus clair. Ça parle plus. » « Depuis plus de seize ans, [la marque Sud de France] a fait ses preuves commercialement, en particulier à l’export, déplorent les vignerons, confirme Gilles Gally, le président du Syndicat des maisons de négoce du Languedoc. Cette bannière commune est très lisible et compréhensible pour les consommateurs du monde entier. »

« Une décision bureaucratique », s’emporte Carole Delga

Pourtant, assurent les professionnels du vin, des « solutions juridiques, expertisées par un cabinet », ont été présentées à l’Etat, pour que la griffe Sud de France ne disparaisse pas. Mais rien n’y a fait. « Le ministre de l’Agriculture et ses services savent pourtant trouver des solutions juridiques lorsqu’ils s’en donnent la peine », s’emportent les syndicats et les fédérations de vignerons. Carole Delga (PS), la présidente de la région Occitanie, déplore, elle aussi, cette volonté de l’Etat de dépouiller les vignerons de leur marque ombrelle chérie. C’est une « décision bureaucratique », qui « dénote le manque d’ambition du gouvernement en faveur du développement de la filière viticole, préférant aujourd’hui les mesures conjoncturelles aux ambitions stratégiques », s’inquiète l’élue occitane.

NOTRE DOSSIER SUR LE VIN

La région Occitanie entend désormais plancher, avec les professionnels du vin, sur « la création d’un nouvel identifiant puissant, pour soutenir la commercialisation des vins régionaux ». Un identifiant qui pourra, lui, bien être apposé sur les bouteilles, sans que l’Etat n’enquiquine la région et les vignerons. Après les vendanges, dans quelques semaines, une « réunion de concertation » doit toutefois avoir lieu, entre les services de l’Etat et les représentants de la filière viticole. Mais ces derniers craignent que, quoi qu’il en soit, le sort de la marque Sud de France sur les bouteilles de vin soit scellé.

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