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Hip Hop symphonique : 10 ans d’évènement, quelle évolution du public ?
Dix éditions, des milliers de spectateurs et un même objectif : faire du rap et de l’orchestre un espace commun, populaire et gratuitVictoria Berne
L'essentiel
- Le projet Hip Hop symphonique, qui fête ses 10 ans en 2025, fait se produire des artistes rap avec un orchestre symphonique dans l’auditorium de Radio France, un lieu historiquement réservé à la musique classique, avec comme objectif, d’ouvrir cet espace culturel à un public qui peut habituellement s’en sentir exclu.
- L’événement est entièrement gratuit et a accueilli près de 15.000 spectateurs en dix éditions, principalement des jeunes issus des quartiers populaires, tout en touchant des millions de personnes via YouTube où la chaîne cumule près de 90 millions de vues avec une moyenne d’âge d’environ 25 ans.
- Selon le producteur Bruno Laforestrie, « On fait de l’excellence populaire. Je pense qu’on ne peut pas faire mieux aujourd’hui. » car ce projet a permis à près de 70 artistes de jouer avec l’orchestre.
Il y a dix ans, personne n’aurait imaginé voir SCH, SDM, La Fonky Family ou MC Solaar se produire avec un orchestre symphonique dans une grande salle de Radio France. En 2025, le projet Hip Hop symphonique souffle ses 10 bougies, avec une ambition intacte : faire se rencontrer l’un des genres les plus populaires du pays et un lieu historiquement réservé à la musique classique. Qui aurait cru que Ninho prendrait la place de Beethoven ? Une rencontre qui a non seulement modifié les codes de la scène, mais aussi le public qui s’y presse chaque année.
Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à faire entrer le rap dans une salle réservée à la musique classique, Bruno Laforestrie, le producteur de l’événement, répond sans hésiter : « Il y avait une dimension symbolique que j’assume totalement. Faire venir un projet hip-hop dans l’auditorium, c’était provoquer un choc esthétique et permettre à des milliers de personnes de découvrir ce lieu qui leur appartenait. » Dès le départ, le Hip Hop symphonique n’a donc jamais été un simple concert : c’est une porte d’entrée vers un espace culturel dont une partie du public pouvait se sentir exclue.
La gratuité comme geste culturelle
Cette volonté se traduit notamment par la gratuité de l’événement. Il n’y a ni billetterie, ni tarif : uniquement des inscriptions pour un tirage au sort ou des invitations. « Les artistes eux-mêmes viennent presque gratuitement, alors on répercute cela sur le public », explique Bruno Laforestrie.
3.000 personnes ont assisté aux répétitions générales ouvertes au public au cours des cinq dernières années, essentiellement des groupes scolaires ou issus du champ social. Les adolescents ont témoigné d’une réelle excitation lorsqu’ils ont participé à l’événement le 12 novembre dernier. Les artistes étaient attendus et les chansons étaient chantées par cœur. En dix éditions, le festival Hip Hop Symphonique a déjà accueilli près de 15.000 spectateurs, très majoritairement des jeunes. Une fréquentation massive, d’autant plus remarquable que l’événement est resté gratuit depuis sa création, restant ainsi fidèle à son objectif d’accessibilité culturelle.
Un public transformé par l’évènement
Au fil des années, cet événement est devenu un rendez-vous, avec un système d’inscription qui se retrouve régulièrement saturé. « Nous avons reçu 50.000 demandes pour quelques centaines de places. Nous avons été littéralement pris d’assaut », raconte le producteur. Pour éviter la frustration, l’équipe a instauré un tirage au sort. Une contrainte devenue marque de fabrique qui permet aujourd’hui d’accueillir un public extrêmement divers : des fans, des familles, des jeunes.
Le public de l’auditorium de Radio France a-t-il changé avec cet événement ? Oui, clairement. « Au départ il y avait un public plus initié, personne n’avait jamais entendu parler du Hip Hop symphonique, mais c’est devenu un rendez-vous annuel très attendu ». Aujourd’hui, le Hip Hop symphonique s’adresse d’abord à un public jeune et connecté. Si certains ont pu assister à l’événement en vrai, il y a aussi un public qui attend la diffusion sur YouTube. « Quelques milliers de personnes sont dans la salle, mais ce concert est fait pour être regardé par des millions de personnes », insiste Bruno Laforestrie.
De l’auditorium à YouTube
La chaîne YouTube de Hip Hop symphonique cumule près de 90 millions de vues depuis son lancement, avec une moyenne d’âge d’environ 25 ans. Autrement dit, un public qui n’a pas grandi avec l’orchestre, mais qui est séduit par le rap. Nous faisons découvrir un orchestre à des gens qui n’en auraient jamais vu. Nous faisons de l’excellence populaire », explique le producteur.
Cette bascule a fini par transformer l’événement en patrimoine. « Les diffusions, les captations et les arrangements signés Issam Krimi composent aujourd’hui une véritable vivante du rap francophone : MC Solaar, SCH, Ninho, Josman, Chilla… Près de 70 artistes ont déjà accepté de jouer avec cet orchestre ». Et c’est peut-être là la force du hip-hop symphonique : proposer un spectacle classique à des personnes qui n’y seraient peut-être pas sensibles. Que ce soit parmi les privilégiés dans la salle ou sur Internet, le mélange des genres est une ouverture pour tous. La diffusion de cette 10ᵉ édition aura lieu le vendredi 19 décembre à 20 h sur Mouv, puis elle sera disponible sur YouTube.
Un anniversaire qui reflète le rap d’aujourd’hui.
Cette année, place à La Fonky Family, SDM, Favé et Franglish, et Merveille, preuve que le projet dialogue autant avec la mémoire du rap qu’avec son futur. « On a accompagné l’explosion de la scène Hip Hop française. Aujourd’hui, presque tous les artistes souhaitent avoir une version symphonique de leur chanson. »
Ce que raconte le hip-hop symphonique après dix ans, c’est moins un mariage entre le rap et le classique qu’un récit sur l’accès à la culture. On pensait venir écouter des morceaux réarrangés, on assiste finalement à un mélange des genres d’une grande pertinence. La dernière phrase de Bruno Laforestrie résume peut-être le mieux l’esprit du projet : « On fait de l’excellence populaire. Je pense qu’on ne peut pas faire mieux aujourd’hui. Aujourd’hui on vient pour le Hip Hop symphonique parce que c’est une expérience culturelle massive et qui amène quelque chose d’unique. »



















