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« Des pastilles à dissoudre avec de l’eau » : la lyophilisation en passe de révolutionner votre routine beauté ?
Des cosmétiques en comprimés qui ne s’ingèrent pas mais se métamorphosent en une texture fondante au contact de l’eau. C’est le concept de la beauté lyophilisée, mais au fait, c’est quoi l’intérêt ?Christelle Pellissier
L'essentiel
- Les cosmétiques lyophilisés s’imposent progressivement dans l’industrie de la beauté pour répondre aux attentes du public en matière de durabilité et d’efficacité.
- La lyophilisation permet d’améliorer la stabilité et l’efficacité des produits, de supprimer les conservateurs, et de réduire l’empreinte carbone grâce à des formules plus légères et compactes.
- La marque Onélogy propose des sérums lyophilisés sous forme de pastilles unidoses à reconstituer avec de l’eau, réinventant notre routine beauté.
Ça bouge (encore) dans le monde de la beauté. Après l’avènement des soins solides et de la beauty tech, destinés à répondre aux nouvelles attentes du public en matière de durabilité et d’efficacité, place à la cosmétique sans eau. Une petite révolution dans l’univers de la beauté, visant notamment à alléger les formules et à les rendre plus stables et performantes.
Ces cosmétiques ne sont pas encore majoritaires, loin de là, mais ils s’imposent doucement mais sûrement dans la salle de bains. On trouve, par exemple, des poudres à transformer chez WAAM Cosmetics ou Sisley, des formules très concentrées avec très peu d’eau chez Dr. Hauschka, ou encore des soins lavants en poudre à diluer (et à reconstituer) chez Less is More. Mais le concept dont il est question aujourd’hui va encore plus loin, et repose sur un procédé bien spécifique et vieux de quelques décennies : la lyophilisation.
Des cosmétiques secs à reconstituer
Le procédé même de la lyophilisation n’a rien de nouveau, mais il était jusqu’à il y a peu surtout utilisé dans les secteurs pharmaceutique et agroalimentaire. Dans ce dernier cas, il consiste concrètement à congeler un aliment puis à le déshydrater pour en extraire l’eau. Autrement dit, il s’agit de retirer l’eau contenue dans un produit pour pouvoir le conserver plus longtemps et en préserver les propriétés. Le principe est le même dans la cosmétique : améliorer la stabilité des soins et produits d’hygiène, accroître leur efficacité et supprimer les conservateurs.
« Le formulateur va faire sa propre émulsion, comme si elle était destinée à rester telle quelle, et au dernier moment il élimine toute l’eau par l’intermédiaire de la lyophilisation », explique Céline Couteau, maîtresse de conférences à la faculté de pharmacie de Nantes, spécialisée en cosmétologie et en pharmacie. Et de préciser : « C’est un procédé de dessèchement qui va éliminer l’eau contenue dans la formule. On va créer des espèces de comprimés, et c’est le consommateur qui va lui-même reconstituer le cosmétique d’origine avec de l’eau ».
Il y a un côté ludique dans la beauté lyophilisée, mais ce n’est pas un concept gadget. La lyophilisation permet non seulement de préserver les ingrédients actifs, qui ne vont pas s’altérer avec le temps, mais aussi de conserver lesdits cosmétiques (beaucoup) plus longtemps. Autres bénéfices non négligeables, l’absence de conservateurs qui rend les formulations plus clean et une moindre empreinte carbone liée à la légèreté et la compacité des produits. Elles ne sont toutefois pas complètement dénuées d’eau. Cette dernière fait bel et bien partie de la formule d’origine, même si la lyophilisation l’élimine pour aboutir à des cosmétiques secs.
Un sérum en pastille unidose
On l’a vu, la lyophilisation est depuis longtemps utilisée dans les industries agroalimentaire et pharmaceutique, mais elle s’invite aussi désormais dans le secteur de la beauté. Si des marques, comme Saforelle, proposent déjà des produits d’hygiène secs à reconstituer chez soi, un acteur pourrait contribuer à populariser le concept dans l’univers du skincare. Et dans le même temps, réinventer notre routine beauté. Tout droit venus des Etats-Unis, bien que fabriqués en France, les sérums de la marque Onélogy ne se présentent pas sous la forme de flacons, comme il est de coutume, mais de pastilles, comme des médicaments - bien qu’ils s’appliquent sur la peau.
« J’ai été amenée à travailler avec des géants de la cosmétique, mais malgré tout, j’ai toujours eu des difficultés à trouver des produits adaptés à ma peau extrêmement sensible », confie Roxana Bazgoneh, fondatrice de la marque. L’idée d’Onélogy se dessine alors, avec l’intention de trouver une solution durable, adaptée à toutes les peaux, mais aussi stable et efficace. Autrement dit, des produits skincare qui ne perdraient pas leur efficacité aussi rapidement que les cosmétiques classiques. « J’avais une boîte de Spasfon sur mon bureau et je me suis dit que c’était peut-être la solution idéale. Si le médicament se dissout sous la langue, un cosmétique du même type doit forcément pouvoir se dissoudre avec de l’eau », ajoute l’entrepreneure.
Une nouvelle gestuelle beauté
L’expérience de ce nouveau rituel beauté est pour le moins surprenante. Lancée il y a quelques jours en France, la marque propose une gamme de cinq sérums adaptés à différents besoins, se présentant sous la forme de pastilles unidoses. Comme des médicaments, si ce n’est qu’une fois l’opercule retiré, la pastille se dissout au creux de la main avec quelques gouttes d’eau pour retrouver la forme d’un sérum classique. Ne reste plus qu’à appliquer le produit sur le visage et le cou.
« Il y a moins de dix ingrédients par produit et aucun conservateur pour limiter le nombre d’allergènes, et la pastille proposée contient la dose optimale pour couvrir le cou et le visage, peu importe la quantité d’eau ajoutée », poursuit la fondatrice. La marque a breveté un moyen de lyophiliser des formules complexes avec des agents liposolubles pour pouvoir étendre à terme cette gamme de skincare.
Reste à savoir si les consommateurs se laisseront séduire par cette nouvelle gestuelle beauté, peut-être un peu plus expéditive. « La beauté lyophilisée a du bon, mais on enlève un peu tout l’aspect sensoriel, la partie sympa du cosmétique, que les consommateurs adorent. Finalement, on voit à peine le produit qu’on l’applique déjà sur la peau », regrette Céline Couteau. Le sérum, son parfum comme sa texture, se révèle tout de même à l’activation de la pastille, et répond, il faut le reconnaître, aux besoins de femmes (et d’hommes) toujours plus pressés. A eux désormais de trancher.



















