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Comment le Rwanda, pays le plus vert d’Afrique, se protège du tourisme de masse
Voyage•Respectueux de la faune et de la flore, le Rwanda avec ses gorilles et ses volcans, attire les voyageurs en quête d’expérience écoresponsable20 Minutes avec agences
Le pays des gorilles séduit les vacanciers en quête de nature. En 2019, 1,7 million de touristes ont visité le Rwanda, petit pays de 12 millions d’habitants. La ligne directe entre Paris et la capitale Kigali, ouverte en juin dernier, invite désormais à se rendre facilement dans cette région la plus verte d’Afrique. Entre les volcans, les gorilles et les paysages à couper de souffle, voilà une destination qui ne manquera pas d’attirer les voyageurs. Toutefois, le Rwanda ne souhaite pas adopter le tourisme de masse, préférant rester un pays respectueux de sa faune et de sa flore.
Frédéric Savoyen, directeur d’Elux Groupe, une agence de voyages spécialisée dans les séjours haut de gamme et qui a inscrit le Rwanda à sa carte dès 2015, dévoile tout ce qu’il faut savoir sur cette destination écoresponsable.
Peut-on considérer le Rwanda comme une future destination du continent africain aussi incontournable que le Kenya ou l’Afrique du Sud ?
Le Rwanda est déjà une destination tendance. Chez Eluxtravel, c’est notre quatrième destination africaine, après la Tanzanie, l’Afrique du Sud et le Kenya. Mais, c’est vrai que cette liaison directe entre Paris et Kigali ne fait qu’accentuer une demande. Elle était assez forte avant la crise sanitaire. En 2019, la tendance a vraiment progressé. Cette année-là, Emmanuel Macron s’y est rendu et a rencontré les autorités rwandaises. Le pays a également communiqué autour de sa destination à partir de cette période. Le ministère du Tourisme rwandais a investi massivement, notamment dans le football.
Quels sont les arguments qui peuvent expliquer ce nouvel attrait pour le Rwanda ?
C’est un pays qui a trouvé une vraie stabilité politique. Et puis, c’est aussi un pays très propre. On l’appelle même la Suisse d’Afrique. Quand vous arrivez à Kigali, c’est vraiment impressionnant de ne voir aucun papier par terre. Dans la rue, tout le monde respecte les feux rouges et les cyclistes portent tous des casques. On est loin de ce qu’on connaît en Afrique de l’Ouest.
Quel type d’expérience les visiteurs viennent-ils chercher au Rwanda ?
Dans 80 % des cas, c’est la nature. C’est un pays magique en raison de l’immense diversité de paysages qu’il présente, entre le parc des volcans dans le Nord et le lac Kivu, ou encore le parc national de l’Akagera, à la frontière avec la Tanzanie, qui se repeuple des fameux « big five » (terme que l’on désigne dans les safaris pour indiquer la recherche du lion, de l’éléphant, le buffle d’Afrique, le léopard et le rhinocéros noir). La première raison de se rendre au Rwanda, ce sont les gorilles. L’expérience est coûteuse. Il faut compter environ 1.500 dollars par personne. On part dans la forêt avec un groupe limité à sept personnes et accompagné d’un guide pour approcher au plus près une famille de gorilles. C’est une excursion que les Rwandais organisent de façon très respectueuse de l’environnement et des animaux. Le prix est élevé pour cette raison. Ils investissent beaucoup pour assurer la préservation de la faune.
D’autres démarches sont-elles entreprises pour la mise en place d’un tourisme responsable, notamment dans le secteur hôtelier ?
Sachez que le Rwanda est le pays le plus vert d’Afrique. C’est le premier à avoir banni le plastique à usage unique. L’écoresponsabilité est un maître-mot dans tous les hôtels. Il faut savoir que le Rwanda dispose de ressources. On ne manque pas d’eau par exemple. Et les Rwandais savent les préserver. On enseigne d’ailleurs à l’école le respect de la Terre, de la faune et la flore. En matière de communication, ce n’est pas ce qu’ils mettent le plus en avant parce que cette idée de préserver la nature est profondément ancrée dans leur mode de fonctionnement. La quantité d’autorisations de construction de lodges et d’hôtels est très faible. Les permis sont plutôt accordés à des projets très premium.
C’est une destination qui ne s’ouvre donc pas à toutes les bourses…
Le Rwanda concerne un tourisme anti-masse et assez élitiste. Avec l’ouverture de cette ligne directe Paris-Kigali, les autorités recherchent davantage une croissance responsable.
Quel est le budget à prévoir pour visiter le Rwanda ?
Un voyage qui comprend l’expérience avec les gorilles ainsi que les vols impose de consacrer entre 8.000 et 10.000 euros par personne, si on table sur un séjour d’une dizaine de jours.
Quelles sont les nationalités qui visitent déjà le pays et celles qu’il attend ?
Les Américains représentent un marché important. Le Rwanda s’est fait connaître auprès de la population américaine à travers les actions de primatologues (l’Américaine Dian Fossey est connue pour avoir étudié les gorilles au Rwanda, son autobiographie a été portée à l’écran sous le titre « Gorilles dans la brume » en 1988, N.D.L.R.). Par ailleurs, la présence de touristes français est appuyée. L’entente franco rwandaise est réelle désormais. C’est vrai que le Rwanda avait fermé ses frontières aux voyageurs tricolores. Ce n’est pas pour rien si une ligne directe a été créée entre Paris et Kigali. On se remet à enseigner la langue de Molière dans les écoles. Les voyageurs français constituent un marché important pour toute cette zone en Afrique. Quand on a voyagé en Tanzanie, qui constitue la première destination d’Afrique de l’Est, on a envie de poursuivre l’exploration au Rwanda. Durant la Covid-19, la Tanzanie a été très peu restrictive sur les conditions d’entrée et cela lui a permis de mieux se faire connaître.
Quelles sont les autres destinations africaines que l’on découvrira au cours des prochaines années ?
Il y a la Zambie, qui se développe énormément, tout comme le Zimbabwe. Ce sont les destinations majeures en plein développement d’Afrique australe. Elles prennent la suite de l’Afrique du Sud, du Botswana et de la Namibie. Citons aussi le voisin du Rwanda, l’Ouganda. Le pays travaille aussi sur son ouverture au tourisme, même si c’est plus compliqué en raison de lois sectaires mises en place (une loi anti LGBT+ a été promulguée en mai dernier, N.D.L.R.). Pour séduire les visiteurs du monde occidental, c’est difficile. En revanche, il y a un tourisme régional qui se développe. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, les Africains voyagent beaucoup. Cela concerne une tranche de la population de chaque pays qui dispose d’un pouvoir d’achat de plus en plus conséquent.
Dans quels pays les Africains choisissent-ils de voyager quand ils restent sur le continent ?
Généralement, ils vont dans un pays limitrophe aux leurs. C’est le même phénomène qui a concerné les Européens il y a cinquante ans quand ils se rendaient en Espagne ou en Italie. Un Sud-Africain visite le Botswana, un Zimbabwéen se rend en Zambie, etc.
Nombre des destinations africaines que l’on a évoqué proposent des expériences nature. A long terme, l’Afrique n’a-t-elle pas une sérieuse carte à jouer dans l’échiquier touristique en axant son message autour d’un tourisme plus respectueux de l’environnement ?
Le continent joue déjà cette carte en proposant de sérieux projets écologiques. Il faut tout de même nuancer le propos en rappelant l’existence de certains qui sont décriés, comme celui du barrage Julius Nyerere en Tanzanie. Les enjeux sont économiques et structurels. C’est un continent qui doit faire face à de nombreux défis. De mon point de vue, il y arrive avec cohérence et vision.



















