Ino Casablanca, la sincérité comme ligne de sa musique : « J’aimerais que les gens voient mes intentions »
Ino Casablanca s’impose comme l’un des artistes émergents à suivre. À l’occasion de ses dates parisiennes complètes, il revient sur son parcoursVictoria Berne
L'essentiel
- Ino Casablanca est un artiste de 25 ans révélé en 2025.
- Musicien complet qui produit, compose et écrit lui-même sa musique, il revendique une liberté artistique totale et refuse tout storytelling forcé.
- Attentif à son époque, il n’hésite pas à critiquer la politique dans ses textes et à appeler l’industrie musicale à changer.
Il y a des artistes émergents qui commencent à modifier le paysage musical actuel. Leurs noms circulent de plus en plus, suscitent la curiosité, s’imposent doucement dans les programmations et les conversations. Ino Casablanca en fait partie.
Alors que les affiches des festivals 2026 se dévoilent les unes après les autres, son nom apparaît désormais régulièrement : Rose Festival, Marsatac, Golden Coast, Solidays… Pour Ino Casablanca, 2025 aura été une année d’exposition, mais surtout une année de création. Marquée par la sortie de deux EP, elle confirme son style, son son et sa direction artistique. Des productions aux sonorités nouvelles, portées par un artiste qui se décrit lui-même comme « de nulle part, mais de partout ».
Un nom appelé à résonner durablement, que 20 Minutes a rencontré avant ces deux dates parisiennes.
Du violon solitaire au « Nouvo Groove » : une jeunesse bercée par la musique
« Je fais de la musique, du rap et du R & B. » C’est par là qu’il commence instinctivement quand on lui demande de se définir. « Je suis un mec normal, de nulle part, de partout. Je suis un caméléon. Il faut passer quelques jours avec moi pour comprendre qui je suis… » Âgé de 25 ans et installé aujourd’hui à Toulouse, il insiste : « Ce n’est pas ma musique qui va vraiment dire qui je suis aujourd’hui. Je pense qu’il faudra pas mal d’albums, pas mal de projets pour comprendre. »
La musique, justement, a toujours été là et c’est peut-être une des choses qui l’ont façonné.
« « J’ai toujours écouté de la musique, comme n’importe quel gosse. Mais je pense que j’avais une sensibilité un peu différente de la moyenne et j’étais très vite passionné par la musique ». »
Enfant, il découvre le violon au conservatoire : une pratique exigeante et, parfois, solitaire. Cette appétence musicale s’est également construite grâce à son entourage : « Internet, mes parents, les copains, les rencontres… et plus tard, les clubs. Tu absorbes un peu tout ». Né en Espagne, Ino Casablanca arrive en France à l’âge de 12 ans. C’est quand il est au collège que le rap français explose. « Quand j’arrive en France en 2012, je me prends encore plus la tarte de cette génération-là ». Dans ses écouteurs, il y a les rappeurs d’une génération entière : PNL, Damso, Hamza, Booba, Fianso, Ninho, Vald, Sneazzy, Alpha Wann, Shay, Kaaris, Niska, Post Malone… Et plus tard, il y a eu Rosalía. » Des influences multiples, sans hiérarchie, qui nourrissent déjà une manière de faire sans frontière, sans barrière.
Une identité qui se fabrique dans la pratique
Très tôt, Ino Casablanca se met à produire seul. « J’ai commencé à la fin du collège. Je faisais un peu de tout : de la trap, de la musique électronique ». L’écriture arrive également rapidement : « Deux ans après. J’ai commencé à rapper avec des amis, à écrire avec eux. On se retrouvait toujours chez celui qui avait un micro. On posait chacun notre couplet sur des beats, et c’est comme ça que tout a commencé. J’aimais ça. Après, j’ai travaillé mon style, mon parcours. »
Et ce savoir-faire devient rapidement une force. S’il continue aujourd’hui à tout faire lui-même, c’est parce qu’il en a la possibilité, mais aussi parce que cela façonne son identité artistique : « C’est ce qui fait un peu ma patte. J’ai la main sur tout. Forcément, j’ai des habitudes de production, des habitudes d’écriture. Ce sont des choses qui finissent par faire ton style. Et je trouve que ça passe aussi par la production, par la composition ». Cette manière de faire va de pair avec une liberté de création revendiquée. « J’ai une liberté artistique totale. J’ai la chance d’avoir une équipe qui me laisse faire ce que je veux. »
Une musique qui rassemble, sans calcul
Dans la discographie de l’artiste, trois projets jalonnent déjà son parcours : Demna sorti en 2022, Tamara en janvier 2025, puis Extasia en octobre. « Il y a eu un déclic musicalement avec Tamara. Maintenant, il faut juste découvrir la suite. Franchement, je me découvre en même temps que vous… »
Avec la sortie d’Extasia, Ino Casablanca a refusé toute lecture forcée de son projet. « J’avais peur d’être pris pour un artiste un peu bizarre. J’ai vite voulu déconstruire ça. Moi, je fais de la musique normale ». Pas de storytelling revendiqué, pas d’histoire toute fabriquée, il insiste : « Prenez ma musique comme vous la ressentez. »
Un artiste attentif à son époque
Son regard sur le monde influence également sa musique. Dans ses textes, il n’hésite pas à lancer de petites piques au gouvernement ou aux institutions. « Je fais des cauchemars de Macron et de la police », chante-t-il dans son titre CLUBMASTER. Si la politique traverse parfois ses textes, c’est avant tout parce que cela fait partie de lui. « Je m’y intéresse depuis toujours », explique-t-il. « Quand j’étais petit, j’adorais regarder le JT », s’amuse-t-il. Aujourd’hui encore, Ino Casablanca observe, compare : « Il faut regarder tous les médias, comprendre qui dit quoi, prendre du recul. Moi, c’est ma personnalité. Artiste ou pas, ça serait pareil. »
Il a également son avis sur l’industrie musicale. Quand on l’interroge, il n’hésite pas à prendre position : « Les labels doivent prendre plus de risques. Il faut signer des artistes talentueux et arrêter d’attendre qu’ils aient déjà tout prouvé pour se positionner. Il faut investir réellement dans la musique et donner leur chance à ceux qui ont du talent. Il y a aussi des pratiques à revoir, comme celles de beatmakers qui ajoutent trois hi-hats à une production finie et réclament ensuite des pourcentages. Il faut également mieux respecter les réalisateurs et les équipes de clips, souvent contraints de travailler avec peu de moyens, voire bénévolement. »
La scène comme évidence
« J’aime beaucoup la scène. J’aime être avec mes amis, voir le public heureux d’être là et savoir qu’il est venu parce qu’il aime la musique que je fais ». Donner une autre vie aux morceaux, les faire circuler autrement qu’à travers l’enregistrement. « Un morceau en studio, c’est trop stylé. Mais les jouer en live, c’est encore autre chose. Ce sont deux plaisirs différents ». Sur scène, Ino Casablanca embarque tout le monde avec son énergie, et souvent lui, le premier : « Les gens me disent que ça se voit que je kiffe, que je souris tout le temps ». Cette spontanéité en dit long sur son rapport au public : « J’aime donner vie à la musique. Être présent. Partager le moment. »
Cette année, les salles se remplissent, les dates s’enchaînent et les festivals se succèdent. À Paris, il est inutile de chercher des places pour ses deux concerts à la Flèche d’Or ou ses deux soirs à La Cigale : tout est complet. Pour découvrir ses morceaux en live, il faudra désormais se tourner vers les festivals de l’été.
À la fin de l’entretien, une question le fait hésiter : qu’aimerait-il que l’on comprenne de lui, au-delà de la musique ? « J’aimerais que les gens voient mes intentions », conclut-il.



















