Qui se cache derrière la création des activités et décors des parcs d’attraction ?
Totale immersion (2/5)•On a voulu en savoir plus sur ces hommes et femmes qui nous exfiltrent de la réalité le temps de quelques loopingsClaire Frayssinet
L'essentiel
- «Immersif » par-ci, « immersif » par-là, depuis quelques années, ce concept est mis à toutes les sauces, que ce soit pour des divertissements, des loisirs, mais aussi des expériences de la vie quotidienne ou professionnelle.
- Cet été, 20 Minutes essaye de percer les secrets du tout immersif qui a envahi nos vies à travers une série d’articles.
- Aujourd’hui, nous allons aux sources de l’immersif, dans les parcs d’attractions, où est né le concept.
Si l’expression « expérience immersive » est employée aujourd’hui à toutes les sauces pour parler aussi bien d’une expo que d’un restaurant, elle est pourtant à l’origine d’une activité née il y a plusieurs décennies, celle des parcs à thèmes et d’attractions. On a donc voulu en savoir plus sur ceux qui, d’une certaine manière, sont les pionniers du concept en imaginant des mondes imaginaires dans lesquels chacun peut se prendre pour un pirate des Caraïbes ou un explorateur d’exoplanètes.
« S’il existait une formule magique pour créer une expérience ça se saurait ! Quand on raconte une histoire en trois dimensions, on doit prendre en compte les personnages, l’atmosphère et les émotions qu’on souhaite transmettre et qui sont différents à chaque fois. Il ne s’agit pas de juste proposer de jolis décors » nous explique Laurent Cayuela. Ce concepteur-écrivain travaille depuis 1999 au sein de la Walt Disney Imagineering, la filiale du groupe Disney consacrée plus particulièrement à la conception des parcs à thèmes. Son métier ? « Raconter des histoires dans lesquels chacun joue un rôle, comme s’il était un personnage dans un film » explique-t-il. Mais comment trouver l’inspiration ? Et comment donner vie à une histoire ? « On a plusieurs façons d’entamer le processus créatif, explique Laurent Cayuela, très souvent, on travaille en bluesky, c’est-à-dire qu’on part d’une page blanche. Au sein de l’équipe, on brainstorme sans contrainte sur l’histoire et l’univers qu’on aimerait développer. Et le jour où une commande de la direction du parc arrive, on ressort les idées en y intégrant les contraintes et en proposant 2 ou 3 concepts sur la même idée. Par exemple, un concept sur le lieu et un autre centré sur les personnages… On s’éloigne du film original pour y intégrer la notion d’interactivité ». Ce fut par exemple le cas avec l’attraction Ratatouille puisque son équipe travaillait sur cet univers depuis 2007. Le jour où la direction du parc a « passé commande » d’une attraction familiale avec un restaurant et une boutique, hop, il suffisait de sortir des cartons les brainstorms et de les adapter avec les nouvelles contraintes pour la faire sortir de terre en 2014.
La multiplication des nouvelles technologies est-elle aussi une source d’inspiration pour ces créateurs ? « Pas vraiment, nous répond Laurent Cayuela, à Disneyland la technologie est toujours au service de l’histoire et on n’imagine pas une attraction en fonction de la technologie dont on dispose ». Une approche un peu différente du parc français Futuroscope situé à quelques kilomètres de Poitiers depuis 1987. « Pour l’attraction Chasseurs de tornades, on l’a imaginé autour d’un dispositif de plateforme circulaire qui tourne mais dont on ne savait pas trop quoi faire » nous explique Olivier Héral, directeur de création au Futuroscope. Le dispositif collait parfaitement à l’invention d’une attraction autour des catastrophes naturelles en y ajoutant des images sur de grands écrans.
La technologie au service d’une histoire
Lui aussi a pour métier d’imaginer des attractions et des univers immersifs avec des moyens bien différents que ceux de Disneyland Paris. Quand ce sont 150 imagineers (créatifs, ingénieurs…) qui œuvrent pour Mickey, ils ne sont qu’une équipe de 6 personnes composée de designers, scénographe ou encore d’un concepteur rédacteur au Futuroscope. Olivier Héral a donc l’obligation d’identifier et de coordonner les prestataires externes dont l’expertise permettra de concrétiser les projets. C’est par exemple le cas avec l’Aquascope, le nouvel univers aquatique ouvert mi-juillet à côté du parc historique. « On a travaillé avec une société canadienne, Moment Factory, qui maîtrise parfaitement la technologie. Car c’était un vrai défi que de mixer le numérique et l’aquatique pour des raisons de sécurité mais aussi les problèmes de rouille à cause du chlore ou encore la gestion de technologies sensibles à l’hydrométrie » explique Olivier Héral. Mais au final, grâce à la création de deux espaces bien séparés par d’immenses vitres, le visiteur en maillot de bain peut suivre en toute sécurité le kraki, une pieuvre extraterrestre venue d’une exoplanète…
Au Parc Disneyland Paris, on préfère mettre en avant la « technologie invisible » nous précise Laurent Ceyuela, « c’est-à-dire qu’on doit intégrer les nouvelles technologies pour des raisons écologiques ou de maintenance tout en conservant la même qualité d’expérience. Un adulte qui est venu à Disneyland il y a vingt-cinq ans, aura forcément des souvenirs qu’il voudra partager avec ses enfants ! Il ne faut donc pas le décevoir ! Par exemple, même si l’éclairage par LED est devenu la norme, on doit faire en sorte qu’il soit identique à la lumière diffusée depuis la création d’une attraction ». Que ce soit au Futuroscope ou à Disneyland, les attractions se veulent génératrices de souvenirs entre amis ou en famille, excluant presque d’office la réalité virtuelle qui propose une expérience plus solitaire.
En fin de compte, même si la technologie permet de concrétiser de plus en plus d’expériences immersives, les créateurs d’attraction se considèrent surtout comme des « artisans de l’imaginaire ». Et leurs formations initiales variées, école d’Art déco pour Olivier Héral et étude d’anglais pour Laurent Cayuela, laissent l’opportunité aux jeunes visiteurs d’imaginer, eux aussi un jour, être à l’origine d’un nouveau monde pour faire rêver petits et grands pendant quelques heures.



















