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Pour Terriblement M, « la mode devrait être quelque chose de très libre »

« Je ne cherche pas à être à la mode »… « Terriblement M », alien fashion des réseaux sociaux, détricote l’uniformité

PortraitSous le pseudo Terriblement M, Marine Lamarre s’impose sur les réseaux sociaux avec des styles hors normes. Portrait d’une passionnée de mode qui tente de casser les codes
Mode : La créatrice de contenu @terriblementm juge les looks des stars
Lina Fourneau

Lina Fourneau

L'essentiel

  • «Terriblement M » – de son vrai nom Marine Lamarre – est une influenceuse mode de 31 ans suivie par plus de 400.000 abonnés au total sur Instagram et TikTok, devenue également créatrice de mode et styliste.
  • Sur les réseaux sociaux, elle cartonne grâce à ses tenues excentriques, qui s’inspirent souvent du « layering », la superposition de couches.
  • Pour elle, la mode est une façon de s’exprimer et de faire passer des messages… même si parfois cela entraîne des remarques. « Parfois ça peut être négatif, mais ça ne me dérange pas, j’aime bien voir qu’il y a quelque chose qui se passe dans les yeux des gens ».

Bottes à talons customisées avec des petites peluches multicolores, casquette à sequins dorés, large maillot de basket violet et jupe en jean portée en guise de veste… Terriblement M vient de débarquer à la rédaction de 20 Minutes. De la tête aux pieds, des ongles au maquillage, tout est absolument réfléchi chez l’influenceuse mode – suivie par 110.000 personnes sur Instagram et 320.000 sur TikTok. Cet après-midi, pas de « plaquage de veuch » comme on entendrait sur les vidéos tournées dans son salon, mais une longue chevelure blonde qui matche avec son caractère très souvent enjoué, solaire, ponctué par des esclaffements et des « ah mais trop marrant !! ».

Plus qu’à l’aise devant la caméra, Terriblement M – de son vrai nom Marine Lamarre – est bien plus réservée que son look extravagant laisse paraître. Véritable alien fashion des réseaux sociaux, rien ne la prédestinait à la mode. La jeune femme de 31 ans originaire de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, prévoyait de devenir opticienne. « Il y a une histoire de fou entre moi et les lunettes, j’en porte depuis que j’ai neuf mois. Je fais même la collection », se marre-t-elle. Mais ce choix de carrière convient surtout à ses parents, « pour la sécurité ». Elle aurait plutôt voulu rentrer dans des écoles de mode. « Mais pour mes parents, ce n’était pas forcément des milieux qui étaient porteurs, surtout à l’époque ».

« La culture du beau » et ses coulisses

A côté, la Nancéenne continue de garder un œil sur la mode et connaît désormais chaque pièce iconique des grandes maisons. « C’est vraiment par passion, c’est malgré moi ». Fasciné par ce qu’elle appelle « la culture du beau », Marine décide d’aller un peu plus loin. Au cours d’une formation, elle apprend le stylisme, la couture, la customisation et commence à alimenter un blog. « J’ai toujours aimé partager la mode et mes looks quotidiennement ». Ses inspirations ? L’ancien directeur de la création chez Gucci Alessandro Michele, le directeur artistique de Balenciaga Demna Gvasalia ou encore le directeur de la création de Loewe, JW Anderson. « Je les trouve hyper inspirants dans leur travail, car ils ne font pas suivre qu’une tendance, ils créent quelque chose qui n’existait pas avant tout en respectant les codes d’une maison ».

Comme pour beaucoup, la crise sanitaire en 2020 change la donne et survient au moment où Marine tente de lancer sa marque. « Ça a toujours été un rêve. Mais au moment du Covid-19, je n’avais plus du tout le moyen d’aller dans les usines, c’était très galère. C’est le moment où j’ai commencé à faire des vidéos TikTok ». Depuis deux ans, la créatrice de contenus arrive désormais à vivre de la mode en tant que Terriblement M. En parallèle, elle met un vrai pied dans l’industrie de la mode et en découvre les mauvaises coutures.

« « Maintenant que je suis plus dedans, je vois plus ce qui est commercial derrière, les enjeux, le monde exactement comment il fonctionne. Ma vision de la mode a un peu changé, mais mon amour pour le secteur reste le même ». »

« On est tout de suite jugés quand on n’est pas dans les clous »

Ce bouleversement dans la vie de Marine l’aide même à comprendre les messages qu’elle a envie de faire passer sur ses réseaux sociaux. A travers les couleurs et les superpositions de couches, appelées « layering », la créatrice tente à sa manière de lutter contre l’uniformisation de la mode. « Pour moi, ça devrait être quelque chose de très libre, mais finalement je ne trouve pas que ça le soit tant que ça. Ça me dérange un peu toutes les personnes qui se laissent bouffer par ça, comme si on devait tous être dans un moule ». Alors que la conversation risque de tourner à la philosophie sur ce qu’est vraiment la mode, Marine tranche :

« « Je ne cherche pas à être "à la mode". Nous avons tous une vision différente. Pour moi, c’est vraiment un moyen de m’exprimer. Je trouve ça dommage que tout le monde ne laisse pas plus parler sa créativité ou ce qu’il est à l’intérieur de lui-même à cause de cette pression de la société. On est tout de suite jugés quand on n’est pas dans les clous ». »

C’est d’ailleurs là l’ADN de son style, que ce soit dans la vraie vie ou sur les réseaux sociaux. « J’adore les réactions que mon style procure. J’aime bien voir qu’il y a quelque chose qui se passe ». Sous ses vidéos, les commentaires peuvent parfois être très moqueurs, voire violents. Mais Marine est armée. Elle savait à quoi s’attendre en exposant ses choix de vêtements et accessoires… par exemple cette chaîne de chantier comme ceinture ou ce pantalon pailleté comme voile sur les cheveux. « Je sais très bien qu’il va y avoir des réactions que ça soit positif ou négatif, mais justement je joue avec ça aussi. Comme dans la vie, il y aura toujours du positif et je préfère me focaliser là-dessus ». Les réseaux sociaux font désormais partie du quotidien de Marine, mais elle reste très prudente sur ce qu’elle publie, notamment sur sa vie personnelle.

«  « Je préfère me focaliser sur la mode, sinon je vais vraiment passer ma vie en ligne ». »

C’est là tout le paradoxe que vit Marine. Les écrans l’inquiètent : « Je trouve que tout le monde passe sa vie sur son téléphone. Dans les transports, par exemple, tout le monde vit à travers un écran et se déconnecte de la vie réelle ». Pourtant, elle sait qu’elle participe à cet engrenage. Est-ce que ça sera pire plus tard ? « Je pense qu’il pourrait y avoir des collections virtuelles à l’avenir », imagine-t-elle. Mais elle n’est pas plus inquiète. « Je suis quelqu’un qui s’adapte et qui est positive. Tant que j’aime la mode, j’arriverai toujours à trouver mon lien avec, ça ne me fait pas peur ». Avant de conclure : « Je ne sais pas où on va, mais je sais que je serai là ».