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STOMP, le spectacle qui prouve que la musique est vraiment partout
tape dans tes mains

En représentation à Paris, STOMP transforme les objets du quotidien en symphonie

Jusqu’au 18 janvier, STOMP investit la Cigale avec un spectacle où le corps et les objets du quotidien deviennent musique. Une performance physique et collective qui fait vibrer le public
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • STOMP est un spectacle unique créé au début des années 1990 par Luke Cresswell et Steve McNicholas, qui transforme le quotidien en musique en utilisant des objets banals comme des balais, poubelles ou briquets, et a déjà séduit plus de 15 millions de spectateurs à travers le monde.
  • Les huit artistes sur scène impressionnent par leur précision collective où le corps est le premier instrument.
  • Sans prononcer un mot, STOMP crée un langage universel mêlant musique, danse, acrobaties et humour anglais, et interagit directement avec le public.

Depuis le 9 décembre, la Cigale vit au rythme d’un spectacle pas comme les autres : STOMP. Sur scène, la compagnie offre une expérience physique et sensorielle. Pendant près d’une heure et demie, huit artistes transforment le banal en musique. Le public en ressort euphorique.

Depuis sa création, STOMP a déjà séduit plus de 15 millions de spectateurs à travers le monde, s’imposant comme un phénomène scénique international. La clé de ce succès est une idée simple, mais quelque peu radicale : faire de la musique avec ce qui nous entoure. Balais, poubelles, briquets ou encore évier (il n’a jamais été aussi fun de faire la vaisselle). Avec STOMP, le quotidien devient un terrain d’expression rythmique.

Une claque visuelle : le corps comme premier instrument

Sur scène ce soir-là : Phil Batchelor, Rob Shaw, Jose Filgueira, Sean Penham, Rhys Shone, Sarah Golding, Molly Wallace et Joshua Cruz. Une troupe soudée, mais mouvante : les rôles changent selon les soirs, certains stompers sont au repos à chaque représentation. Une mécanique vivante, jamais figée. Et dès les premières minutes, les artistes impressionnent par la précision et la force du collectif. Tout est en rythme : pieds, mains, mouvements, regards… Et la musique naît de ces gestes chorégraphiés.

« Je pense que le corps est le premier instrument », explique Phil Batchelor. « Même enfant, tout le monde tape sur les choses. Les bébés tapent partout parce que ça fait du bruit. On le fait tous… sauf que nous, on n’a jamais arrêté ». Car avec ce spectacle, chaque partie du corps devient une surface sonore, chaque geste produit une note. Mais les objets du quotidien prennent aussi toute leur part au spectacle, comme le numéro du briquet. « C’est le seul moment où on voit littéralement le rythme », confie Phil. « Avec la lumière, tu vois d’où il vient et où il va. C’est très visuel ». Une respiration poétique au milieu de la tempête rythmique.

STOMP
STOMP - Steve McNicholas

STOMP, toute une histoire

STOMP naît au début des années 1990 de l’imagination de Luke Cresswell et Steve McNicholas, alors artistes de rue entre Brighton et Londres. « À l’origine, c’étaient des musiciens ambulants », raconte Sean Penham, membre du groupe. Le tout premier numéro reposé déjà sur un objet du quotidien : « Je suis presque sûr que le premier numéro qu’ils ont créé était celui des balais, et il est encore très proche de ce qu’on fait aujourd’hui. »

Repérés par un producteur, les créateurs développent un spectacle complet avant de partir en tournée mondiale. « Je pense qu’ils se disaient au départ : "Ce sera sympa à faire pendant un an." », explique Sean Penham. Trente ans plus tard, le succès est toujours au rendez-vous et les représentations mondiales se succèdent. « Le succès a dépassé tout ce qu’ils avaient pu imaginer », résume Phil Batchelor, convaincu que le public continue d’aimer le spectacle qui malgré les évolutions, reste fidèle à son origine.

La STOMP Academy

Ne devient pas Stomper qui veut… Car derrière cette fluidité apparente se cache une discipline implacable. Pour intégrer STOMP, les artistes passent par une formation intensive. « Après l’audition, on signe un contrat de formation », raconte Sean Penham. « Pour moi, c’était six semaines. On était une douzaine dans un entrepôt en Angleterre, à apprendre le spectacle tous les jours ». Recruté aux États-Unis, il se souvient : « On s’entraînait directement au théâtre. On répétait toute la journée, puis on regardait le spectacle le soir. Je pensais connaître beaucoup du show… En réalité, je connaissais peut-être vingt-cinq secondes d’un spectacle qui dure une heure quarante-cinq. C’était très, très flippant. »

Mais avec le temps, le corps apprend et mémorise (merci la mémoire musculaire). « Après le Covid, je me demandais si je pourrais encore le refaire », confie Phil. « Puis on a compté les temps, et c’est revenu tout seul ». Car s’ils sont musiciens, la partie physique de ce spectacle impressionne. « On devient vraiment "stomp-fit" », explique Sean. « Tu peux courir, faire du HIIT… mais t’attacher un évier au corps ou te battre avec quelqu’un avec un poteau, c’est autre chose. »

Un langage universel : humour et absence de frontières

Pas un mot n’est prononcé sur scène, pourtant le langage est universel. Si c’est un spectacle de musique, avec de la danse et des acrobaties, l’humour (très anglais) n’est pas en reste. « L’humour anglais est assez sec », explique Phil. « Beaucoup de “je suis meilleur que toi”, de compétitions absurdes. »

STOMP
STOMP - Steve McNicholas

Mais STOMP s’adapte. « Aux États-Unis, les personnages sont plus grands, plus expressifs », raconte Sean. « Le public est très “Disney”. » Au Japon, à l’inverse, la réaction est plus contenue. « Ils adorent, mais ils n’applaudissent pas fort », précise Phil. « Il faut leur faire comprendre que c’est ok de faire du bruit ». Et dans ce show, l’interaction avec le public est essentielle. « La plupart des spectacles ont un écran invisible entre la scène et la salle. Nous, on casse ça ». Phil résume : « On brise très vite le quatrième mur, et on le laisse ouvert. »

Cette universalité va même plus loin. « Il n’y a pas de barrière de langue », raconte Sean. « On a même joué pour des enfants sourds. Ils posaient leurs mains sur la scène pour sentir les vibrations ».

Un spectacle à vivre

« Même quand je ne joue pas dedans lors de certaines représentations, je viens le voir et je me dis : "C’est vraiment cool" ». Sur scène, les artistes ne sont ni seulement musiciens, ni danseurs, ni comédiens. « On a créé un nouveau genre », conclut Phil : « Je suis un stomper. »

Hier soir à la Cigale, le public lui aussi l’est devenu le cours d’un instant : en tapant dans leur main au rythme imposé par les artistes, mais aussi en riant et vibrant à ce spectacle. La musique est partout, et STOMP nous le prouve. Les artistes sont en représentation jusqu’au 18 janvier à la Cigale, à Paris.