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Les arômes pour favoriser l’hydratation des Français, ça coule de source ?

Santé : Face à la mauvaise hydratation des Français, les pastilles effervescentes sont-elles le nouvel eldorad’eau ?

l’eau à la boucheFace au problème de sous-hydratation en France, plusieurs sociétés ont décidé de lancer des solutions aromatisées pour égayer l’eau
Lina Fourneau

Lina Fourneau

L'essentiel

  • Face au problème de sous-hydratation en France, des entreprises comme Hydrology ou Waterdrop ont créé des pastilles effervescentes pour donner du goût à l’eau.
  • Ces pastilles ne contiennent pas de sucre, mais des édulcorants à base de stévia, un substitut peu recommandé par l’OMS.
  • Les consommateurs sont pourtant séduits. Quant aux accusations de marketing excessif de l’eau, les entreprises répondent privilégier toujours l’eau du robinet en visant surtout ceux qui n’arrivent pas à boire suffisamment d’eau.

Et si la solution pour vaincre le problème de la sous-hydratation faisait « pschit » ? En France, une étude publiée en 2014 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observatoire des conditions de vie (Credoc) sur la consommation d’eau montrait des chiffres plus qu’insuffisants. 30 % des personnes interrogées buvaient moins d’un litre par jour. Or, d’après les recommandations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), chaque jour, un individu devrait boire près de 2 litres dès l’adolescence. Pour remédier à ce problème, plusieurs entreprises ont décidé de créer des pastilles effervescentes pour donner du goût à une eau trop souvent maussade.

Parmi eux, Nicolas Etienne vient de mettre au monde « Hydrology » deux ans après l’opération à l’abdomen subi par sa petite amie. « Elle a été alitée et les médecins voulaient qu’elle boive beaucoup d’eau tous les jours, sauf qu’elle faisait partie de ces gens qui n’aiment pas le goût de l’eau. Je voulais trouver une solution pour l’hydrater, en lui faisant du bien ». Parti d’une solution faite maison, Nicolas Etienne se demande s’il n’existe pas des alternatives aux solutions médicamenteuses de réhydratation existant déjà sur le marché.

Bingo, il est possible d’adapter les traitements à un usage quotidien. « Le but c’est de cette eau que j’appelle « fonctionnelle », c’est de donner du goût pour la rendre plus intéressante à la consommation avec des arômes naturels de fruit, en rajoutant "une touche de bien être" avec des micronutriments ». Comprenez ici, des compléments alimentaires enrobés dans des saveurs fruitées. Framboise, pêche, fraise, et on en passe.

Le mauvais goût et le manque de réflexe

Cette eau n’est pas miraculeuse. Depuis 2017, l’entreprise autrichienne Waterdrop propose également d’enrichir l’eau « avec des extraits de fruits et de plantes » grâce à des cubes effervescents. Son fondateur, Martin Murray, a lui aussi réalisé qu’il n’arrivait pas à assez s’hydrater lors de ses déplacements professionnels. « Parmi les raisons pour lesquelles les consommateurs ne boivent pas d’eau, ils répondent souvent qu’ils n’aiment pas le goût, mais aussi qu’ils n’ont pas le réflexe d’en boire, résume Stéphane Lacourt, qui représente l’entreprise en France. Nous, notre idée, c’était d’inciter à boire de manière plus régulière et pas seulement au cours du repas ».

Pour les deux entreprises, un élément rester important : garder l’eau la plus saine possible, sans sucre ajouté. « Zéro gramme de matière grasse, zéro gramme de sucre », certifie Nicolas Etienne. « Dans les solutions Waterdrop, il n’y a pas du tout de sucre. C’est pour ça qu’on a eu un fort développement en pharmacie », renchérit Stéphane Lacourt. Les deux utilisent en réalité de l’édulcorant naturel, plus connu sous le nom de stévia [ou édulcorant glycosides de stéviol issus de stévia pour Waterdrop], produit substitut du sucre dont l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) déconseillait l’utilisation au printemps dernier. Ce que confirme la diététicienne Margaux Letort dans un article de blog dédié au sujet : « Il n’y a pas de sucre mais des édulcorants et c’est dommage car ça entretien l’addiction au goût sucré ».

« Un marketing de l’eau, oui, mais pour ceux qui en ont besoin »

Goûte que goûte, les consommateurs sont séduits. Car outre l’hydratation, s’ajoute un nouveau bénéfice : celui de réduire la consommation de bouteille plastique, une industrie polluante et fragilisée par le récent scandale de purifications illégales, notamment chez Nestlé. Depuis sa commercialisation il y a sept ans, Waterdrop revendique un chiffre d’affaires de 118 millions d’euros pour l’année 2023 en Europe (dont 17 millions en France) et a même été nommé produit de l’année dans la catégorie « Microdrink », la grande famille des magiciens de l’eau. Son nouveau concurrent Hydrology n’en est pas à ce stade-là. Nicolas Etienne a lancé la campagne Ulule au mois d’avril, mais dépasse largement l’objectif lancé initialement.

Face aux remarques des détracteurs accusant un nouveau « marketing de l’eau », les deux entreprises ne boivent pas la tasse. « Nous, notre idée de base était d’être le leader de base de l’hydratation, sans jamais vendre d’eau. On privilégiera toujours l’eau du robinet, c’est pour cela qu’on met en avant les gourdes », répond Stéphane Lacourt. Même chose pour Nicolas Etienne. « Chez Hydrology, on incitera toujours quelqu’un qui boit déjà deux litres d’eau par jour à continuer à le faire. En revanche, je suis là pour aider ceux qui n’arrivent pas à le faire. Un marketing de l’eau, oui, mais pour ceux qui en ont besoin ».