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C’est quoi la Slow Fashion week à Marseille ?
ralentissements

Marseille lance sa première Slow Fashion Week pour célébrer une mode plus éthique et durable

Alors que le Sénat vient d’adopter une loi pour encadrer la fast fashion, Marseille accueille sa toute première Slow Fashion Week. Une semaine de créations, de débats et d’initiatives locales pour repenser la mode
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • La Slow Fashion Week de Marseille réunit plus de 80 créateurs autour d’une mode éthique et responsable.
  • Charte écologique, bilan carbone : l’événement mise sur la cohérence écologique à tous les niveaux.
  • Portée par une génération de créateurs engagés, la semaine reflète l’énergie collective et alternative de la ville.

Alors que le Sénat vient d’adopter une loi pour freiner l’essor de la fast fashion, Marseille prend le contrepied. Du 7 au 14 juin, la cité phocéenne accueille sa toute première Slow Fashion Week, portée par le collectif BAGA. Plus de 80 créateurs ont répondu présent pour proposer une autre vision de la mode : plus responsable, plus locale, et surtout, plus humaine. Ateliers, conférences, expositions et quelques défilés triés sur le volet composent cette semaine pensée comme un manifeste.

Pourquoi une Slow Fashion Week ?

« On voulait créer une alternative aux fashion weeks classiques, souvent élitistes, rapides et polluantes », explique Charlotte Denner, co-organisatrice de l’événement et créatrice de la marque Captcha Lab. « Cette semaine, c’est le fruit de deux ou trois ans de travail collectif. L’idée, c’était de proposer autre chose que des défilés : des formats pédagogiques, artistiques, participatifs. »

En toile de fond : une urgence écologique devenue impossible à ignorer. « Il y a aujourd’hui des Fashion Weeks dans toutes les capitales – Paris, Milan, New York, Tokyo, Dubaï… C’est peut-être trop. On est dans une crise climatique majeure. Cette semaine ne va pas tout changer, mais elle peut ouvrir la voie. »

Une charte engagée, des actions concrètes

Pas question ici de surproduire pour l’événement. Toutes les activations sont pensées dans le respect d’une charte écologique stricte : « La vaisselle des vernissages est réutilisable, on propose de la nourriture végétarienne ou vegan, les affiches sont imprimées sur papier recyclé… On a vraiment traqué chaque détail pour que tout soit cohérent avec nos valeurs », insiste Charlotte Denner.

Et ce n’est pas tout : à l’issue de la semaine, les organisateurs publieront un bilan carbone transparent, mis en perspective avec celui d’une Fashion Week traditionnelle. Une manière de montrer que changer les pratiques est non seulement nécessaire, mais aussi possible – et mesurable.

Une force collective

Ce qui rend cette première Slow Fashion Week encore plus singulière, c’est qu’elle repose entièrement sur du bénévolat. « Tout le monde met la main à la pâte, des créateurs aux photographes, en passant par les modèles et les organisateurs », raconte Juliette Gillier, créatrice de la marque de bijoux upcyclés LOE.

Au-delà de l’engagement individuel, c’est surtout la synergie entre les personnes qui rend l’événement possible. « Ce que je trouve génial ici, c’est qu’on est toute une génération de créateurs à avoir une vraie conscience éthique, et qu’on fonctionne beaucoup en collectif. C’est cette synergie qui donne de l’élan. Travailler dans ce contexte-là, c’est très agréable. »

Créer autrement : deux démarches éthiques et inspirées

Derrière les vitrines de la Slow Fashion Week se cachent des créateurs qui ont, comme le dit Juliette Gillier, « fait le choix d’une mode plus éthique, plus responsable. C’est notre génération d’artistes, on ne conçoit plus de créer sans se poser de questions. »

Fondatrice de LOE, un studio de bijoux upcyclés, Juliette a longtemps travaillé dans le mode avant de lancer sa propre marque. Aujourd’hui installée à Marseille, elle chine des éléments anciens, qu’elle transforme en pièces uniques. Lors d’un défilé le 9 juin, elle a présenté un bustier entièrement composé de bijoux vintage : « Cela faisait longtemps que j’avais envie de créer une pièce forte, tout en bijoux. C’était l’occasion de montrer ce qu’on peut faire avec l’existant. »

bustier entièrement en bijoux vintage de la créatrice Juliette Gillier pour sa marque LOE.
bustier entièrement en bijoux vintage de la créatrice Juliette Gillier pour sa marque LOE. - Juliette Gillier

Autre démarche, autre esthétique : Charlotte Denner, fondatrice de Captcha Lab, explore les marges de la mode avec une approche à mi-chemin entre design, art et expérimentation. Sa marque, née en 2021, se veut un laboratoire textile où chaque création est pensée comme un prototype. Du 12 au 14 juin, elle présente une installation sensorielle dans le cadre de la Slow Fashion Week. « Je voulais montrer le textile autrement, le sortir de son usage fonctionnel pour en faire une matière vivante, presque sculpturale. » Parmi les pièces exposées : ses recherches autour du cuir de kombucha, un biomatériau qu’elle développe depuis deux ans à base de fermentation bactérienne. Encore instable, mais prometteur.

Marseille, ville laboratoire

Loin de toute rivalité avec Paris, la Slow Fashion Week s’inscrit dans une dynamique propre à Marseille. « Ici, ça bouillonne, résume Charlotte Denner. Il y a une vraie communauté engagée, des projets innovants, une mode solaire, collective, militante. C’est pour ça que je pense que Marseille a été choisie : parce qu’il y a déjà une énergie, un réseau, une envie de faire autrement. »

Juliette Gillier confirme : « À Marseille, il se passe quelque chose de spécial. Les projets prennent vie très vite. Et je pense qu’on est tous très fiers de faire partie de cet événement. »

À l’heure où l’industrie de la mode est remise en question, Marseille rappelle que réinventer notre manière de créer et de consommer peut être un acte joyeux, collectif et profondément politique. Avec cette première Slow Fashion Week, une nouvelle génération de créateurs pose les bases d’un autre rapport aux vêtements : plus durable, plus sensible, plus vivant.