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« Ça stimule la créativité » : Les adeptes de l’escalade urbaine font le mur pour sortir des salles de grimpe
Tout terrain•Alors que l’escalade en salle devient de plus en plus populaire, une nouvelle façon de pratiquer ce sport voit le jour : l’escalade urbaineVictoria Berne
L'essentiel
- L’escalade urbaine gagne en popularité, permettant aux grimpeurs de sortir des salles traditionnelles et de pratiquer leur sport dans la ville, transformant les murs et façades en terrains de jeu accessibles et gratuits.
- Cette discipline requiert des précautions de sécurité et un respect de l’environnement urbain.
- L’escalade urbaine offre une nouvelle façon de vivre la ville et de pratiquer ce sport.
L’escalade, quand on vit en ville, doit-elle forcément se cantonner aux salles d’entraînement ? Et si les façades que l’on admire en passant, les murs que l’on frôle chaque jour sans y prêter attention, devenaient autre chose qu’un simple décor ? Et s’ils se transformaient en terrains de jeu, en espaces d’expression physique et collective ?
C’est le pari que relèvent aujourd’hui de plus en plus de grimpeurs, bien décidés à faire sortir l’escalade de ses cadres, au sens propre comme au figuré.
L’appel du mur
Pour Naïlé Meignan, 21 ans, grimpeuse de haut niveau et championne de la Coupe du monde de bloc il y a moins d’un mois, l’escalade urbaine est avant tout une affaire de sensations : « Comparé à l’escalade en salle, dehors on se sent beaucoup plus connecté aux éléments extérieurs. Il y a beaucoup plus de sens en éveil. Je trouve ça sympa. »
Même si la spécialité de Nils Favre, , est plus éloignée de l’escalade urbaine, il confesse : « C’est une pratique fun, marrante, et on se prend vite au jeu. Ça stimule la créativité : tu te balades, tu vois un mur, et tu te dis tiens, je pourrais passer par là ». Pour les deux athlètes de la team Millet, cette pratique dépasse le simple défi physique : elle devient une manière ludique et sensorielle d’interagir avec l’environnement urbain.
Escalade démocratique et urbaine
Pierre-Gaël Pasquiou, cofondateur de Vertige Média, y voit une manière de réenchanter la ville : « C’est comme la salle d’escalade, mais inclusive, parce que c’est gratuit. Il suffit de venir avec un crash pad et des chaussons, et c’est parti. »
C’est cette accessibilité qui séduit une nouvelle génération de grimpeurs. Et c’est exactement ce qui a poussé Sébastien, fondateur du collectif Paris is a climbing spot, à créer une communauté pendant la période de confinement : « Les salles étaient fermées. Avec quelques amis, on s’est retrouvés dehors pour continuer à pratiquer notre sport. »
Aujourd’hui, Paris is a climbing spot répertorie les lieux sur une carte interactive accessible en ligne, avec l’ambition de publier bientôt un topo papier, pour tous les niveaux. Il organise aussi des sessions pour les passionnés et les curieux. « Une fois, sur les quais de Seine, j’ai eu dix nouvelles personnes qui sont venues d’un coup, simplement après avoir vu nos posts sur Instagram », témoigne-t-il.
Chaque nouveau spot est inspecté par ses soins avant d’être proposé à la communauté : « Je ne référence aucun lieu sans l’avoir analysé pour vérifier s’il est réellement grimpable, sûr, et adapté. »
Mais attention, ça ne grimpe pas tout seul
Derrière une pratique proche du jeu, l’escalade urbaine reste une discipline exigeante, où la sécurité est reine. « Le plus important, c’est de ne pas se faire mal ou se faire peur. Il faut bien se renseigner sur le site, venir avec des amis, et avoir un crash pad. Même si on ne grimpe pas très haut, il faut amortir les chutes », insiste Naïlé.
Nils, lui, ajoute : « Ce que je conseille aux débutants ? De prendre le temps. De regarder où on met chaque doigt, chaque pied. L’escalade, ce n’est pas que tirer sur ses bras, c’est de la précision, presque de la méditation ». Pierre-Gaël rappelle aussi que grimper ne veut pas forcément dire prendre de la hauteur : « Ce qui est super intéressant, c’est de faire des traversées, à 50 cm du sol, mais juste en se promenant sur le mur. »
Qu’en est-il de la légalité de la pratique ? : « Il n’y a pas de loi qui interdit l’escalade en soi. Ce qui est interdit, c’est de dégrader le mobilier urbain. On est dans un flou juridique, comme pour la slackline ou le skate. Ça dépend du civisme des gens. » explique Sébastien. « Nous, on a un code éthique. On ne grimpe pas sur les monuments historiques, les lieux de culte ou les œuvres artistiques. Il faut des endroits calmes, avec de l’espace. Le mot-clé, c’est le respect. »
Un sport d’été qui change le regard
Alors que les salles d’escalade ne désemplissent pas, grimper dehors a ses avantages : « On est à l’air, on discute facilement avec les passants, les autres grimpeurs… Et il y a un côté un peu enfantin aussi à grimper des murs. On retrouve le plaisir brut de l’aventure », sourit Pierre-Gaël.
Pour Sébastien, « l'escalade urbaine c'est aussi une façon de prendre du recul face à une commercialisation et la marchandisation galopante de l'escalade. C'est en peu un retour au source ». Et si ce plaisir innocent venait redonner du souffle à nos étés urbains ? Une autre manière de s’approprier l’espace public, de se reconnecter à son corps… et de réinventer la ville comme terrain de jeu.



















