Coupe du monde de rugby : Le style « rugbywear », bourrin et féminin à la fois ?
sans cravate•Ils incarnent la bonhomie, la bienveillance et l’accessibilité. A l’opposé des footballeurs, les joueurs de rugby entretiennent un style débonnaire qui influence aussi bien le vestiaire masculin que fémininClaire Frayssinet
L'essentiel
- À l’occasion de la Coupe du monde de rugby qui démarre le 8 septembre, de nombreuses marques veulent profiter de l’événement pour mettre en avant un style et des codes issus de l’ovalie.
- Les codes vestimentaires et les valeurs habituellement associées à la féminité sont largement utilisés, voire revendiqués par les joueurs de rugby.
- En investissant l’imaginaire du terroir et de la simplicité, les rugbymen s’opposent au monde du football qui s’est davantage tourné vers le secteur du luxe.
Les liens entre la mode et le sport n’ont jamais autant été mis en avant, que ce soit au palais Galliera, le musée de la mode de la Ville de Paris, où vient de se terminer l’exposition « La mode en mouvement » ou encore au musée des Arts décoratifs, toujours à Paris, qui va présenter son expo « Mode et sport, d’un podium à l’autre » à compter du 29 septembre. Car, hors des terrains, le sport a aussi essaimé ses codes vestimentaires et un art de vivre dans la rue et chez les plus grands créateurs. En matière de look mais aussi d’art de vivre, le rugby ne fait pas exception.
« Les codes du rugby penchent du côté féminin »
« Avec le rugby, il y a vraiment une idée de proximité, de bienveillance, de simplicité et d’humour. Quand on voit les rugbymen, on se dit que ce sont des gros bébés qui ont grandi trop vite avec leurs rondeurs et leur décontraction naturelle » explique Vincent Grégoire, directeur Consumer Trends & Insights pour l’agence de conseil NellyRodi. Et si ces physiques immenses et musclés qui s’entrechoquent sur le terrain vous évoquent le comble des clichés de la virilité, c’est en réalité tout l’inverse qu’il faut y voir, poursuit le spécialiste des tendances : « les codes du rugby penchent davantage du côté dit féminin. Les joueurs ont été les premiers à se mettre complètement à poil dans des calendriers, à jouer les machos au cœur tendre. Mais, surtout, c’est un sport très inclusif, dans lequel l’homosexualité n’est pas taboue, où on ne cache pas ses larmes et où les corps ne sont pas normés ».
Des valeurs qu’on peut retrouver dans les vêtements directement inspirés de la tenue des sportifs. Le polo est certainement la pièce la plus emblématique de la tenue. Il peut aussi bien être porté par l’homme que par la femme, toujours dans des tons naturels comme le vert gazon ou le bleu marine, avec des motifs très graphiques comme des rayures et des carreaux et un col coloré.
« Ce qui fait la force d’Eden Park, c’est le maillot de rugby, explique Franck Mesnel, ancien joueur et créateur de la marque, Il est au cœur des collections, et c’est à partir des codes de ce maillot que nous développons nos créations. Ces codes sont repris partout, : les plaquettes, les cols, les boutons ovales. Les constructions des maillots emblématiques barbarians, japonais, coupés-cousus ou encore les rayures cerclées propres aux maillots sont aussi déclinées ». Un style égalemment revendiqué dans la collaboration entre la marque néo-zélandaise Rodd & Gunn et le mythique fabricant de ballons de rugby Gilbert qui propose une collection capsule « United by Rugby », composée de polos, vestes Teddy et pantalons en velours dans des tons bleu foncé et vert kaki.
Le luxe, un bastion à conquérir
De nombreuses marques veulent aussi casser les codes classiques en jouant davantage sur les codes du vestiaire féminin. Comme Eden Park, incontournable dans le vestiaire rugbywear, qui a pour emblème un nœud papillon… rose. Une couleur désormais largement associée à l’ovalie, avec, notamment, le « coup » du Stade français en 2005 lorsqu’il a présenté son iconique maillot rose fuchsia. Une incongruité dans le monde du sport de haut niveau où les nuances de rose se font rares.
Il est un autre domaine dans lequel l’univers du rugby s’est engouffré par surprise, celui de la beauté. Dès 2015, la star Sébastien Chabal prêtait son image à Dépil-tech, un réseau d’institut pratiquant l’épilation définitive. Cette année, Eden Park et la marque de cosmétiques Sothy’s ont noué un partenariat pour proposer une gamme de soins en cabine et de produits à domicile pour homme.
Mais s’il y a un terrain sur lequel les rugbymen n’ont pas encore marqué d’essai, c’est sur celui du luxe. « Contrairement aux footballeurs, les joueurs de rugby n‘ont rien de bling-bling. Ils sont associés au terroir, à la frugalité et à la rigolade. Voit-on souvent des rondeurs et des sourires dans les campagnes de pub pour le luxe ? » analyse Vincent Grégoire. Et même si Louis Vuitton signe la mallette qui protège le trophée de la Coupe du monde, c’est « anecdotique » ajoute-t-il. On ne devrait donc pas apercevoir beaucoup de joueurs au premier rang des défilés de la fashion-week parisienne qui commence le 25 septembre, en plein Coupe du monde. Ça tombe bien, on espère que les joueurs du XV de France viseront un autre podium le 28 octobre prochain.


















